‹ Leçons sur les maladies du système nerveux (volume 2)Chapitre 33 sur 129 · Robin et Londe. — Revue de médecine · texte numérisé non relu

Robin et Londe. — Revue de médecine

PARALYSIE RADICULAIUE SENSITIVE. 249

pachyméningite déterminer une destruction totale et complète des racines postérieures. Sous ce rapport l'existence d'une tumeur, localisée dans cette même région, rendrait mieux compte de la névrite et par suite de l'anesthésie cutanée. J'avoue que cette dernière hypothèse n'est pas dénuée de vraisemblance, mais le mode de début, l'évolution des accidents, les caractères mêmes de l'affection ne semblent pas en rapport avec elle. De telle sorte que je reviens encore à l'hypothèse précédente.

Mais ne s'agirait-il pas, par hasard, de tuberculose et de pachyméningite tuberculeuse? Les deux enfants de notre malade sont morts en bas âge, peut-être de méningite tuberculeuse. Je ne crois cependant pas que la tuberculose soit ici en jeu. Rien dans les antécédents, rien dans l'état actuel ne justifie suffisamment un pareil soupçon. J'en dirai autant de la syphilis.

Je ne discuterai pas longuement la possibilité d'une manifestation hystérique. Cette femme n'a jamais présenté d'accident hystérique dans le passé; elle ne porte actuellement aucun stigmate de la grande névrose. L'anesthésie, chez elle, ne saurait prêter au doute. Ses limites, exactement localisées au domaine des nerfs de plexus brachial, n'ont rien de commun avec celles de l'anesthésie hystérique, qui sont nettes, circulaires, indépendantes de tout trajet nerveux.

En somme, Messieurs, je suis ramené au diagnostic topographique et étiologique que je formulais, il y a quelques instants. J'ai tenu toutefois à faire quelques réserves qui me semblaient commandées par les circonstances.

Les faits de cet ordre doivent être véritablement exceptionnels. Je n'en connais, pour mon compte, aucun qui soit superposable à celui-ci. Je puis cependant vous donner connaissance d'une observation connexe, encore inédite, ayant trait à une névralgie de la huitième racine postérieure cervicale droite \ Grâce à l'obligeance de M. Chipault, obligeance dont je tiens à le remercier publiquement, je puis vous résumer les

1. Cette obsei'vation doit être publiée par M. Chipault dans le procliain numéro de la Nouvelle Iconographie de la Salpêtriere, 1893.

détails fort intéressants du cas. Il s'agit d'un homme qui, un jour, sans cause connue, éprouve dans le petit doigt droit une douleur qui devient bientôt permanente, fulgurante, atroce. Les traitements médicaux ayant échoué, on pratiqua d'abord l'élongation de la branche cutanée du nerf cubital, puis la section du nerf lui-même dans la gouttière. Non seulement les douleurs persistèrent mais elles devinrent intolérables. Lorsque M. Ghipault vit le malade, il trouva entre autres phénomènes deux bandes d'hyperesthésie sur l'avant-bras, larges de un centimètre et demi : une bande antérieure passant en dedans du tendon du biceps, une bande postérieure longeant le bord interne de l'olécrane. Eclairé par cet examen, il conclut non à une névralgie du nerf cubital, mais bien à une névralgie occupant le territoire de la huitième racine postérieure cervicale droite. 11 pratiqua alors la résection intra-rachidienne de cette racine, ainsi que de la septième cervicale et de la première dorsale. Dès le lendemain, les douleurs avaient cessé et les mouvements, jusque-là empêchés par la douleur, étaient redevenus normaux. Cette guérison, immédiate et parfaite, date aujourd'hui de cinq mois. L'avenir seul nous dira si elle est définitive.

A propos de ce fait, je veux vous rappeler les remarquables travaux d'Allen Starr* sur la distribution de l'anesthésie dans les lésions de la moelle cervicale inférieure et dorsale supérieure. Cet auteur a décrit six zones d'anesthésie, correspondant aux quatre derniers segments radiculo-méduUaires cervicaux et aux deux premiers segments dorsaux. 11 a montré, par cela même, le parti qu'on peut tirer de la topographie anesthésique, pour déterminer le segmen tradiculo-médullaire intéressé.

De l'intéressante observation de Chipault, je tiens à rapprocher un cas de Abbe. Cet auteur- a pratiqué également la résection intra-dure-mérienne des racines du plexus brachial, pour des mouvements athétoïdes incessants et douloureux du membre supérieur. On avait déjà fait, chez son malade, successivement et sans résultat durable, l'amputation du bras, puis la désarticulation de l'épaule, enfin la résection des extrémités axillaires du plexus brachial. Abbe découvrit la moelle, depuis la cinquième

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