PRÉFACE
J'avove que, lorsque je publiai le prospectus de cet ouvrage , je ne m’attendais pas à ce qu’il eût plus de trois volumes. Mais lès matériauæ se sont accumulés malgré moi, à mesure de r impression , des études constantes auæquelles je me livre, et des observations que je fais chaque année dans les départemens pendant la tenue des J u?y s de médecine.
Il me reste à publier un chapitre très-essentiel, appartenant à la section des épidémies par infection, et la section tout entière, non moins importante, non moins digne des plus grands soins, des épidémies par contagion, ce qui formera le dernier volume, qui est sous presse.
Je nignore pas que mes contemporains ont une sorte d’ aversion pour les ouvrages volurnineuæ , et je suis de leur avis en ce qui concerne la politique, les mélodrames, les romans, les panégyriques de commande , les productions d’une imagination fantastique qui veut nous prouver la solidité d’un nouveau système ; mais il faut aller plus doucement quand il s’agit de ce que nous avons de plus ch' c , la santé et la vie. Malheur au médecin qui s’endort en lisant des descriptions de maladies, et plus malheur euæ les malades qui ont confiance en lui, fût- il Varchiâtre du roi des rois! Dans ce genre de travail, pour qu’il soit profitable , l’auteur ne doit être ni trop proliæe ni -trop concis, et c’est ce que je crois avoir évité dans ces trois volumes , oà.
indépendamment de la doctrine , fai déjà décrit cinquante -une espèces de maladies,
-Déjà cinquante- une espèces! va s’écrier un chirurgien d’armée , ou ïun de ces réformateurs qui affirment que la médecine est une de ces choses simples qui s’apprennent en trois jours de temps! Ecoutons l’un de ces Messieurs dans un mémoire contre les fièvres essentielles , qui n’a pas eu assez d’approbateurs. N’ est -ce donc
« pas déjet quelque chose ^ dit-il y de détruire une « erreur y une erreur surtout qui en avait en- « gendré mille autres ? On parlait toujours de c( fièvres essentielles , sans savoir ce que c’était; « 011 tournait sans cesse dans un cercle vicieuæ, « Cependant toutes les sciences naturelles fçiisalent des progrès y et on devait ces progrès à (( la méthode analjtique et au perfectionnement (c du langage. La médecine était restée un peu « en retard ; mais elle a bientôt suivi l’ impulsion (( générale y etc. {Journal général de médeciney tome 84 J p^g(^^ îGo — i65.) Or y veut -on savoir ce qui a, selon cet auteur y poussé tout à coup la médecine? Cest Ja nouyelle doctrine, un point systématique autour duquel doit rouler tout l’ensemble des cc, ^naissances 'médicales. Mais précisément les progrès des sciences naturelles y dont on s’appuie y loin d’être partis d’un seul point pour nous faire découvrir tant de noiivexLuæ êtres y dérivent de la distinction des espèces qu’on avait confondues y et de la séparation des caractères principauæ qui font de chaque corps un être qu’il faut étudier à part^ Loin
donc de tendre à simplifier , la méthode analyti-que multiplie les divisions des^sciences naturelles s dont la médecine fait partie. En divisant ^ il faut nécessairement nommer y et c est en quoi le langage se perfectionne. Mais personne ne se persuadera que ce soit une perfection poiirda médecine dû avoir trouvé la terminaison en ite , pour désigner un certain état morbide des membranes ^ des viscères ou des vaisseauæ , au lieu de dire rinflammation de tel ou tel organe.
Je ne parle pas des chefs de secte; ils ont un autre charme : mais ce qui entraîne ^ meme de fort bons esprits, vers la simplification de la médecine, cest l’espoir de la ramener à une science a priori. C’est pour cela que Brown a tant été loué par les sectateurs du transcendantalisme. Eaine chimère ! Notre profession se compose de trois choses : de la science, et de V application quon peut en faire; de Fart, et du but ou de la fin, sans laquelle il n’j a point de médecine. Mais l’art a été créé par U observation , et la science J a, fort peu contribué. Jamais époque n’a été plus riche en anatomie pathologique , en recherches curieuses sur le cerveau et les nerfs , en investigations sur la moelle épinière ; en études approfondies sur l’ ostéogénie , meme sur l’importante question de savoir si, d’après la disposition du coccjæ , l’homme est formé primitivement avec une queue, etc.; en expériences diverses sur les animaux vivans ; en essais sur l’influence médicale des élémens des corps et des fluides impondérables : mais , soit dit sans rien vouloir ravir
Vllj
de la gloire de cet ordre d! écrivains qui plairont toujours assez ^ tant de travauæ ne font que peu ou rien du tout à la fin de la médecine , qui est de guérir. Qu on nous fasse voir, par exemple, que r irritation du cervelet mis à découvert fait aller en arrière , et celle du cerveau en avant; quon prouve à des savans étonnés que les racines antérieures des nerfs de Vépine sont destinées au mouvement , les postérieures au sentiment ; que la section du nerf facial d'un âne ôte auæ nerfs de la face tout pouvoir de se contracter , et que cellë du • nerf maæillaire fait cesser tout mouvement de mastication et prive de sensibilité les muscles de la face, etc. : ces choses sont curieuses , du moins pour une fois , mais nont aucune des conséquences utiles quon voudrait leur attribuer. Loin que Vart de guérir soit né de ces tentatives , elles pourraient , au contraire , en être le tombeau. Redisons-le donc sans cesse pour garantir de V illusion : ce qui a produit Vart , c est V observation et la distinction des maladies , ainsi que V usage de ce qui a été le plus souvent utile ; et ce qui Va perfectionné , ce sont les monographies et les topogra
mander à ceux qui s'intéressent aux progrès de notre profesdon.
Ce que je dis, en commençant ce volume, du transport des miasmes infectans , nest pas une supposition gratuite ; c'est le résultat de ce que j'ai observé dans tous mes voyages : par exemple encore , celui que j'ai fait en dernier lieu {Octobre 1823) dans le Bas - Artois , m'a appris
phies médicales , que je ne saurais assez recoin-
que les fihres putrides et malignes peuvent être considérées comme endémiques dans cette contrée^ Il est des villages ^ tels que Nouchain ^ à une lieue de Béthune, où elles sont habituelles et doit elles se répandent quelquefois dans le voisinage. Ce village est habité par beaucoup d’ouvriers labou-> reurs qui, dans le temps des moissons , font des travaux disproportionnés à leurs forces et à leur nourriture , qui sont très-mal logés et vivent dans une grande mal-propreté. Quoique Nouchain soit placé sur une hauteur et sur un sol calcaire, salubre de sa nature, la plaine des environs a un sol argileux et boueux. Il reçoit d’ailleurs l’in-fluence des marais de Bœuvrj et du Locon , communes où l’on cultive beaucoup de lin, où il y a une grande quantité de routoir s , où tout le monde est occupé à filer et à tisser , et fécondes en fièvres intermittentes et en scrophiiles. L’on observe en général, par l’influence dont nous venons de parler, que les coteaux , dans ce pays , sont plus exposés aux maladies que les plaines.
Ce sont là les recherches utiles auxquelles tout médecin doit se livrer , pour faire part à l’autorité de leur résultat , laissant à ceux qui ont du temps de reste tant de savantes niaiseries qui n ajouteront jamais rien au bonheur individuel ni à la prospérité des empires.
Strasbourg, le i,®’' Janvier 1824,