FAISCEAUX PYRAMIDAUX CROISÉS
dans la substance grise antérieure où elles entrent probablement en rapport avec les grandes cellules motrices.
Maintenant, Messieurs, nous devons essayer de poursuivre les faisceaux pyramidaux dans la moelle allongée.
En premier lieu, il est bien facile de voir que les faisceaux pyramidaux spinaux ne sont autre chose qu’une émanation, un prolongement des faisceaux pyramidaux bulbaires.
Soit une coupe transversale du bulbe pratiquée à la partie moyenne des olives. On reconnaît immédiatement le siège et les rapportsdes pyramides, et l’on constate que certaines parties du bulbe sont déjà parvenues à un développement avancé : tels sont les noyaux de l’hypoglosse avec les filets intra-bulbaires des nerfs hypoglosses, et tout le champ des faisceaux antéro-latéraux.
Or, chacune de ces pyramides donne naissance à deux des faisceaux spinaux, un direct, un croisé. Le faisceau direct descend dans l’intérieur du cordon antérieur correspondant; l’autre, ou faisceau croisé, s’entrecroise avec le faisceau correspondant qui se détache de l’autre pyramide, et va gagner la partie postérieure du faisceau antéro-latéral où il occupe les rapports de situation que nous avons indiqués plus haut.
C’est ainsi que s’opère la semi-décussation désignée généralement sous le nom d’entrecroisement des pyramides, et dont toutes les particularités sont décrites longuement dans les traités classiques.
Mais ce que l’on connaît moins dans ce fait de l’entrecroisement des pyramides, c’est qu’il est sujet à de très Charcot. 13
VARIÉTÉS d’entrecroisement.
nombreuses variétés, à enjuger du moins par les observations de M. Fleclisig qui portent sur une soixantaine de cas.
Les variétés en question, d’après M. Fleclisig, peuvent d’ailleurs être ramenées à 3 types :
!''■ tŸpe. C’est le plus vulgaire (75 0/0). 11 consiste dans
Fig. 50 et 51, d'après Fleclisig. — a, prédominance du faisceau pyramidal direct. — 6, type de décussation totale. Le faisceau pyramidal direct fait défaut.
la semi-décussation symétrique, chaque pyramide fournis- ' sant un faisceau direct et un faisceau croisé. Dans la grande j majorité des cas, le faisceau direct est beaucoup moins im- i
portant que le faisceau croisé. Il est représenté par 3,9 0/0 |
des fibres de la pyramide, tandis que le faisceau croisé j renferme 97 ou 91 O/Ode ces fibres. Mais, il existe dans ce type une variété très intéressante que M. Fleclisig a mentionnée et que M. Pierret avait également observée. Il suffit de renverser les proportions que je viens de vous signaler : le faisceau direct est représenté par 90 0/0 du chiffre total des fibres tandis que le faisceau croisé ne contient seulement que 10 0/0 de ces fibres. Le nombre des fibres entrecroisées est donc en pareil cas si insignifiant qu’il peut n’en être pas tenu compte. i
VAIUÉTÉS D’KNTRECROISEMENT.
Vous comprenez, Messieurs, tout l’intérôt des cas de ce genre, au point de vue des paralysies cérébrales directes. On entend par là, ainsi que vous le savez, les paralysies qui, contrairement à la règle, se produisent du même côté que la lésion.
L’existence de ces parai }'sies est incontestable, mais à coup sûr moins fréquente qu’on n’a bien voulu le prétendre dans ces derniers temps. Le nombre de 200 que l'on met en avant pour le besoin de certaines théories pourrait être considérablement réduit par la critique. Néanmoins quelques observations bien recueillies ne laissent prise à aucun doute : telles sont celles de Brown-Séquard, de Callender, de M. Jackson, Reynaud et quelques autres encore.
Généralement, pour expliquer ces faits, on invoque la théorie de Longet qui suppose qu’en pareille circonstance l’entrecroisement fait défaut ; mais ce n’était là de la part de Longet qu’une pure hypothèse. En effet les anatomistes ont toujours considéré l’entrecroisement des pyramides comme une disposition absolument constante. C’est ainsi que M. Serres affirmait avoir examiné 1100 sujets sans rencontrer une seule exception à la règle. Eh bien. Messieurs, cette opinion nous paraît beaucoup trop absolue et les recherches de M. Flechsig le démontrent. Dans bien des cas, si l’entrecroisement ne fait pas absolument défaut, il peut, comme je vous l’ai dit, n’être représenté que par un nombre de fibres si restreint que l’on peut le considérer comme tout à fait négligeable ; et alors le faisceau direct l’emporte de beaucoup sur le faisceau croisé, circonstance sutfisante pour expliquer la paralysie directe .
2® type. Celui-ci a été observé 11 fois sur 100. C’est la décussation totale ; autrement dit les faisceaux directs manquent complètement.
3" type. Plus fréquent que le précédent puisqu’il se pré-
VARIÉTÉS d’entrecroisement.
sente dans la proportion de 40 0/0, il mériterait la désignation de type asymétrique. En pareil cas, il n’existe que trois faisceaux : une seule des pyramides se divise en deux faisceaux, l’un direct l’autre croisé; la seconde pyramide, au contraire, s’entrecroise dans sa totalité.
Enfin, Messieurs, il me reste à vous signaler le remarquable rapport de compensation qui existe entre les deux faisceaux issus d’une même pyramide selon les cas auxquels je viens de faire allusion. Plus l’un est volumineux, plus l’autre est grêle, — et inversement.
A cette asymétrie dans la décussation correspondent, cela va de soi, des asymétries dans la moelle, et il importe de les connaître, parce qu’on pourrait au premier abord les rapporter dans certains cas à un état pathologique.
TROISIÈME LEÇON
Du faisceau pyramidal dans les pédoncules cérébraux, la capsule interne et le centre ovale.
Sommaire. — Trajet du faisceau pyramidal au-dessus de la région bulbaire. — Trajet dans la protubérance. — Trajet pédonculaire. — Etendue du faisceau pyramidal dans l’étage inférieur; opinion de M. Flechsig. — Développement relativement précoce du faisceau pyramidal dans le pédoncule.
Division de la capsule interne en trois régions sur les coupes borizontales. — Segment antérieur, segment postérieur, genou de la capsule. — Localisation du faisceau pyramidal dans le segment postérieur de la capsule interne.
Du faisceau pyramidal dans le centre ovale. — Observations cbromo logiques de Parrot. — Formation de l’anse rolandique. — De toutes les régions du manteau de l’bémispbère, ce sont les régions dites motrices qui se développent les premières.
Messieurs,
Dans la dernière leçon, me fondant principalement sur les recherclies de M. Fleclisig, contrôlées par nos propres observations, nous avons pu reconnaître la topographie des faisceaux pyramidaux dans les diverses régions de la moelle épinière et indiquer les rapports qu’ils affectent à l’égard des autres parties constituantes de cet organe complexe entre tous. Puis, remontant au-delà de l’entrecroisement, nous avons retrouvé dans le bulbe ces cordons pyramidaux réunis en deux faisceaux bien distincts que vous avez appris à connaître en anatomie descriptive sous le