‹ Leçons sur les maladies du système nerveux faites a la Salpêtrière. [electronic resource]Chapitre 56 sur 203 · niTÉRÉMIE NEUnO-PARALYTIQL'E · texte numérisé non relu

niTÉRÉMIE NEUnO-PARALYTIQL'E

les muscles eux-mêmes deviemient-ils plus excitables » et ces derniers, après la mort, conservent plus longtemps que de coutume, la contractilité qui leur est propre Néanmoins, malgré ces conditions nouvelles, — et c'est là un point qu'il importe surtout de mettre en relief ~ l'accomplissement des actes intimes de la nutrition ne paraît modifiée en rien d'essentiel. Ainsi, dans les expériences de M. Ollier \ conformes à celles de M. Cl. Bernard, on ne voit point chez les jeunes animaux après la section du grand sympathique au cou, survenir : soit une accélération, soit une exagération dans l'accroissement des parties de la face soumises, même pendant plusieurs mois, à l'hypérémie neuro-paralytique. Il ne paraît pas non plus que cette hypérémie, quelque intense et quelque prolongée qu'elle puisse être, ait jamais pour eifet— à moins de circonstances toutes particulières qui seront mentionnées plus loin - de déterminer par elle-même le développement d'un travail inflammatoire, et si l'expérimentateur intervient à l'aide d'agents capables de provoquer l'inflammation, le processus morbide, déterminé par cette influence, évolue dans les parties hypérémiées, comme dans les conditions normales : il n'offre pas de caractères spéciaux, si ce n'est, toutefois, que les parties lésées tendent à se réparer plus promptement.

A la vérité, relativement à ces derniers points, M. Schiff professe une opinion bien différente. Il affirme, en effet, que les altérations de nutrition naissent dans les parties hypérémiées par le fait de la paralysie des vaso-moteurs, sous l'influence du plus léger irritant mécanique local * et que l'inflammation revêt

1 Brown-Séquard.-Zec^wres m Physiology and Patholfgy. Philadelphia, 1860. p 1451

^ Bro'^n-Séquard, loc. cit. - Joseph, in Ccntralblatt, 1871. nc 46.

3 Ollicr. — Journal de la physiologie, t. VI, p. 108.

4 Schiff. - Physiologie de la digestion, p. 23o, t. I. - Lezmu di fiswlogia. Firenze, 1866. p. 3fi.

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là facilement le caractère destructif ' . Mais il se trouve à cet égard en contradiction formelle avec la majorité des observateurs, entre autres avec MM. Snellen , Vircliow^ et 0. Weber K

Tout récemment encore, M. Sinitzin, après l'extirpation du ganglion cervical supérieur d'un côté, aurait vu l'introduction d'un petit fil de verre dans la cornée de ce même côté ne produire qu'une réaction inflammatoire très légère, parfois même à peine sensible ; tandis que, du côté opposé, chez le même animal, l'introduction du fil déterminait, au contraire une inflammation des plus vives avec infiltration purulente de la cornée, iritis, panoplitalmie, etc. ^ M. Claude Bernard avait d'ailleurs fait remarquer depuis longtemps déjà que l'ablation du ganglion cervical supérieur paraît retarder l'apparition des désordres de nutrition que détermine quelquefois dans l'œil la section de la 5° paire ^ et, dans ses expériences, M. Sinitzin est arrivé aux mêmes résultats. Vous voyez d'après cela que, contrairement à l'opinion de M. Schifl", l'hypérémie neuro-paralytique ne crée pas, dans les parties où elle siège, une disposition particulière à la production des troubles tropliiques : il semble même qu'au contraire, ces parties soient rendues plus résistantes à l'action des causes de désorganisation et que les désordres qui s'y produisent y soient plus vite réparés.

Chez l'homme, à cet égard, les choses semblent ne pas différer de ce qu'elles sont chez les animaux ; du moins, on a vu plusieurs fois l'hypérémie neuro-paralytique persister pendant longtemps sur une partie du corps, à la face par exemple, sans qu'il s'en soit jamais suivi aucun trouble de la nutrition. M. Perroud a réuni un certain nombre de cas de ce genre dans un mémoire

1 Schiff. — Digestion^ t. Il, p, 423.

* Virchow. — Cell. patholofj., ¥ édition, p. 158.

^ 0. Weber. — Centralblatt. 1864, p.'l48,

" Sinitzin. — Centralblatt, 1871, p. 161.

5 Cl. Bernard. — Système nerveux, t. II, p. 63, 186o.

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lu, en 1864, à la Société de médecine de Lyon ; il suffit d'ailleurs de parcourir les nombreux travaux qui ont été publiés dans ces dernières années sur les Angioneuroses, pour reconnaître que les troubles de nutrition sont un accompagnement plutôt rare de riiypérémie neuro-paralytique.

Un nouvel argument peut être invoqué en faveur de la thèse que nous soutenons : L'élévation de la température, constatée à Taide du thermomètre, est, nous l'avons dit, un phénomène indissolublement lié à l'existence des hypérémies partielles de cause neuro -paralytique. Cette hj^perthermie locale devrait nécessairement exister dans les parties où se montrent les lésions trophiques que nous avons décrites, si celles-ci relevaient réellement de l'hypérémie neuro -paralytique. Or, cela n'a pas lieu, d'une façon générale au moins. Si une élévation marquée de la température a été plusieurs fois constatée sur les régions du corps où se développait une éruption de zona consécutive à la névralgie ou à la névrite*, on peut dire cependant que les lésions irritatives des nerfs périphériques, dans les conditions oii elles déterminent ordinairement les troubles trophiques, paraissent s'accompagner plutôt d'un abaissement du chiffre thermique. Cet abaissement a pu être observé à toutes les périodes de l'affection du nerf; on Ta constaté à une époque voisine du début 2, plus souvent dans les périodes avancées ^. Pour ce qui a trait aux lésions spinales,

1 Horner, cité par 0. Wj'ss. [Archiv. der Heilhmde^ 1871; voir la note p. 563.1 — Charcot, Névralgie du nerf cubital. Erupiions de Zona sur le trajet du nerf affccld; examen ihermométriqiie ; dans la thèse de Mougeot. Paris, 1869, p. 111.

* Folet. — Cas de contusion du plexus brachial, observé par M. Lannelongue. [Etude sur la température des parties paralysées. Paris, 1867, p. 7.)

3 Hulchinson, loc. cit. — Earle, in Mcd. chir. Transact., vol. VII; 1816, p. 173; — Yellowly, id., t. III; — W.-B. Woodman in Sydenham Soc. Translation of Wunderlich : On température in Diseases, p. 152; — W. MitchcU, Injuries of Nerves. Philadelphie, 1872, p. 175. Dans deux cas de plaie du nerf avec ylossi/ sliin, la région occupée par la lésion trophique était de 1 à 2 degrés plus chaude que la région correspondante du membre sain. Mais au-dessus de ce point, le thermomètre marquait sur le membre malade 1 degré de moins que sur

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il est yrai que parfois les membres sur lesquels se développent les troubles trophiques -- atrophie musculaire rapide, éruptions huileuses, escliares, — accusent une élévation plus ou moins prononcée de la température ». Mais d'autrefois, le plus souvent peut-être, ce phénomène fait défaut ; il en est ainsi dans la myélite partielle - , et dans la paralysie infantile ^ ; il en est de même dans les cas à évolution lente, comme l'atrophie musculaire progressive, par exemple ^ Vous voyez, d'après ce qui précède, que les troubles trophiques liés aux lésions irritatives des centres nerveux se trouvent, au moins dans un bon nombre de cas, dégagés de l'élévation de la température qui devrait, je le répète, nécessairement se montrer toujours présente, s'ils reconnaissaient en réalité pour origine l'hypérémie consécutive à la paralysie des nerfs vaso-moteurs.

L'hypérémie neuro-paralytique et la production des troubles trophiques sont donc, dans les conditions communes, des phénomènes indépendants l'un de l'autre. Mais, comme nous le faisions pressentir tout à l'heure, il est telle circonstance où, contrairement à la règle ordinaire, la nutrition locale peut éprouver une atteinte sérieuse, par le seul fait que la partie se trouve soustraite à l'innervation vaso-motrice : c'est, l'expériimentation le démontre, lorsque l'organisme tout entier est î soumis à l'influence de causes puissantes de débilitation. Ainsi, l un animal vigoureux a depuis longtemps subi, d'un côté, k ^ section du grand sympathique au cou ; cependant, jusque-là, la r nutrition n'a nullement souffert dans les parties qui répondent à

le membre sain - H. Fischer. Ueler tropMsche Stœrungcn nach Nervemerletucnçien anden IScotremitaten in Berlin. Klin. Wochenscljmx, no 13 e^i^é TZ "". T^^Tr ^'^'^^^^^ Vroànis.nX les troubles tr'opbiques les plul

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tivement abaissée, mais il y a beaucoup d'exceptions à cette règle.

Levier, dans un cas d'hématomyélie, loc. cit. Mannkopf, loc. cit.

Duchenne (de Boulogne), loc. cit., 3" édition, p. 398.

Landoisund Mosler, in Bcrlincr Klinisch. Wocliensck, 1868, s., 43.

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la distribution périphérique du nerf coupé. L'animal tombe malade ou on le prive de nourriture : alors le tableau change tout à coup, et Ton voit, dit M. Claude Bernard, des phénomènesinflammatoires se développer sur le côté de la face correspondant à la lésion expérimentale ; de ce côté, même sans l'intervention d'un agent extérieur quelconque, la conjonctive, la membrane pituitaire, entrent rapidement en suppuration'. 11 est permis de supposer que les animaux chez lesquels M. Schifi" a vu des lésions trophiques survenir consécutivement à l'hypérémie neuro-paralytique, sous l'influence du plus léger irritant mécanique, se trouvaient dans les conditions de débilitation signalées par M. Claude Bernard. Chez Thomme, le même concours de circonstances devait nécessairement détermmer des efî'ets analogues à ceux observés chez les animaux et l'on peut se demander si quelques-uns de nos troubles trophiques ne se produisent pas en réalité de cette façon. Tel est peut-être le cas du décubitus aigu des apoplectiques ; ici, en effet, l'état général est des plus fâcheux etl'eschare fessière occupe précisément le côté du corps qui, en vertu de la paralysie motrice, présente une élévation relative de la température, évidemment liée à l'hypérémie vaso-motrice -. Quoi qu'il en soit, cette interprétation pathogénique ne saurait avoir qu'une application très limitée car le décubitus aigu par lésion des centres nerveux peut se produire dans maintes circonstances, à la suite des lésions hémilatérales de la moelle épinière, par exemple ^ sur des parties du corps où l'innervation vaso-motrice n'est pas visiblement affectée et en dehors de tout symptôme révélant une depression profonde de l'organisme.

Il y a lieu de rechercher maintenant, si l'irritation des nerfs

» Cl. Bernard. — Physiologie du système nerveux, t. II, p. 53o. Pans, i8o8. Med. Times and Gazette, p. "79, t. II, 1861,

2 III» Leçon, p. 90.

3 Leçon, p. 105.

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vaso-moteurs peut rendre compte des phénomènes que n'explique pas la paralysie de ces mêmes nerfs. Prenons d'abord l'irritation expérimentale. L'ischémie partielle, plus ou moins accentuée, tel est le résultat le plus saillant de cette irritation ; elle peut être poussée assez loin pour qu'une piqûre pratiquée à la peau ne donne pas même une goutte de sang K Les parties dans lesquelles le spasme vasculaire entraye ainsi la circulation, pâlissent et se refroidissent ; l'activité vitale s'y amoindrit ; l'excitabilité des muscles, celle des nerfs, descendent au-dessous du taux normal-. On est naturellement porté à croire que des lésions nutritives profondes, accusées dans le sens de la nécrobiose ou du sphacèle ,' devrait nécessairement résulter de la prolongation d'un tel état. Mais il importe de remarquer qu'il s'agit là, ordinairement, d'un phénomène temporaire, persistant au plus pendant quelques heures. Car, par le fait même de la prolongation de l'irritation, l'activité du nerf semble s'épuiser et l'hypérémie, en général, succède bientôt à l'anémie \ Toutefois en reproduisant, à de courts intervalles, l'irritation des nerfs vaso-moteurs, on peut réussir à faire prédominer pendant un certain temps l'état d'ischémie. Je ne crois pas cependant que par ce procédé, on soit parvenu jamais à produire expéri- : mentalement une lésion trophique quelconque. M. 0. Weber ' qui, à l'aide d'un appareil ingénieux, dit avoir obtenu, pendant • près d'une semaine, une irritation du grand sympathique cervical, pour ainsi dire permanente et marquée par un abaisse- I ment de 2° C, n'a pas vu survenir dans le côté correspondant de 1 la face, la moindre trace d'un trouble de nutrition \ Les faits I relatifs à la pathologie humaine témoignent dans le même sens. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer dans certains cas d'angio-

> Brown-Séquard. — Course ofLeciwes, etc., p. 147, Philadelphia,

* Brown-Séquard, loc. cit., p. 142.

' Waller. — Proc. Boy. Soc, London, vol. II, 1860-72, p. 89 etseq.

* 0. Weber. — Ceniralblatt, n» 10, 1864, p. l/i7.

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neuroses, chez les hystériques par exemple, une ischémie partielle très prononcée et très persistante ; les troubles trophiques ne se montrent cependant jamais en pareil cas ' . Quant aux faits de gangrène spontanée qui ont été rattachés à un spasme vasculaire, ils n'auraient pas, si j'en juge d'après mes observations, la signification qui leur a été prêtée, car, dans tous les cas de ce genre qu'il m'a été donné de rencontrer, j'ai trouvé le calibre des vaisseaux rétréci par le fait d'une altération des parois artérielles ou obstrué par un thrombus

D'après tout ce qui précède, ce n'est pas, vous le voyez, à une affection, soit paralytique, soit irritative des nerfs vaso-moteurs proprement dits qu'il faudrait rapporter l'apparition des troubles trophiques qui surviennent en conséquence de lésions du sj^stème nerveux.

L'expérimentation physiologique, dans ces dernières années, a fait connaître l'existence des filets nerveux centrifuges dont l'irritation a pour effet de produire la dilatation des vaisseaux et conséquemment l'hypérémie de la région dans laquelle ces nerfs se distribuent. Tandis que l'irritation des nerfs vaso-moteurs ordinaires produit l'ischémie, celle des nerfs dilatateurs détermine au contraire une hypérémie plus ou moins vive.

La corde du tympan peut être considérée, à l'heure qu'il est, comme le prototj^pe des nerfs dilatateurs. Mais des nerfs doués de propriétés semblables existent à la face^, dans le pénis*, dans l'abdomen ^ Il en existe vraisemblablement encore sur bien d'autres points du corps.

* Liégeois. — SociéU de Biologie, année 1859, p. 274. — Charcot, in Mouvement médical^ w"' 25 et 26, 1" série, n» 1, nouv. série, 1872.

* Voir la thèse de M. Benni. — Becherches sur quelques points de la gangrène sj)ontan(fe. Paris, 1867, obs. V, XI, XXII,

^ Cl. Bernard. — Hevue scientifique, t. II, 2" série, 1872. — Schiff. — Digestion, t. I, p. 252.

* Nerfs érecteurs de Eckhard : BeitrSge zur Anat. und Phys., t. II. — Loven, Bcricht dcr Sachs. Ges., 1866.

5 Cl. Bernard, loc. cit.

NEKFS SÉCRÉTEUIIS 141

On est loin d'être fixé relativement au mode d'action de ces nerfs. Voici comment, dans l'iiypotlièse adoptée par M. Cl. Bernard, il faut expliquer l'afflux du sang artériel, si remarquable, qui se fait dans la glande sous-maxillaire, sous l'influence de la corde du tympan. Suivant l'éminent physiologiste, l'irritation de ce nerf se transmettrait aux petits amas ganglionnaires qui sont distribués en grand nombre sur les extrémités nerveuses intra-glandulaires. Ceux-ci réagiraient à leur tour par une sorte à'interférence nerveuse ' sur les filets nerveux du grand sympathique, nerf constricteur des vaisseaux, dont ils paralyseraient l'action. Ainsi, la corde du tympan, et il faudrait, sans doute, en dire autant de tous les autres nerfs dilatateurs,, jouerait, à l'égard des nerfs vaso-moteurs, à peu près le rôle d'un nerf d'arrêt. Par ( Conséquent, vous le voyez, le résultat de l'action des nerfs dilattateurs, ne serait, en définitive, d'après la théorie, que lapara- 1 lysie vaso-motrice. Or, s'il est vrai que la paralysie vaso-mottrice, alors même qu'elle est poussée très loin, comme cela a lieu par exemple dans le cas de la section complète des nerfs, V vaso-moteurs, n'est pas la cause des troubles trophiques, il ne saurait évidemment en être autrement de cette même paralysie produite sous l'influence de l'excitation des dilatateurs. Mais, ainsi que vous allez le reconnaître plus loin, Messieurs, le mode id'action des nerfs dilatateurs peut être envisagé à un point de iTue tout différent.

Je vous rappellerai les expériences fondamentales de Ludwig relatives à l'influence de certains nerfs sur la sécrétion de. ;Ja glande sous-maxillaire %• malgré les critiques qui ont été faites des conclusions que ce physiologiste célèbre a tirées de ^ses expériences, ces conclusions ne paraissent pas avoir été,

' Cl, Bernard, loc. cit., p. 204.

M Y'^^l^.T ^'"^ Naturforsch. 1851 . Zcitsch: f. rat. med n f .

^. p. Zd5. — Wtener med. Wochenschr. 1860. X. n" 28, pp. /,83 Voir a,U<.'i ^es travaux publiés par Ludwig en collaboration avec Becherf Rahn GiaTuz' i.

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