‹ Lecons sur les maladies mentales (volume 2)Chapitre 42 sur 201 · ÉTAT DE LA HKAT · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA HKAT

s'arrête, et c'est par là que coirimence révolution des phénomènes. Plus tard, à la périodfi terminale, on voit habituellement la menstruation se rétablir par deux ordres de causes différentes : chez les unes parce que la santé ellemême devient meilleure ; chez les autres, parce que l'accoutumance s'est établie, et que l'organisme a repris le cours de ses fonctions pour ce qui touche à la vie végétative.

Au milieu de ces troubles divers que présentent les sécrétions, on doit s'attendre à des modifications profondes dans l'état de l'enveloppe cutanée. Elles font partie de cet habitns extérieur en rapport avec les troubles de la nutrition qui caractérisent si souvent la folie.

Et d'abord la peau, chez les aliénés, offre une tendance à l'atj'ophie; elle est diminuée dans son fonctionnement, la transpiration sudorale tend à se tarir, et, par suite, l'épiderme devient sec et fendillé.

Les annexes du système cutané subissent l'influence de cet état : les ongles deviennent fragiles, se déchirent, se fendillent; chez un grand nombre d'aliénés, on voit se produire l'atrophie du système pileux ; les cheveux deviennent secs, cassants, rares; chez beaucoup il se développe ime calvitie précoce. Ces troubles peuvent également porter sur la coloration des poils, llien n'est plus fréquent (jue de voir blanchir les cheveux ù la suite d'uii accès d'aliénation mentale. Quelquefois les clKncMix blanchissent et reprennent alternativement leur coloration iiornialo. Stievcns a laj)porté l'hi-toire d'un maniaque intermillent, dont la folie offrait un caractère périodique : les cheveux , chez cet homm(% passaient d'un hlanc d'ai'gent a un noir assez prononcé. C'est là un fait assez singulier et qui peut renciMitrer ([uelque incrédidité. INtuilant, dans l'ordre pathologique, les l'ait^ (le ce genre ne S(Mit pas absolument

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inconnus. Dans la maladie d'Addison, dans la mélanodermie liée à une altération des capsules surrénales^ on voit se développer une pigmentation de la peau et du système pileux, et l'on a vu des cheveux blancs redevenir noirs par suite de cette pigmentation générale.

Les aliénés présentent souvent un état analogue. La mélanodermie peut se rencontrer dans un grand nombre de maladies. Il y a chez les tuberculeux une coloration particulière qui paraît coexister avec l'absence d'hématose. Les phthisiques respirent mal ; l'oxydation du sang se fait mal chez eux, et il se dépose dans la peau du pigment et du carbone non consommé. De même les mélancoliques noircissent par la raison qu'ils ne brûlent pas leur carbone. Aussi voit-on souvent la couleur normale revenir chez ces sujets lorsqu'ils marchent vers la guérison.

Des altérations plus profondes peuvent se développer dans d'autres tissus. On rencontre des lésions très-prononcées du système osseux et du système cartilagineux. C'est k ce dernier ordre d'idées qu'il faut sans doute rattacher quelques phénomènes très-remarquables comme les hématomes de l'oreille et d'autres régions ; ces lésions se rencontrent surtout dans la paralysie générale. Je désire attirer principalement votre attention sur les altérations des os.

On sait depuis longtemps que les aliénés, certains d'entre eux du moins, sont très-exposés aux fractures de tous genres. Rien n'est plus facile que de leur casser les côtes. On a souvent accusé la camisole de force et les gardiens, mais ces fractures tiennent en grande partie au mauvais état de la nutrition.

On rencontre aussi chez les aliénés l'ostéo-malacie. Un travail sur cette question a été présenté en iS'iO par M. Ringrose Atkins au congrès de l'Association médicale

ALIÉKATIONS DES OS. 191

britannique, h Cork. Cette question a été (^^'tudiée en Allemagne et en Angleterre par divers observateurs, Gudden, Merser, etc. Au point de vue macroscopique, les os deviennent mous, fragiles, faciles h couper; ils tendent à [)rendre une teinte grisâtre particulière. Cet état paraît coïncider avec une augmentation véritable de leur système vasculaire.

Lorsqu'on étudie au microscope ces altérations, on constate une tendance à ia disparition des éléments caractéristiques du système osseux, qui sont remplacés par de la graisse. C'est donc une dégénérescence graisseuse du squelette en môme temps qu'une diminution de la quantité ôea. sels calcaires. Ce sont là des phénomènes qui existent également dans l'ostéo-malacie ordinaire, par exemple dans celle qui peut se montrer chez les femmes dans l'état puerpéral.

Cotte dégénérescence graisseuse se rencontre ailleurs; on la retrouve dans les vaisseaux dont les parois sont altérées et c'est là l'une des causes du purpura et des taches ecchymotiques qui sont si fréquentes chez certains aliénés. Je me contenterai de vous rappeler l'observation d'un malade chez qui le purpura était tellement général, que, vu de loin, c'était un homme bleu.

Il me reste à vous signaler quelques autres troubles fonctionnels. L'état du pouls, les troubles circulatoires, que je vous ai déjà signalés, semblent se rattacher à inie modilication de la circulation caj)illaire et à la stase veineuse. Les troubles dont je veux vous parler ici se rapportent plutôt à des altérations artérielles.

Leuret et Mitivié ont publié un traité sur l'état du pouls chez les aliénés. Ils l'ont étudii' siiilnut au point de vue du rliytlune et de la frécpirMice, mais ces phénomènes sont relégués au second plan (lar les données (pie nous fournit

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la sphygmographie. Quelques données principales se détachent des nombreux tracés publiés à cet égard. Wolff a formulé à la suite de ses recherches des conclusions qui peuvent se traduire ainsi. En premier lieu, à l'état pathologique normal pour ainsi dire, il existe un rapport entre la courbe des températures et les oscillations du pouls ; le tracé sphygmographique présente des ditférences de niveau en rapport avec l'élévation ou l'abaissement de la température. La caracléristique des aliénés, c'est la perte de ce parallélisme entre les battements des vaisseaux, d'uEie part, et les fonctions de caloiihcation, d'autre part. C'est là un fait qui témoigne d'un truuble profond dans la synergie des fonctions.

En second lieu, dans les cas graves, le dicrotisme accompagné de la lenteur du pouls a été observé bien des fois chez des sujets sains d'esprit, mais frappés d'une altération profonde du système nerveux central. On le rencontre également chez des aliénés présentant des formes graves et qui ne doivent pas guérir. Lorsque vous trouverez chez nos malades un pouls lent et dicrote, lindisidu aura toute chance de marcher vers la démence.

A côté des altérations du pouls se placent les variations de la température. La folie, disait Esquirol, est une affection sans fièvre ; ain^i nous devons nous attendre à ne pas rencontrer ces variations thermométriques qui accompagnent d'ordinaire les affections aiguës. Quand elle produit des modifications de température, c'est le plus souvent dans le sens de l'abaissement. Chez les mélancoliques, le thermomètre placé dans le rectum peut facilement descendre jusqu'à 3o degrés; mais ce qui paraît plus étrange, c'est qu'un phénomène analogue se produit quelquefois chez des agités.

TEMPÉRATUBE. 193

Chez les malades de celte espèce on constate longtemps avant la terminaison fatale des phénomènes de collapsusqui ne sont indiqués que par des abaissements de la température, qui peut descendre à 30, 28, 25 degrés. On cite même un cas dans lequel le thermomètre serait tombé au chiffre de 23 degrés centigrades, quelque temps avant la mort.

Ce qui paraît se dégager de l'étude de ces observations, c'est qu'un abaissement notable de température peut précéder d'un temps assez long la crise finale qui doit se terminer d'une façon défavorable.

Cependant, on voit quelquefois la température monter on la voit surtout se développer chez les individus frappés d'une constipation opiniâtre, chez ceux dont la sécrétion urinaire est ralentie. On voit, enfin, celte élévation se manifester chez les individus qui ont subi une excitation physique ou morale, et, dans ce cas, le thermomètre a pu s'élever jusqu'à 40 degrés.

Si l'état de la température centrale fournit des renseignements intéressants, le fait est encore plus frappant lorsqu'il s'agit de températures locales. Sous ce rapport des recherches plus complètes et plus précises ont été faites dans ces temps derniers. On sait actuellement qu'il existe dans beaucoup de formes d'aliénation mentale des différences très notables do température entre les parties supérieures et les parties inférieures du corps, entre l'une et l'autre moitié. On constate souvent, chez les maniaques, chez les agités, des différences qui peuvent aller à 1 degré et au delà. Ces modifications sont habituellement en rapport avec un trouble de température locale en sens inverse du côté de Tencéphale. C'est le système des impressions croisées. Une excitation faradique, portée sur un côté de l'encéphale, développe une augmentation de température

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du côté opposé du corps. Au contraire, une excitation légère et longtemps prolongée amène un abaissement de température du côté opposé.

Peut-être trouverons-nous dans les faits de ce genre l'explication de ces modifications de température qui se présentent chez les fous.

Après vous avoir parlé des phénomènes de nutrition, je voudrais vous dire quelques mots de la pathologie des aliénés. On a répété avec raison que ces malades sont placés en quelque sorte en dehors de la loi commune. On les voit résister d'une manière incroyable au froid et à la faim ; ils peuvent s'agiter indéfiniment, se priver de sommeil lorsqu'ils sont jeunes, sans que leur résistance organique diminue. On les voit subir facilement les opérations les plus graves; les blessures les plus profondes se cicatrisent chez eux avec facihté. Mais, comme l'a fait remarquer Esquirol, ces faits sont rares, ils sont exceptionnels; quelques individu:^ ont pu frapper, par une résistance extraordinaire, l'imagination des observateurs, mais la plupart sont des hommes comme les autres; le froid conserve sur eux toute son influence, ilsse fatiguent par le mouvement et ilssubissent physiquement toutes les conséquences des mauvais traitements.

Puisque la pathologie ne perd pas chez eux son empire, quelle est la mortalité des aliénés? Quelles sont les causes diverses auxquelles ils peuvent succomber? Leur mortalité, prise dans l'ensemble, est assurément plus grande que chez les individus ordinaires, et les compagnies d'assurances sur la vie le savent bien ; c'est là, pour elles, une cause d'exclusion absolue. Il est incontestable que les fous vivent moins longtemps que les hommes sains d'esprit, et cela en dehors de toute tentative de suicide.

MORTALITÉ. 1 9o

Mais il faut h c(3rtains égards établir des catégories. Si l'on en croyait certains auteurs, la différence serait formidable, et si vous consultez d'autres statistiques, les résultats sont complètement opposés. C'est que l'on a voulu réunir des choses qui ne se ressemblent en rien. Il faut d'abord éliminer les paralytiques généraux ; en effet, ce sont des sujets atteints d'une maladie organique de l'encéphale qui aboutit presque fitalement à la mort dans un temps déterminé. Il faut également éliminer les déments atteints d'une altération de l'encéphale, le ramollissement par exemple. On comprend que dans de telles conditions les murs lézardés peuvent céder au moindre choc, et entraîner l'effondrement de l'édifice.

Après avoir écarté tous les individus atteints d'une affection matérielle, il nous reste les véritables vésaniques, et ces derniers ont des chances de vivre presque égales à celles des autres hommes, lorsque le suicide n'intervient pas.

Il est enlin une distinction très importante à établir. La mortalité est plus grande dans la période active de la folie ; elle diminue dans la période d'état.

Mais si les aliénés meurent par l'effet de leurs maladies, quelles sont les causes occasionnelles de la mort? Ils peuvent succomber à tonte espèce de maladie intercurrente. Il semble naturel de supposer qu'ils doivent mourir surtout par le cerveau; cependant ce n'est point par là qu'ils périssent le plus souvent; on voit beaucoup de ces sujets succomber à des trouble strophiqiies, lorsque des phénomènes de gangrène partielle viennent les atteindre ; mais i! est un appareil qui a surtout le privilège de causer plus spécialement la mort chez les aliénés, c'est l'appareil de la respiration.

L'une des causes les plus fréquentes de la mort, c'est la

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pneumonie à forme congestive. A côté de la pneumonie il faut citer la gangrène pulmonaire, dont M. Foville a signale la grande fréquence chez les aliénés.

Enfin, la phthisie pulmonaire vient souvent terminer la scène, comme elle le fait si volontiers dans toutes les maladies des centres nerveux.

Messieurs, dans cette description générale, j'ai forcément laissé de nombreuses lacunes; je tenterai de les combler lorsque plus tard nous étudierons en détail les principales formes des maladies mentales.

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