‹ Leçons sur les maladies du système nerveux v. 1, 1877Chapitre 37 sur 162 · LEUR RELATION AVEC LES DOULEURS FULGURANTES · texte numérisé non relu

LEUR RELATION AVEC LES DOULEURS FULGURANTES

lue d'une manière très-rapide, car les premiers accès de douleurs fulgurantes datent du mois de mars 1865, et déjà» en juillet 1866, l'incoordination était assez prononcée pour rendre la maiviie difficile. Un de ces accès, qui eut lieu en ji*in 1867, présenta une intensité exceptionnelle. Les douleurs, qui étaient vraiment atroces, parurent fixées pendant plusieurs jours sur le trajet des rameaux cutanés des nerfs petit sciatique et releveur de l'anus du coté droit. Pendant ce temps, les parties correspondantes de la peau se couvrirent de très-nombreuses pustules, analogues à Tecthyma, dont quelques-unes devinrent le point de départ d'ulcérations profondes. De plus, uni' eschare arrondie, ayant environ 5 centimètres de diamètre, et qui intéressait le derme dans la presque totalité de son épaisseur, se produisit sur la région sacrée du côté droit, à quelques centimètres de la ligne médiane, immédiatement au-dessous de l'extrémité du coccyx. La cicatrisation de la plaie, qui persista après l'élimination des parties sphacélées,ne fut complète qu'au bout de deux mois. Dans un autre accès, les douleurs fulgurantes suivirent la direction de la branche verticale du nerf sapMne interne gauche, et une éruption pustuleuse se produisit bientôt sur la peau des régions où se distribue ce nerf.

Un caractère commun à toutes ces éruptions, — et ce caractère est bien propre à faire voir qu'il ne s'agit pas, en pareil cas, d'éruptions banales, — c'est qu'elles se montrent de concert avec certaines exacerbations, exceptionnellement intenses et tenaces, des douleurs spéciales, en quelque sorte pathognomoniques de la sclérose fasciculée des cordons postérieurs, et que l'on a coutume de désigner sous le nom de douleurs fulgurantes. •

Je relèverai cet autre caractère que les éruptions en question siègent d'habitude sur le trajet même des nerfs envahis par la fulguration douloureuse.

Vous voyez par ce qui précède que l'existence de ces éruptions cutanées parait intimement liée à celle des dou-

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leurs fulgurantes, et il devient ainsi au moins très-vraisejn- Mable qu'une môme cause organique préside au développement de celles-ci et de celles-là.

Quelle est donc la raison de la présence des douleurs ful- .gurantes parmi les symptômes de la sclérose dès cordons postérieurs? Je ne veux pas entrer aujourd'hui dans de longs développements à propos de cette question que nous retrouverons par la suite ; il me suffira, pour le moment, de vous dire, que suivant toutes les probabilités, ces douleurs dépendent de l'irritation que subissent, dans leur trajet intra-spinal, ceux des tubes nerveux émanant des racines postérieures, qui, sous le nom de faisceaux radiculaires internes (masses fibreuses internes des racines postérieures) dans la nomenclature de Kôlliker (1), traversent dans une certaine étendue Taire des cordons postérieurs, avant de pénétrer dans les cornes postérieures de la substance grise.

Il ne parait guère possible de rattacher la production des douleurs fulgurantes à Tune quelconque des lésions suivantes: 1° atrophie des racines postérieures avant leur entrée dans la moelle épinière ; 2° méningite spinale postérieure ; 3° sclérose des cornes postérieures de la substance grise ; 4° lésions irritatives des ganglions spinaux du dès nerfs périphériques ; car ces douleurs ont été rencontrées dans un certain nombre de cas d'ataxie où l'on a pu s'assurer, après la mort, de l'absence de toute lésion du genre de celles qui viennent d'être énumérées.

A l'appui de cette proposition, permettez-moi, Messieurs, de vous rappeler les résultats de l'autopsie que nous avons faite, M. Bouchard et moi, d'une femme morte, dans cet hospice, pendant le cours de la première période de l'ataxie locomotrice progressive (2). Chez cette femme, les douleurs

(1) Kôlliker. — Histologie humaine, première partie, p. 345, 346.

(2) Douleurs fulgurantes de Vatasie, sans incoordination des mouvements, sclérose commençante des cordons postérieurs de la moelle épinière. In Compte* rendus du séances et mémoires de la Société de biologie, année 1860.

PATHOGENIE DES DOULEURS FULGURAN

paroxystiques spéciales a\aient existé, à un liant de. pendant près de quinze ans, à 1 époque de la terminaison fatale causée par une maladie accidentelle. Jamais il ne s'était présent»'' aucun signe d'incoordination motrice. La malade marchait sans embarras, sans mouvement de projection des jambes, sans frapper le sol du talon, sans que l'occlusion des paupières modifiât son assurance. À l'autopsie, on constata que les racines postérieures avaient conservé les caractères de l'état normal, et à part quelques traces assez équivoques de méningite, ]. g m nies lésions appréciables qui furent rencontrées attrapaient U ta cordons postérieurs et consistaient en une multiplication des noyaux de la névroglie avec épaississement des mailles du rétïculum, mais sans altération concomitante des tubes nerveux. Pour compléter la démonstration, je pourrais citer plusieurs faits du même genre dans lesquels les douleurs fulgurantes avaient été également très-intenses, et où, lors de l'autopsie, je n'ai pu reconnaître l'existence d'altérations quelconques, soit dans les cornes grises postérieures, soit dans les nerfs périphériques, soit enfin sur les méninges spinales.

D'après cela, ce serait dans l'altération incitative des fa i sceaux postérieurs de la moelle épiitiérc qu'il faudrait chercher le point de départ des douleurs fulgurantes fies ataxiques. Mais il est peu vraisemblable que toutes les parties de ces faisceaux puissent à cet égard être mises en cause indistinctement ; tout porte à croire, au contraire, que les fibres sensitives, issues des racines postérieures qui composent, pour une part, les faisceaux radieidaire: ternes, doivent être seules incriminées. Ces fibres participeraient, de temps à autre, d'une façon périodique, à l'irritation dont les cordons eux-mêmes sont le siège permanent; et ainsi se produiraient ces crises d'élancements douloureux qui, suivant une loi physiologique bien connue, sont rapportées à la périphérie, bien qu'ils reconnaissent, en réalité, une cause centrale.

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