SES EFFETS SUR LES MUSCLES
muscles de recevoir encore du sang, grâce à la persistance des battements du cœur, et à la possibilité, peutêtre, de la respiration cutanée de ces animaux? Car ici les muscles non empoisonnés ne recevaient plus de sang, tandis que les autres continuaient à en recevoir.
Pour examiner cette question, nous avons fait l'expérience suivante:
Expérù nce. — Le 6 décembre 185i, on lie encore la patte postérieure gauche d'une grenouille, sauf le nerf. L'animal est empoisonné par le curare.
Le 7, l'animal ayant été conservé, comme les autres, sous une cloche et à la même température, on découvre les muscles des mollets dans les deux membres. On constate qu'il y a des contractions énergiques des deux côtés.
Le 8, les muscles sont encore contractiles dans les deux membres, mais plus faiblement dans le membre lié que dans l'autre.
Le 9, mouvements énergiques dans la patte empoisonnée, mouvements à peine sensibles dans la patte préservée.
Le 10, mouvements énergiques dans la patte empoisonnée, absence complète de contractions dans la patte liée.
On découvre le cœur, qui bat encore; on l'enlève, de manière à empêcher la circulation dans les muscles.
Le lendemain 11 , il n'y a plus de contractions du tout, ni dans le membre empoisonné ni dans l'autre. 11 semble donc que, dans cette expérience, l'ablation
du cœur, en empêchant le sang d'aller dans les muscles, ait fait cesser leur contractilité, puisque, dans les expériences précédentes, nous avons vu la contractilité durer une fois plus dans les muscles empoisonnés que dans les muscles non empoisonnés. Ici, il n'en a pas été de même, puisque, dès le lendemain, la contractilité musculaire a disparu après l'ablation du cœur.
Il semblerait donc résulter de là que le curare conserverait la contractilité musculaire en conservant plus longtemps les mouvements du cœur. Toutefois, nous verrons plus tard si cette cause est la seule.
Nous avons encore fait une dernière expérience, pour savoir si la destruction des centres nerveux avait une influence sur la durée de la contractilité.
Expérience. — Le G décembre 1854, on détruit une partie de la moelle épinière à une grenouille.
Le 10, on s'aperçoit que la moelle épinière n'est pas complètement détruite. — On la détruit alors complètement.
Le 12, les muscles sont encore contractiles sous l'influence du galvanisme.
Le 15, ils le sont encore, mais surtout dans les membres postérieurs ; les contractions ont à peu près disparu dans les membres antérieurs.
Il faudra répéter celte expérience pour être autorisé à en tirer des conclusions nettes.
Sous l'influence du curare, il y a donc abolition de toute manifestation nerveuse.
Il y aura cependant lieu, dans cet anéantissement
fonctionel, de distinguer deux effets bien différents, et qui ne se produisent pas en même temps. L'innervation n'est pas détruite en masse.
La motilité et la sensibilité ne disparaissent pas toujours en même temps. Mais comme la manifestation des phénomènes nerveux ne peut pas être comprise sans l'exercice des deux ordres des nerfs, il en résulte que l'animal se trouvera privé de toute manifestation nerveuse dans les deux cas. Ainsi, bien que le résultat soit identique, le mécanisme est différent et du plus haut intérêt à déterminer pour le physiologiste.
Nous entrerons dans l'examen de cette question dans une des prochaines leçons. Mais avant nous devons chercher par quelle voie et par quel mécanisme le curare peut être porté à agir sur le système nerveux.