‹ Lecons sur les maladies de la peauChapitre 22 sur 46 · DIFFORMITÉS DE L’ÉPIDERME · texte numérisé non relu

DIFFORMITÉS DE L’ÉPIDERME

Je ne ferai que mentionner les cors, durillons et productions cornées dans lesquelles l’épiderme est épaissi, soit par le contact habituel de corps durs et rugueux, soit par une pression continue. Mais je crois devoir entrer dans de plus longs développements relativement à Ficlithyose.

Ichthyose. — ^ovs, ce nom on désigné un état particulier

DIFFORMITÉS DE l'éPIDERME.

(le la peau, dans lecjuel, à la douceur et au poli habituel de l’enveloppe cutanée, viennent se substituer une sécheresse et une rugosité dues à des squames qui se présentent sous différents aspects. Pour quelques médecins ce serait une véritable maladie; pour nous, une telle opinion est un contresens pathologique : nous ne saurions voir là autre chose qu’une difformité permanente ordinairement congénitale et héréditaire.

Sous le rapport de l’aspect de la peau, nous reconnaissons trois variétés d’ichthyose. La çvemïèreJchthyosQ serpentine, est caractérisée par une multitude de rides entrecroisées d’une manière régulière, qui donnent à la peau l’aspect du ventre du lézard ou de la couleuvre; l’épiderme est lisse et sec, il est le siège d’une légère desquamation permanente.

La seconde espèce, ichthyose nacrée, se reconnaît à la présence d’écailles plus larges, plus épaisses et imbriquées, simulant les écailles de poisson; leur couleur est ordinairement d’un blanc? grisâtre ; quelquefois elles sont plus foncées et se rapprochent du noir. Ces squames diffèrent du psoriasis en ce qu’elles ne sont pas superposées et qu’elles ne reposent pas sur une surface rouge; elles sont étendues à une large surface, quelquefois à tout le corps, tandis que dans le psoriasis les plaques squameuses sont circonscrites et séparées les unes des autres par des intervalles de peau saine.

La troisième espèce, ichthyose cornée, est remarquable par la présence d’écailles dures, proéminentes, formant souvent de véritables appendices, qui ressemblent à ceux du porc-épic. De temps en temps on a pu voir des individus présentant une telle difformité, et qui se montraient pour de 1 argent : tels étaient les frères Lambert, dont parle Alibert, et qui se donnaient en spectacle au commencement de ce siècle: leur peau était dure <^t pourvue d’écailles épaisses et

MACULES ET DIFFORMITÉS DE LA PEAU, proéminentes, qui produisaient par la marche un bruit semblable à celui du serpent à sonnettes.

Relativement à la coloration, les écailles de Tichthyose sont dans certains cas d’un gris foncé et simulant de loin un dépôt de crasse sur la peau : M. Devergie donne à cette forme le nom A'ichthyose grise; il réserve le nom A'ichthyose blanche à celle qui présente les squames nacrées et blanchâtres. Cette division est peu importante.

Dans ces différentes variétés d’aspect, l’ichthyose est tantôt générale, tantôt locale ; dans ce dernier cas elle se présente principalement sur les membres, et les écailles sont alors plus marquées au-dessous du genou et à la face interne de l’avantbras, près du coude. Dans l’icbthyose générale, l’altération de la peau n’existe ni à la paume des mains, ni à la plante des pieds, ni aux aisselles.

Souvent on voit plusieurs variétés d’ichthyose réunies chez le même individu : Tichlbyose serpentine se montre à la face, au tronc ; l’idithyose nacrée existe aux membres, et surtout aux membres inférieurs.

Quelle que soit d’ailleurs l’apparence de cette difformité, qu’elle soit générale ou seulement locale, elle n’entraîne pas de troubles généraux, comme on pourrait le supposer. Mais la peau est sèche et la transpiration n’a pas lieu, si ce n’est aux aisselles.

Les écailles de ricblbyose sont assez adhérentes, on les détache difficilement lorsqu’on veut les arracher; cependant, à certains moments, il survient de la desquamation , l’épiderme se détache, et il se fait parfois une véritable mue: les ichlhyosiques font peau neuve. Chez quelques-uns, cette desquamation est périodique; l’alfeclion cesse momentanément sous des inlluences saisonnières pour reparaître plus tard, ordinairement au commencement de l'Iiivcr.

DIFFORWITKS DU DERME.

Lichtliyose est souvent une difformité inhérente à certaines familles: lorsqu’on interroge un ichthyosique, on apprend ordinairement que quelques-uns de ses ascendants, à la première ou à la seconde génération, ont été atteints de la même affection, et s’il a des enfants, il est rare qu’on ne la rencontre pas également, au moins sur un d’entre eux. J’ai eu occasion de voir dernièrement un homme atteint d’ichthyose et qui, quoique dans une bonne position et avec un grand désir du bonheur domestique, n’avait jamais voulu se marier, dans la crainte, très fondée, d’avoir des enfants affligés de l’infirmité qui faisait son désespoir.

Comme nous l’avons déjà dit, l’ichthyose n’est pas une maladie, c est une difformité, dont le traitement ne saurait être curatif, et ne peut avoir qu’un but palliatif. On doit se borner à des bains alcalins ou savonneux fréquents, qui font tomber les squames et qui rendent la peau plus douce, mais qui n’enipêchent'pas les écailles de repousser et de reparaître dès que les bains sont suspendus. Il est tout à fait inopportun de tenter un traitement curatif, qui ne peut avoir aucun résultat définitif et qui risquerait d’ébranlerda santé générale.

Les productions cornées ne méritent pas de nous arrêter; elles ne présentent qu un intérêt de curiosité.

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