‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 105 sur 201 · ÉTAT MENTAL DES CHORÉIQUES · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES CHORÉIQUES

même des parents les plus disposés à l'indulgence . On peut dire, en termes généraux, que ces malades sont insupportables, mais il faut préciser le sens de cette expression en entrant dans les détails qu'elle comporte.

Au premier degré, ce que l'on constate surtout chez les jeunes choréiques, c'est une irritabilité malsaine, qui se traduit par des colères violentes, à propos des contrariétés les plus futiles. En môme temps il existe une extrôme mobilité des idées. Les moindres courants suffirent pour changer la direction de l'esprit, etl'on voit les malades passer du rire aux pleurs, de la tristesse à la gaieté avec une facilité vraiment inquiétante.

Ce sont là,dira-t-on, des troubles légers ; mais au second degré de la maladie on assiste à des phénomènes plus graves.

C'est d'abord la mémoire, la plus fragile de toutes les facultés intellectuelles, qui subit l'influence morbide. Elle reçoit plus diftlcilement les impressions, elle les conserve moins fidèlement, et son amoindrissement est d'autant plus facile à constater quil coïncide avec la perte de la faculté d'attention, à laquelle Esquirol attachait une si grande importance en psychologie morbide.

Incapables de fixer leur attention pour apprendre, incapables de retenir ce qu'ils ont appris, ces enfants baissent rapidement parmi leurs camarades et tombent au dernier rang, lorsqu'à l'affaiblissement de l'attention et de la mémoire se joint l'amoindrissement de l'acuité intellectuelle. Ils se trouvent alors dans un état d'hébétude et d'engourdissement qui les rend presque semblables aux idiots.

C'est ici le cas de vous faire observer que beaucoup d'idiots sont choréiques et présentent d'autres troubles de la motilité. Je vous ai fait voir, il y a peu de jours, une jeune fille choréique dont la physionomie, assez agréable, semble

annoncer un degré d'intelligence que viennent démentir aussitôt sa manière d'être et son absolue incapacité. Cet enfant n'a jamais pu apprendre h lire, et bien certainement la chorée se rattache ici à un vice fondamental d'organisation cérébrale.

On rencontre aussi la chorée chez des enfants nerveux et irritables qui, sous une influence quelconque, sont devenus anémiques, et c'est là peut-cire la véritable raison de rénorme influence exercée sur cette névrose par le rhumatisme etles affections organiques du cœur.

Mais l'excitabilité exagérée des muscles volontaires coïncide chez eux avec une hypéresthésiedela peau sur laquelle Ludwig Meyer a attiré l'attention ; et cette hypéresthésie périphérique coïncide avec une hypéresthésie morale qui se retrouve au fond des troubles intellectuels que je vous signale ici.

L'excitabilité morbide, l'irascibilité peuvent aller jusqu'à un véritable état d'aliénation mentale sans conceptions délirantes, sans hallucinations et sans aucun trouble intellectuel proprement dit. On constate môme chez certains malades un développement remarquable de l'intelligence.

Mon ami le docteur Mesnet m'a montré il y a quelques années an jeune choréique, âgé d'environ quatorze ans, qui présentait au plus haut degré le type de cet état morbide. Il était fils d'un cardiaque, d'un caractère extrêmement violent, et qui à la moindre contrariété déchirait les draps et les rideaux de son lit. Notre malade n'avait pas hérité de la cardiopathie de son père, mais il reproduisait avec exagération toute la violence de son caractère. A neuf ans il avait été très effrayé par l'entrée des troupes dans Paris, à la fin de la Commune; il en était résulté un ictère

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assez intense, et à peine guéri de sa jaunisse il était devenu choréique.

A mesure qu'il avançait en âge, il devenait de plus en plus difficile à vivre. Envoyé à l'école, il s'y naontrait, au contraire, un élève fort intelligent et y remportait presque tous les prix. Mais en grandissant, il devenait incapable de supporter la moindre contrariété. Grossier avec ses parents, violent avec ses frères, il lui est arrivé plus d'une fois de renverser la table pendant un repas, de casser les carreaux, de frapper son père et son grand-père, et les petits enfants de la maison.

Enfin, l'excès de ces mauvais procédés a décidé ses parents à le faire interner. Quand nous l'avons vu, il était relativement calme depuis trois semaines, mais s'il évitait les accès d'emportement, il était sans cesse agité, ne pouvant pas rester en place, ni se livrer à un travail régtdier. Toute contrainte lui était insupportable, toute attention prolongée lui était impossible. Le sommeil était troublé, il avait des rêves effrayants, il criait et parlait en dormant. Mais si l'équilibre des facultés intellectuelles était \isiblement troublé chez lui, il ne présentait aucun symptôme d'une perversion du jugement. La mémoire et l'intelligence étaient plus actives que de coutume, et l'on ne pouvait pas appliquer à cet état intellectuel le nom de folie : c'était un impulsif et non un vésanique. Mais qui ne voit combien un pareil état intellectuel est éloigné de la normale ?

Nous avons appris depuis que ce jeune homme, aujourd'hui guéri, exerce la profession de couvreur^ qui semble, au premier abord, peu appropriée c\ son état soit physique, soit intellectuel.

Cependant il est des choréiques chez qui l'on constate de véritables symptômes d'aliénation mentale ; et d'abord, on

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rencontre chez certains d'entre eux de véritables hallucinations; elles portent surtout sur le sens de la vue, comme chez les hystériques et les opileptiques. Elles sont surtout hypnagogiques, c'est-à-dire se produisant au moment même oii commence le sommeil. Enfin elles ont toujours un caractère pénible et terrifiant. Quelquefois aussi il existe des hallucinations de l'ouïe, du toucher et du sens génital ; mais leur importance est beaucoup moins grande que celle des hallucinations visuelles.

A côté de ce phénomène, il existe un véritable délire de la phonation. Chez certains malades, il est des paroles, toujours les mêmes et souvent vides de sens, qui sont involontairement répétées par le sujet ; ce sont assez souvent des obscénités, quelquefois des injures grossières et toujours des absurdités. Un officier, cité par Arndt, s'écriait à chaque instant : scJiwem urd, expression grossière et vide de sens.

Une dame, fort connue dans la haute société parisienne, avait scandalisé tout le cercle de ses connaissances par des propos d'une crudité vraiment extraordinaire, qui lui échappaient à chaque instant, c Mes idées, disait-elle, sont des chevaux emportés que je ne puis maîtriser.» Arndt compare cet état à l'obsession démoniaque, état dans lequel les malades vomissent h chaque instant des blasphèmes et des grossièretés, contrairement à leur propre volonté.

Il est un point capital qui sépare ces malades des épileptiques, c'est que les troubles psychologiques s'amendent notablement quand l'intensité des mouvements choréiques diminue ; il n'y a point ici, comme dans l'épilepsie et dans l'hystérie, de balancement entre l'intensité des troubles intellectuels et celle des accidents convulsifs. C'est là un caractère dont l'importance ne saurait vous échapper.

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