VINGT-CINQUIÈME LEÇON
DE L'ETAT MENTAL DANS L'HYSTÉRIE, LA CIIORÊE, ET QUELQUES AUTRES NÉVROSES.
Sommaire. — Bizarrerie des hystériques. — Mobilité du caractère. — Désordres de la sensibilité. — Esprit de contradiction. — Irritabilité.
— Rapidité des impulsions et des actes. — Affaiblissement de la volonté. — Goût inné pour la tromperie. — Etat du sens génital. — Affaiblissement des facultés intellectuelles. — Impulsions irrésistibles. Penchant au suicide. — Impulsion au vol. — Tendance à la calomnie.
— Accès de délire. — Folie hystérique. — Ses caractères. — Pronostic.
— Traitement.
Etat mental des choréiques. — Changements de caractère. — Enfants insupportables. — Affaiblissement de l'attention et de la mémoire. — Amoindrissement de l'acuité intellectuelle. — Fréquence de la chorée chez les idiots. — Manque d'équilibre des facultés intellectuelles. — Hallucinations. — Délire de la phonation. — Folie clioréiquc. — Trois formes principales. — Délire incohérent avec excitation maniaque. — Manie choréique. — Mélancolie. — Pronostic. — Traitement.
Etat mental dans le goitre exophthalmique. ,
Etat mental dans la paralysie agitante.
Messieurs,
Les névroses convulsives, qui couvrent une si vaste étendue en pathologie, ont des rapports incontestables avec l'aliénation mentale. L'hystérie, l'épilepsie, la chorée, la paralysie agitante, se compliquent plus ou moins souvent de troubles intellectuels qui peuvent aller jusqu'à la folie. L'étude de l'état mental dans ces grandes névropathies mériterait d'occuper notre attention pendant une année tout entière. Nous avons déjà décrit la folie épileptique. Obligé,
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par les nécessités de l'enseignement, de condenser nos idées, nous nous contenterons maintenant d'étudier tour à tour l'état mental des hystériques, des choréiques et de quelques autres névropathes, en nous attachant aux grandes lignes de la question et en laissant de côté les innombrables détails qu'elle comporte.
C'est l'état mental des hystériques qui doit nous occuper aujourd'hui, et je laisse de côté, les supposant connues, les grandes manifestations physiques de cette maladie. En dehors des troubles somatiques si variés et si divers auxquels elle peut donner lieu et qui semblent embrasser toute la pathologie, il est, tous les observateurs le reconnaissent, des phénomènes d'ordre psychique, qui jouent un rôle capital parmi les caractères de cette grande névrose et qui, poussés au dernier terme, peuvent aboutir soit au crime, soit à la folie.
Vous connaissez tous, au moins de réputation, cette bizarrerie fantasque, indéchiffrable et capricieuse, qui constitue le fond môme du caractère hystérique ; vous avez tous entendu parler de ces femmes (si vous ne les avez pas connues) qui font le désespoir de leur entourage, par leurs excentricités, et dont le caractère, comme disent nos bons paysans, change plus souvent que le temps.
C'est qu'en effet la mobilité est le premier et le principal élément du caractère hystérique. Passant alternativement de l'exaltation à la dépression, des larmes au sourire, ces malades s'enthousiasment violemment pour une personne, un objet, une idée; puis un instant après, se précipitant d'un extrême à l'autre, elles n'ont pour l'objet de leur culte que de la froideur, de l'indifférence ou de l'aversion. Aussi ne doit-on jamais les contredire, jamais ne les heurter de front, ne jamais discuter avec elles ; il suffit d'attendre; au
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bout d'un quart d'heure on voit changer complètement la pente de leur esprit.
Leur sensibilité n'est pas moins affolée que leur j ugemen t. Stoïques devant les plus grands malheurs, elles s'emportent sous l'influence des plus minces contrariétés jusqu'à éprouver des crises nerveuses d'une extrême violence.
Par un contraste frappant avec la mobilité de leurs idées, ces malades sont animées d'un esprit exagéré de contradiction et d'un goût singulier pour la controverse. Elles prennent constamment le contre-pied de ce qu'on leur dit. Mais, par contre, elles ont au plus haut degré l'esprit d'imitation. On connaît les épidémies convulsives qui se développent si souvent chez les hystériques; mais le délire n'est pas moins contagieux, et c'est surtout chez ces malades que l'on voit éclater ces idées folles qui, comme une traînée de poudre, parcourent une localité tout entière. Les hystériques ne sont jamais indifférentes pour leurs congénères; elles s'attirent ou se repoussent; elles s'adorent ou se détestent.
Lorsque dans un service d'hôpital, au moment de la visite, il se déclare une crise d'hystérie, des quatre coins de la salle vous voyez accourir cinq ou six malades, toujours les mômes, qui s'empressent autour de la patiente; ce sont les hystériques du service, qui ne sauraient laisser passer un accès sans s'en être mêlées; et tandis que les autres malades de la salle manifestent de l'indifférence ou de l'ennui, les hystériques suivent avec un intérêt palpitant tous les détails de la crise, quitte à donner elles-mêmes, un instant après, le spectacle d'une attaque.
Il est fort naturel do supposer que cet empressement part d'un bon naturel, mais au fond il n'en est rien: il s\igit d'un mouvement de curiosité ou plulùt de l'attrait que ces
malades exercent les unes sur les autres, car au fond rien n'est plus égoïste que le caractère d'une hystérique ; constamment occupée à se plaindre, toujours disposée à gémir sur son propre sort, elle semble convaincue que tout dans l'univers doit converger vers elle.
Ajoutons enfin que rien n'est plus frappant chez ces malades que la rapidité, la soudaineté des impulsions et des actes. La cause la plus futile, la moindre contrariété, les refus opposés à un caprice passager, quelquefois des motifs plus frivoles encore, provoquent des explosions subites de colère souvent portées jusqu'à la fureur et accompagnées de violence. Il semblerait, pour parler le langage de certains métaphysiciens, que la sensation se transforme brusque^ ment en idée, et l'idée en acte. C'est un réflexe, mais un réflexe moral.
Tous ces désordres de l'esprit peuvent se résumer en un seul mot : faiblesse. C'est, en effet, l'affaiblissement de la volonté qui est la clef de ces phénomènes singuliers ; avec une ferme volonté, on résiste à ces impulsions. L'hystérique n'y résiste pas, et c'est le secret de son extrême mobilité.
Mais, nous dira-t-on, le caractère hystérique, tel que vous le décrivez, n'est que Texagéralion du tempérament féminin. Chez la femme à l'état normal nous retrouvons, à un moindre degré, toutes les perturbations que vous venez de décrire.
Sans doute, il existe un rapprochement qui s'impose entre le caractère hystérique et le tempérament féminin. Mais notons en passant que, dans les cas assez rares d'hystérie chez l'homme, ces troubles moraux sont encore plus accentués s'il est possible, ce qui prouve bien qu'il s'agit là d'une perturbation intimement liée à la maladie et totalement indépendante du sexe de l'individu. Mais il est un fait
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plus grave qui constitue an profit de Thystéric un trouljle psychologique vraiment caractéristique. Nous voulons parler de ce goût inné pour la tromperie qui dépasse la portée ordinaire de la duplicité et du mensonge. Pour ce qui touche aux symptômes de leur maladie, aux excentricités qui peuvent la caractériser, les malades, on le sait, sont toujours portées à l'exagération. Rien de plus dangereux, au point de vue scientifique, que de prendre pour des faits réels toutes les mystifications dont sont capables ces personnes, et c'est un écueil que n'ont point toujours évité les observateurs les plus justement célèbres. Mon maître, M. Moreau (de Tours), m'a souvent raconté que, pendant les premiers temps de son service à la Salpêtrière, il avait eu l'idée d'expérimenter les effets du haschisch sur les hystériques de son service, et qu'il avait obtenu les résultats les plus merveilleux. Mais tout à coup, saisi d'un scrupule bien légitime, il substitua des boulettes de mie de pain aux pilules qu'il avait précédemment administrées, et il eut la mortification de voir se reproduire les mômes symptômes avec une intensité toujours croissante. C'est ainsi que les phénomènes les plus étranges observés chez ces malades peuvent n'être que le fruit d'une simulation plus ou moins habile.
Choisissons un fait entre mille. Une jeune hystérique, qui n'urinait presque pas, vomissait de temps en temps des flots d'un liquide qui présentait tous les caractères physiques et chimiques delà sécrétion urinaire. On était arrivé à croire à un véritable transfert de la sécrétion rénale sur les parois de Testomac, lorsqu'une surveillance plus attentive fit découvrir la ruse de la malade ; cUe avalait ses urines presque immédiatement après les avoir rendues. Qt^io. penser après de telles désillusions des faits merveilleux dont
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nous entretiennent certains médecins voués par profession au culte de l'hystérie ?
La même duplicité qui s'observe chez ces malades se rencontre dans les rapports ordinaires de la vie, en dehors de toute question relative aux symptômes de leur mal. Ce sont des accusations mensongères contre leur entourage ; ce sont des récits absolument imaginaires, mais assez bien construits pour paraître plausibles au premier abord. Enfin, comme l'a si bien fait observer, dans une occasion récente, M* le professeur Lasegue, il est des hystériques chez qui le besoin de tromper s'exalte jusqu'au délire. Elles mentent absolument pour le plaisir de mentir.
Un autre penchant qu'on reproché assez volontiers aux hystériques, c'est l'érotisme, soit au point de vue sensuel, soit au point de vue moral. Les anciens ont beaucoup exagéré l'intensité de cette tendance, qui, pour le vulgaire, est devenue synonyme du mot hystérie ; les modernes, et surtout M. Moreau (de Tours), ont montré combien cette imputation formulée d'une manière aussi absolue était mal fondée.
Il est incontestable que chez beaucoup d'hystériques il existe une aversion absolue pour les rapports sexuels ; chez d'autres il existe une sorte d'érotomanie platonique s'appuyant plutôt sur l'imagination que sur les sens, et qui les prédispose à devenir amoureuses des hommes qui les entourent. Enfin, chez quelques-unes d'entre elles, on rencontre une véritable excitation sexuelle ; mais c'est là bien plutôt l'exception que la règle. Ce qu'il faut surtout retenir ici c'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'extrême faiblesse de la volonté qui les livre sans défense à toutôs les irrégularités du caprice. A l'état normal, quand la passion parle, la pudeur, l'éducation, les principes four-
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nissent un point d'appui utile à la résistance. Chez les hystériques, il n'en est rien. Dénuées de tout ressort, elles succombent h la première impulsion des sens.
Au reste, presque toutes les malades de cette espèce sont vaniteuses et coquettes, préoccupées de leur personne et désirant toujours attirer l'attention. C'est là une tendance qui peut souvent se confondre en apparence avec Térotismc et qui peut, dans une certaine mesure, en imposer à des observateurs peu habitués aux distinctions délicates et quelquefois subtiles de la psychologie morbide.
Les facultés intellectuelles sont conservées en apparence chez les hystériques, mais elles sont affaiblies en réalité. Souvent il arrive que leur conversation, pleine d'abandon et remplie d'un certain charme, les fait passer pour spirituelles et laisse supposer une certaine exaltation de l'intelligence; mais si nous allons au fond des choses, nous constatons un affaiblissement de la mémoire qui peut aller très loin, une frivolité extrême qui porte ces malades à s'intéresser aux plus petits sujets et à négliger les affaires les plus importantes ; enlin et surtout, un manque d'attention qui les empoche de suivre un raisonnement, de résoudre une difficulté et de s'attacher à un travail quelconque. Ce vice capital est lamarqiws évidente d'une déchéance intellectuelle et d'un amoindrissement des forces vives de l'esprit.
Tous les accidents que nous venons de signaler redoublent d'intensité aux époques menstruelles, et c'est surtout alors qu'on voit apparaître le caractère hystérique sous ses véritables couleurs.
Toutes les perturbations psychologiques dont nous venons de parler restent en-deçà de la frontière qui sépare la raison
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du délire. C'est avec les impulsions irrésistibles que la véritable folie apparaît tout d'abord.
Les hystériques ont un penchant prononcé au suicide. Tuke et Bucknill rapportent l'observation d'une jeune Anglaise qui s'est suicidée à l'âge de onze ans ; elle appartenait à une famille de trois sœurs, toutes hystériques, et qui toutes ont fini par le suicide. Cette prédisposition morbide se rencontre souvent chez tous les membres d'une môme famille; mais, pour ne considérer que les cas individuels, presque toujours l'hystérie joue un rôle prépondérant chez les jeunes filles qui, pour les motifs souvent les plus futiles, mettent fin à leurs jours. Ce qui est plus fréquent encore, c'est la simulation du suicide ; c'est ici que se placent ces empoisonnements fictifs, oii le laudanum joue un si grand rôle, ces coups de pistolet qu'on se tire, mais en ayant soin de ne pas se toucher, et les autres tentatives avortées qui n'ont d'autre but que de faire plaindre la victime et d'attirer des désagréments à son mari ou à ses proches. Il ne faut cependant pas oublier que pour simuler le suicide, il faut être déjà sur la pente d'un état morbide qui peut conduire à des tentatives plus sérieuses et qui seront suivies d'effet. Ce n'est là, pour ainsi dire, que le premier anneau de la chaîne.
L'homicide est très rare chez les hystériques, mais il en existe quelques exemples bien avérés. M. Moreau rapporte l'observation d'une femme qui , saisie d'une impulsion subite, voulait étrangler une de ses compagnes, et qui était sur le point d'y réussir, lorsque subitement elle fut prise d'un violent accès d'hystérie qui termina la crise.
L'impulsion au vol est au contraire très fréquente. On voit en pareil cas des femmes du grand monde commettre des vols insignifiants, sans aucune valeur, et se laisser sur-
prendre, faute des précautions les plus élémentaires. A chaque instant, dans les grands magasins, des actes de ce genre sont constatés et punis ; ils sont commis, dans la plupart des cas, par des femmes plus ou moins hystériques. Nous parlons, bien entendu, de ces vols sans importance qui ne peuvent rapporter aucun profit sérieux aux coupables et qui seraient absolument dédaignés par les artistes de profession. Morel raconte l'histoire d'une dame, fille d'une hystérique, hystérique elle-même, qui prenait plaisir à voler.de menus objets pour les cacher dans les effets de ses servantes, qu'elle accusait ensuite de ces petits larcins. Nous voyons ici reparaître cette tendance aux dénonciations calomnieuses dont nous avons déjà parlé.
Cette déplorable tendance à la calomnie peut atteindre chez les hystériques les proportions du crime et les faire verser par conséquent dans la folie. L'une des accusations les plus fréquemment proférées est celle de viol. Cette imputation, qui revient si souvent chez nos aliénées, acquiert une gravité exceptionnelle en raison de l'infernale habileté avec laquelle certaines hystériques savent donner une couleur spécieuse à leurs accusations. Des procès criminels en ont été souvent la conséquence. L'un des faits les plus célèbres de ce genre est celui d'une jeune fille de dix-huit ans qui portait ses accusations de préférence contre les prêtres. Elle alla jusqu'à se donner des coups de poignard, pour prétendre ensuite que, pendant une syncope occasionnée par ses blessures, elle avait été violée par un abbé, qui fut traduit en cour d'assises. Une expertise ordonnée par le tribunal démontra qu'elle était vierge.
La Société médico-psychologique de Paris a eu l honneur d'intervenir dans l'un des cas les plus scandaleux de cette espèce. Lue 'lame (V-pagnoh», Ai^éo do quaranU» ans, ([ul
depuis longtemps tenait des propos étranges et se livrait à des actes insensés, fut enfermée dans une maison d'aliénés, à Barcelone, après des tentatives répétées de suicide. Elle parvint à intenter un procès à son mari, à ses deux beaux-frères et aux trois médecins qui l'avaient soignée. Accusés de séquestration arbitraire, ils furent condamnés à vingt ans de galères. Consultée par les défenseurs, la Société médico-psychologique de Paris envoya en Espagne une commission dont faisait partie notre collègue M. Legrand du SauUe. L'intervention de nouveaux expQrts dé- * montra l'innocence des accusés et fit casser la sentence qui les avait injustement condamnés.
L'histoire a enregistré des événements de ce genre dont l'issue a été bien autrement tragique. C'étaient des hystériques que ces religieuses de Loudun qui firent condamner Urbain Grandier ; c'étaient aussi des hystériques que ces ursulines de Provence qui firent périr le curé Gaufridi. Poussée h ce degré, la fureur de la calomnie devient évidemment du délire et relève de l'aliénation mentale.
Mais, à côté des impulsions morbides, il existe aussi de véritables accès de délire ; ils peuvent se produire pendant les attaques convulsives, et tous les observateurs en ont été témoins. Briquet compare ce délire à celui du chloroforme. M. Moreau le rapproche des effets du haschisch. Les malades, sous l'empire de l'accès, sont bruyantes, agitées, loquaces, mais en général on n'observe point d'incohérence dans leurs discours. Il s'agit d'un rêve traversé d'hallucinations et qui se rapporte surtout à leurs habitudes ordinaires. Li crise terminée, la raison revient.
Le délire peut éclater aussi dans l'intervalle des accès ; il semble alors remplacer les accidents convulsifs. Une impression vive, une frayeur, une sensation pénible peuvent
en déterminer l'explosion. Ce délire peut durer quelques jours ou quelques heures, mais il est essentiellement passager.
Le délire permanent des hystériques se développe ordinairement d'une manière lenlc et suit une progression régulièrement ascendante. Aux excentricités habituelles du caractère hystérique succèdent peu à peu des conceptions délirantes, traversées d'hallucinations de la vue et de l'ouïe. Le délire s'organise, et la folie peut alors se manifester sous toutes .les formes ; mais la plus commune de toutes, c'est la manie. Viennent ensuite, par ordre de fréquence, la lypémanie avec stupeur, l'hypochondrie, enfin les idées fixes.
Voyons maintenant quels sont les caractères spéciaux qui appartiennent en propre à la folie hystérique.
Nous avons déjà signalé la perte de la mémoire. Chez les sujets qui sortent d'une crise, tout souvenir des faits qui viennent de se passer paraît être aboli, et, loin de ressembler h ces vésaniques réguliers qui, revenus à la raison, conservent la notion des idées fausses qui les ont tourmentés, les hystériques semblent avoir passé l'éponge sur leurs divagations, qui n'ont laissé aucune trace dans leur esprit.
Les hystériques ont souvent, en plein accès de délire, une conscience plus ou moins complète de leur état, et, au plus fort d'une crise, il suffit quelquefois de leur adresser une parole à propos pour les ramener au sentiment de la réalité, bien différentes en cela des épile[)tiques, qui sont é\idemment dominées à un degré bien supérieur par la maladie qui les a frappés.
Quand les accès de délire sont passagers, leur début est ordinairement brusque ; leur cessation est brusque aussi. La malade, à la fin de l'accès, semble sortir d'un rôve, et c'est ce qui rapproche ces accidents psychologiques do l'étal
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de somnambulisme qui se produit si souvent chez les hystériques, sans cependant leur appartenir d'une manière exclusive. Enfin, dans toutes les formes de la folie hystérique, les idées de suicide exercent une prépondérance singulière. Gomme le fait très justement obsei'ver M. Moreau (de Tours), chez les fous ordinaires, ces idées de destruction ont un caractère logique et se rattachent à une sorte d'ensemble de conceptions délirantes; chez les hystériques, c'est une pure fantaisie. Une malade, en passant sur les quais, voit couler la Seine et veut immédiatement se noyer. «Je ne voulais pas mourir, disait-elle, et cependant j'avais une terrible envie de me jeter à l'eau, o
Une autre malade, qui rit et plaisante sans cesse avec ses voisines, s'interrompt sans cesse pour répéter : « Je veux mourir, faites-moi donc mourir. »
On retrouve ici le caractère de puérilité, de frivolité, d'absence de volonté qui sont le véritable pivot de tous les désordres intellectuels dans l'hystérie.
S'il est vrai qu'au point de vue psychologique la folie des hystériques a des caractères particuliers, il serait cependant difficile de formuler un diagnostic précis sans l'intervention des crises convulsives qui impriment à la maladie son véritable cachet. Il est donc intéressant d'étudier les rapports qui existent entre les crises d'hystérie et les accès de délire. Ceux-ci peuvent se produire avant l'attaque convulsive, pendant l'attaque ou après l'attaque, et c'est là peut-être le cas le plus fréquent. Souvent aussi, nous l'avons vu, la folie remplace l'accès et les convulsions se transforment en délire.
Enfin, comme pour toutes les névroses, quand les accidents ont cessé pendant longtemps, ils éclatent un beau jour avec plus d'intensité quejamais. Une hystérique aliénée