‹ Leçons sur les effets des substances toxiques et médicamenteuses (volume 2)Chapitre 3 sur 120 · H DCCC LVII · texte numérisé non relu

H DCCC LVII

L’auteur et l’éditeur te riarrrent le droit de traduction.

AVANT-PROPOS

On trouvera dans ce volume une série d’études expérimentales sur les effets d’un certain nombre de substances toxiques ou médicamenteuses. Par suite de ces recherches, j’ai été conduit à observer des faits nouveaux et à émettre quelques vues sur leur interprétation. J’ai spécialement envisagé les agents toxiques comme des espèces d’instruments physiologiques plus délicats que nos moyens mécaniques et destinés à disséquer, pour ainsi dire une à une, les propriétés des éléments anatomiques de l’organisme vivant. Je les ai considérés comme de véritables réactifs de la vie.

Je n’ai donc pas pour objet de présenter ici l’histoire physiologique ou toxicologique complète d'une substance déterminée. J’ai donné, au contraire, des

AVANT-PROPOS

aperçus variés sur divers poisons ou médicaments, afin de signaler l’obscurité qui règne sur toutes ces matières, et de montrer combien de recherches intéressantes restent à tenter dans cette direction. Je crois avoir fait ainsi une chose utile pour la science.

La prétention d’être complet, dont on abuse si souvent, n’est qu’une pure illusion en physiologie et en médecine; je dirai même que l’essai d’une semblable réalisation peut offrir un véritable danger.

Un expérimentateur qui ne veut pas laisser des lacunes dans son travail, s’efforce, pour être complet, de les combler avant de livrer au public le fruit de ses recherches. Mais comme les résultats très-lents de l’expérimentation ne peuvent pas faire tous les frais de ce remplissage, il se trouve conduit insensiblement et sans s’en douter à avoir recours à des déductions purement hypothétiques, qui peuvent donner à son travail un aspect d’ensemble, mais qui font perdre de vue les faits et altèrent plus ou moins la légitimité des conclusions qu’on en tire.

11 faut être bien convaincu que, dans des sciences encore aussi peu avancées que le sont la physiologie et la médecine, le point principal est d’indiquer ou d’ébaucher une question nouvelle. Celle-ci, pour se développer, suivra ensuite une évolution successive

Digilized by Cooglc

AVANT-PROPOS

plus OU moins lente, pendant laquelle l’idée première ou le point de vue général devront souvent changer.

Dans le moment actuel, un auteur qui voudrait rechercher la perfection et qui attendrait pour écrire la solution complète de tous les problèmes posés, se réduirait à une stérilité absolue. Les questions physiologiques ne font des progrès qu’à mesure que les connaissances anatomiques s’étendent et que les moyens d’études des fonctions organiques nous sont fournis par l’avancement des sciences physico-chimiques. C’est ainsi que la médecine scientifique ne peut se fonder qu’avec le temps et par le concours d’un grand nombre d’efforts réunis.

Ces leçons ont été recueillies et rédigées par mon ami et élève M. le docteur A. Tripier.

Avril 1857.

Claude BERNARD.

Page 1