FORMES DE LA FOLIE CIRCCLAIRE
période de calme et de lucidité ne soit qu'une période voilée de la maladie.
Ainsi l'on peut admettre trois formes fondamentales, au point de vue de l'intervalle lucide qui peut suivre ou précéder les accès, et le langage médical doit se conformer h cette division.
On a donné plusieurs noms à la maladie qui nous occupe. Je vous propose, pour ma part, de les conserver tous, mais en leur donnant une acception un peu différente, et d'appliquer un nom particulier à chacune des espèces de l'affection. Avec Marcé, nous dirons folie circulaire, quand il s'agira d'un cas comme celui de notre malade, c'està-dire d'une affection présentant des alternatives d'excitation et de dépression se suivant sans aucun intervalle. C'est là un véritable cercle morbide.
Avec Marcé encore, je dirai folie à double forme, quand chaque période sera séparée par un intervalle notable, quand on pourra comparer les crises morbides aux battements du cœur, quand après les deux bruits il y aura un grand silence.
Enfin, avec M. J. Falret, nous choisirons l'expression de folie alternante, pour désigner une affection dans laquelle la durée de chaque période est très courte. Chez la plupart des malades, la crise couvre un vaste espace, elle peut durer jusqu'à trois ans et demi. Mais il est des sujets que l'on a pcut-ôtre à tort rapprochés de ceux qui nous occupent et dont les troubles cérébraux se produisent dans un temps très court. Le cas le plus net est celui des individus qui présentent un jour bon et un jour mauvais. La gaieté et la tristesse, l'excitation et la dépression alternent chez eux d'un jour à Tautre. Telle était une malade que j'ai observée à l'hôpital Saint-Antoine, oîi elle était entrée
pour une maladie mentale consécutive à une fièvre typhoïde. Pendant un jour elle était dans une mélancolie profonde ; le lendemain elle était gaie, causait familièrement et présentait des phénomènes d'excitation délirante. Un malade de M. Brierre de Boismont offrait régulièrement trois jours bons et trois jours mauvais.
Aux malades de cette espèce il convient d'appliquer un nom différent. On peut donc appeler folie alternante celle dans laquelle les périodes sont tellement courtes, qu'il n'est plus question du grand cycle morbide dont je viens de vous tracer l'histoire.
Messieurs, je crois vous avoir donné des raisons suffisantes pour vous faire admettre que la folie à double forme mérite une place spéciale dans le cadre des maladies mentales. Elle diffère des autres par la périodicité, par la forme du délire, qui est ordinairement la folie raisonnante, par les lésions trophiques, par la conscience du malade qui possède dans une certaine mesure le pouvoir d'apprécier son étal.
Mais il est encore d'autres caractères d'une haute valeur; par exemple, les conditions étiologiques. Ici se place un fait d'une importance capitale; je veux parler de l'hérédité. Sans doute cette cause prépondérante joue un très grand rôle dans la médecine mentale, mais il est des cas oîi les causes incidentes, accessoires, prennent une part considérable à la production des accidents. Or, dans la folie à double forme on a presque toujours affaire à des héréditaires; ils héritent de la maladie, ou bien ils descendent de parents qui ont offert une autre forme de maladie mentale.
On attribue aussi une part d'influence au sexe. Selon Falret, la folie à double forme serait plus fréquente chez