SCLÉROSE EN PLAQUES — HISTORIQUE
Chemin faisant, j'ai relevé quelques-uns des caractères qui permettent de distinguer aujourd'hui cette maladie d'une autre affection jusqu'alors confondue avec elle, la sclérose en plaques disséminées.
C'est à cette affection, qui nous fournit un spécimen du tremblement du second groupe, c'est-à-dire n'apparaissant que dans certaines conditions, que nous allons consacrer cette leçon et les suivantes. Anatomiquement, la sclérose en plaques disséminées est une espèce pathologique nettement déterminée ; cliniquement, c'est autre chose, et, à cet égard, nous aurons bien des lacunes à combler. Commençons par quelques mots d'historique.
On trouve la sclérose en plaques mentionnée pour la première fois dans VAtlas d'anatomie pathologique de M. Cruveilhier (1835-1842), livre admirable qui devrait être consulté plus souvent par tous ceux qui veulent éviter le désenchantement des découvertes tardives, de seconde main, en anatomie pathologique. C'est dans les 22^ et 23^ livraisons que vous verrez figurées les lésions de la sclérose en plaques. A côté, vous pourrez lire les observations cliniques auxquelles elles se rattachent. Je profite de cette circonstance pour vous recommander la lecture d'un chapitre remarquable sur les paraplégies. Avant cette époque, nulle part ailleurs, à ma connaissance, il n'y a trace de la sclérose en plaques.
Après M. Cruveilhier, Carswell, dans l'article Atrophy de son Atlas (1838), a fait dessiner des lésions qui se rapportent à la sclérose en plaques. Mais cet auteur, qui a puisé surtout les matériaux de son ouvrage dans les hôpitaux de Paris, ne relate à ce propos aucun fait clinique. Même aujourd'hui, je ne crois pas que la sclérose en plaques soit connue en Angle-
terres Je ne la trouve indiquée dans aucun des livres classiques publiés dans ce pays, non plus que dans le précieux recueil de M. Gull*.
Ainsi, jusque-là, les documents principaux avaient 'été rassemblés en France. A partir de cette époque, pendant une période de plusieurs années, on laisse cette question dans un oubli à peu près complet, et c'est en Allemagne qu'il faut aller pour rencontrer de nouveaux jalons. Ludwig Tiirck a publié, en 1855, des exemples de lésions se rattachant évidemment à la sclérose en plaques; toutefois, le côté physiologique seul a frappé son esprit s, Rokitansky les indique dans son traité*; Frericlis^, Valentiner 6 rapportent deux observations. Rindfleisch^ LeydenS Zenker», fournissent, à leur tour, quelques éléments à la solution du problème. Des desiderata restaient à combler, de nouvelles recherches étaient indispensables. C'est à la Salpêtrière que la sclérose en plaques attira de nouveau chez nous l'attention. Dès 1862, M. Vulpian et moi nous eu constations des exemples. M. Bouchard, se fondant sur des faits réunis par nous à la Salpêtrière, revint sur ce sujet dans un travail lu au Congrès médical de Lyon.
Dans rénumération qui précède, nous avons surtout tenu compte des travaux ayant trait à Panatomie pathologique, nous proposant d'insister plus tard sur ceux qui contiennent des dé-
1 Cette leçon a été faite en 1868.
2 Cases of Paraplegia, in Ouy's Hospital Rep., 1856-1858.
3 Beoiachtmirjen ilber das Leitungsvermôçjen des menschlichen Rûckenmarlis. (Sitzunprsberichte der Kaïs. Akademie der Wissenschai ten, mathem. naturw. Class, t. XVI,^1855, p. 229.)
* Lehrluch der patliologischen Anatmie, 185G, Zweiter Band, p. 488. ^ Haeser's Archiv. Band, X.
•5 JJeher die Sclérose des Qehirns und Rficltenmarlis [BeutscTie Klinik; 1856, n" 14.)
' Histolofjische Détail zu der grauen Degeneration von Hirn und Riickenmark. {Virchom's Archiv. B. XXVI, Heft und 6, p. 474.)
' Ucbcr grauc Degeneration des Riiclienmarhs . [Deutsche Klinik, n" 13, 1867.)
8 Hin BUraf/c zwr Sclérose des Hirns und Ruckenmarhs. {Zeitschrift fûr rat. Medizin. B. XXIV, Heft, 2 und 3.)
tails cliniques. Aux renseignements que nous donneront les auteurs précités, nous en ajouterons d'autres puisés dans des observations inédites, et, pour faciliter la compréhension de nos études, nous mettrons sous vos yeux les pièces anatomiques que nous avons conservées.