‹ Leçons sur les maladies du système nerveux v. 1, 1877Chapitre 16 sur 162 · EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCES SUR LES ANIMAUX

sont les modifications qui surviennent dans les propriétés des muscles et dans leur structure anatomique,. après la section ou l'excision des nerfs qui les animent. Les expériences abondent ; elles ont été maintes fois répétées par MM. Longet, Schiff, Brown-Séquard, Vulpian, et il faut ajouter que les résultats qu'elles ont donnés paraissent, du moins pour les points essentiels, tout à fait concordants. Nous allons vous rappeler les principaux incidents qui nous paraissent mériter d'être relevés dans ces expériences.

Le bout périphérique du nerf sectionné ou excisé, du cinquième au huitième jour après l'opération, commence à subir, jusque dans ses ramifications les plus tenues, une série d'altérations qui ont pour conséquence ultime la disparition du cylindre de myéline, tandis que le filament axQe parait, lui, au contraire, persister à peu près indéfiniment (1).

Cependant,dès le quatrième jour, c'est-à-dire avant môme que les lésions de la dégénération soient appréciables, le nerf a perdu déjà la faculté d'être excité par les divers agents, et en particulier par les agents électriques (2). Sur ce point tout le monde est parfaitement d'accord.

En ce qui concerne le muscle, il n'offre tout d'abord aucune modification de la contractilité électrique. L'amoindrissement et, à plus forte raison, l'anéantissement de cette propriété, s'ils se produisent, ne se manifestant jamais qu'à la longue, très-tardivement. C'est là un second point sur lequel il n'y a pas de divergence. Si quelques physiologistes disent avoir vu la contractilité électrique s'affaiblir ou même disparaître de six à douze semaines après la section d'un nerf mixte, M. Schiff l'a trouvée, par contre, dans ces

(1) M. Schiff a montré que, dans le cas de dégénération des nerfs consécutive à la section, contrairement à ce que M. Waller avait avancé, les filaments axiles persistent ; il a retrouvé les filaments dans les fibres nerveuses de nerfs coupés depuis cinq mois chez les mammifères. « Nous avons également reconnu, dit M. Vulpian (Leçons sur la physiologie du système nerveux, 1866, p. 239), l'existence de ce filament axile au bout de plus de six mois. Il me parait bien probable qu'il persiste au-delà de ce temps. »

(2) Vulpian, toc. cit., p. 235.

36 C0NTRACT1LITÉ ÉLECTRIQUE.

mômes circonstances, parfaitement conservée encore au bout de quatorze mois (1); il en est absolument de même lorsque la section porte sur un nerf exclusivement moteur. Déjà M. Longet avait fait voir que, tandis que la motricité des nerfs est, comme on Ta dit, entièrement abolie quatre jours après leur section, Pirritabilité musculaire, lorsqu'il s'agit du nerf facial, persiste dans les muscles correspondants, pendant plus de douze semaines (2). 'Après l'arrachement ou la section du nerf facial, MM. Brown-Séquard et Martin-Magron ont vu, de leur côté, l'irritabilité des muscles faciaux survivre, chez les cochons d'Inde et chez, les lapins, pendant près de deux ans (3). M. Vulpian a été, lui aussi, témoin de faits absolument semblables (4). Vers 1841, dans le laboratoire de mon excellent maître, Martin- Magron, alors que je m'essayais dans une direction que ma sensibilité à l'égard des animaux devait me faire abandonner bientôt, j'ai pu constater moi-môme, aprte l'arrachement du facial, la persistance presque indéfinie de la contractilité électrique des muscles correspondants.

Le résultat est si palpable, si frappant, si facile à constater, que la plupart des physiologistes en sont, si je ne me trompe, à se demander si l'irritabilité musculaire disparaît jamais complètement à la suite de la section ou de l'excision des nerfs ; tout au plus concèdent-ils qu'en pareil cas il puisse se produire, à la longue, un affaiblissement plus ou moins prononcé de la propriété contractile des muscles. Presque tous font remarquer que si, quelquefois, les excitations électriques deviennent impuissantes à déterminer la

(1) Schiff. — Lehrbuch der Physiologie des Menschen, 1858-59, p. 18. — M. Schiff aurait vu deux fois l'excitabilité des muscles persister quatorze mois après la section des nerfs correspondants. Dans un cas, il s'agissait du nerf hypoglosse, dans un autre cas du nerf sciatique.

(2) Longet. — Anatomie et physiologie du systltne nervevw, t. I, p. 63,

(3) Brown-Séquard. — Bulletins de la Société" philomatique^ 1847, p. 74 et 88. — Bulletins de la Société' de Biologie, i. III, 1851, p. 101.

\k) Vulpian, loc, cit , p. 235.

KXPÉUtM ENTATION,

contraction des muscles, toujours celle-ci se manifeste sous L'influence des irritations mécanique.

Il était 11 présumer iyie les modilî cations trophupi respomlant à ces modifications fonctionnelles «terraient, elles aussi, se produire très-lentement et se montrer peu accusées. C est en effet ce qui parait avoir lieu : la plupart des auteurs semblent s'accorder à reconnaître que l'atrophie (lu muscle, sa dégénération histologique, ne surviennent ù la suite de la section des nerK qu'au bout d'un temps fort long. (Testa peine, suivant M. Longet(l), si trois mois après la section du Dfirf facial, les muscles correspondants, examinés après la «mort, présentaient de légères traces d'atrophie. Mais il ne s'agit lu, sans doute» que d'un examen fait à l'anl nu. Au report de M. Schlff, lorsque la paralysie consécutive à la section du nerf, date de loin, les muscles présentent un certain degré d'amaigrissement. Il est vraisemblable qu'un certain nombre de faisceaux musculaires s'atrophient et disparaissent; dans la plupart des cas, le micft ( constater qu'un bon nombre de

ces faisceaux ?ubisaen1 eu outre l'altération graisseuse, en même temps que de la graisse s'accumule dans les intervalles qui lea séparent (2). Les observations de M. Vulpîan ont donné des résultats analogues : toutefois, suivant lui, la dégénérescence graisseuse des fibres musculaires ferait souvent défaut d'une manière absolue (3).

Avant de comparer les faits pathologiques aux résultats des expériences instituées chez les animaux, il importe de bien préciser les conditions dans lesquelles ces expériences

(0 Longvt, for. rit., p.

liS, lot* cit., p. 17B, (3) Vulpîan, hc. cit., p. 240. — Dans les cas de paralysie conséculivea la section des nerfs, outre l'atrophie des faisceaux primitifs qui H produit à la longue, M. Vulpian a noté depuis longtemps la prolifération des noyaux du fiarcolemme et quelques autres indices dun processus inflammatoire. C' lui lait très~ intéressant signalé plus récemment par d'autres observateurs et sur lequel nous aurons à revenir un peu plus loin, (Voir la note, p. 41).

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