SEIZIÈME ET DIX-SEPTIÈME SIÈCLE
Ce qui est fait pour nous étonner le plus, c'est que la recrudescence la plus aiguë de cette persécution des aliénés coïncide avec le réveil de l'esprit moderne, avec le mouvement si gracieux et si littéraire qui porte le nom de Renaissance ; avec cette révolution profonde, avec cette réformation religieuse à laquelle Luther et Calvin ont présidé.
Les médecins les plus éminents du seizième et du dixseptième siècle, lorsqu'ils écrivent sur les maladies mentales, sont obligés de faire la part du diable et d'admettre que les démons interviennent souvent dans la production des troubles nerveux. J'aime à les croire sincères ; mais peut-être eût-il été dangereux de parler autrement, témoin ce fameux docteur Edelinequi, après avoir prêché publiquement contre l'existence des sorciers, fut poursuivi et condamné comme sorcier lui-même, après avoir fait l'aveu de son crime.
11 fallait donc, pour parler en sûreté, imiter la prudence de certains auteurs modernes qui, au moment d'émettre les propositions les plus subversives, protestent de leur dévouement à la foi. Mais, ce sacrifice une fois accompli, les grands médecins du seizième et du dix-septième siècle s'efforcent de ramener les esprits aux saines idées de la médecine ancienne; les uns, comme Prosper Alpin, s'attachent à la clinique et à la description des symptômes morbides ; les autres, comme Sennert, à la psychologie ; ils sont les précurseurs de l'école allemande : d'autres enfin, comme Plater, Sylvius, Lepois et le grand anatomiste Thomas Willis (1), s'efforcent de rattacher aux connaissances de
(1) M. Calmeil paraît confondre le grand anatomiste Thomas Willis avec l'aliéniste Francis Willis, qui vécut un siècle plus tard, et qui, chargé du traitement de Georges 111, roi d'Angleterre, le fit bàtonner par ses gardiens (Calmeil, De la Folie, etc. Paris, 1845, t. I,p. 405).