PHÉNOMÈNES PHYSIQUES DE LA STUPEUR
Un phénomène du môme genre se passe chez d'autres individus auxquels on adresse la parole en cherchant à exciter leurs sentiments; leurs yeux laissent écouler d'abondantes larmes, mais la manifestation extérieure de leurs passions internes ne se produit pas au dehors par la parole. Chez d'autres sujets, il en est de même lorsque le médecin emploie la sonde œsophagienne pour les empêcher de mourir de faim. Une voix impérieuse leur commande de ne pas manger; si, malgré eux, on les force à désobéira cette voix intérieure, leurs larmes seules viennent protester contre celte violence faite à leurs sentiments.
Ces malades s'abandonnent aux besoins naturels sans aucune espèce de précaution; il faut chez beaucoup d'entre eux la plus grande surveillance pour éviter les inconvénients d'ordre physique qui résulteraient de cette malpropreté excessive.
Reste enfm l'alimentation. Nous nous trouvons ici encore en présence de deux ordres de fous : les uns acceptent les aliments qu'on leur offre sans qu'ils les aient recherches, soit qu'ils n'aient pas le sentiment de la faim, soit que, ayant faim, ils dédaignent de faire les efforts nécessaires pour la satisfaction de leur appétit; les autres luttent avec énergie et ce n'est que par la force que l'on arrive à triompher de leur résistance. Dans la plupart des cas, cette sitophobie est due h des hallucinations. Une malade, citée par M. Etoc-Demazy, se figurait qu'on voulait lui Mvq manger de la chair d'enfant ; elle disait retrouver dans ses aliments la chair d'enfants qu'elle avait connus. Chez une jeune femme en état de stupeur, la répulsion qu'elle éprouvait pour les aliments tenait à ce qu'elle croyait voir des serpents dans tout ce qu'on lui offrait. Chez d'autres, il y a une situation de l'esprit qui [les force à refuser toute
nourriture. Ils se croient indignes de vivre, ils sont damnés, ils veulent mourir.
A côt6 de ces troubles divers, j'en signalerai un qui se rattache d'une manière intime aux fonctions cérébrales : je veux parler de la dilatation des pupilles. La plupart des stupides ont les pupilles dilatées, cependant quelques-uns ont les pupilles inégales. L'atrésie pupillaire est considérée comme un signe de mauvais augure.
Si la motilité est compromise, la sensibilité, chez les stupides, ne l'est pas à un moindre degré. Dans presque tous les cas, elle présente des troubles d'une intensité variable; il est certain que chez beaucoup d'entre eux la sensibilité est réellement abolie ou dans une sorte de sommeil. Toutes les excitations que l'on peut porter sur les divers sens ne déterminent aucune réaction apparente. Beaucoup de ces malades restent exposés au froid dans un état de nudité complète; d'autres sont tellement indifférents, qu'on les voit se brûler contre un poële comme des épileptiques. Il est évident que l'observateur peut se poser une question: s'agit-il d'un trouble psychique ou bien sommes-nous en présence d'une véritable obtusion de la sensibilité? A cet égard il est un moyen certain d'obtenir une réponse. Il est une manifestation physique sur laquelle les malades ne conservent aucun empire, ce sont les actes réflexes; or, l'un des réflexes les mieux connus, et les plus faciles à déterminer, c'est la contraction des pupilles en présence de la lumière. Or, il est des stupides chez lesquels les pupilles dilatées demeurent immobiles devant la plus vive lumière, preuve évidente qu'ils ne voient pas ou, tout au moins, que leur sensibilité visuelle est émoussée. Il en est d'autres chez lesquels on peut exciter la luette, le voile du palais, le pharynx, sans provoquer
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aucun phénomène réflexe; ces organes sont paralysés comme h la suite d'une angine diphthéritique.
Enfin il est un point qui a été surtout mis en lumière par Claude Bernard : je veux parler de l'influence manifeste qu'exercent les sensations douloureuses sur la circulation artérielle. Cette modification se traduit par le sphygmographe et par le cardiographe chez tous les animaux mis en expérience. Or. chez certains stupides l'état du pouls n'éprouve plus aucune modification lorsqu'on provoque les sensations qui devraient être les plus intenses.
11 me paraît donc nettement établi que chez beaucoup de stupides la sensibilité est au moins très notablement affaiblie ; mais il est également vrai que chez quelques individus elle est conservée. Cerlains malades, quand on les excite, expriment par les contractions de leur physionomie une douleur vive et cependant ils ne changent pas d'attitude. Il est donc évident que la sensibilité subsiste, mais que le pouvoir de se déplacer leur manque complètement.
La motilité, la sensibilité sont troublées chez les stupides ; comment pourraient-ils échapper à ces modifications profondes qui dans toutes les affections nerveuses se manifestent du côté des fonctions organiques? Aussi voit-on chez les stupides un état particulier, qui constitue pour ainsi dire un terrain commun sur lequel tous ces malades se donnent rendez-vous.
La peau présente chez les stupides à un degré plus élevé que chez beaucoup d'autres malades ce hâle, cette teinte bistre qui paraît se rattacher à une pigmentation due à une hématose incomplète ; ils sont, en outre, très sujets à des affections cutanées diverses, et plus spécialement aux accidents gangreneux. Un caractère important qui leur appartient, au moins dans une certaine mesure, c'est l'abaisse-
ment des fonctions de calorification.il ne s'agit pas de cette cyanose incomplète, de ce refroidissement que nous avons déjà rencontrés chez les mélancoliques ; il s'agit d'un véritable abaissement de la température centrale, abaissement qui peut aller jusqu'à 2 degrés au-dessous de la normale ; en effet, un thermomètre placé dans le rectum marque quelquefois 35%S au lieu de 37%5. Cette défervescence est bien plus marquée lorsqu'il existe un abaissement de la température extérieure ; les malades en état de stupeur semblent présenter souvent des variations de température en rapport avec celles du milieu ambiant. Ils perdent en quelque sorte et jusqu'à un certain point la qualité d'animaux à sang chaud pour se rapprocher des animaux à sang froid. Bien entendu, ces variations ne peuvent pas dépasser la limite de quelques degrés.
Le pouls présente des caractères variables ; il est tantôt accéléré, tantôt retardé, mais il est toujours fort et habituellement régulier.
Parmi les fonctions qui subissent des interruptions momentanées, la digestion elle-même paraît suspendue dans beaucoup de cas. On a vu des individus alimentés par la sonde œsophagienne rendre leurs aliments deux jours après sans la moindre modification. Nous savons que dans les laboratoires de physiologie on voit s'arrêter la digestion à la suite de certaines lésions du système nerveux.
Il est probable que chez les aliénés en état de stupeur, il se produit aussi une sorte de paralysie au moins fonctionnelle du pneumogastrique.
Il y a presque toujours chez ces malades une constipation des plus opiniâtres. D'ailleurs d'une manière générale, les sécrétions sont amoindries ; la peau est sèche, rugueuse, il n'y a pas de trace de sueur. Gepen-