‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 108 sur 275 · PÉRI'ÛUE DE DÉPRESSION · texte numérisé non relu

PÉRI'ÛUE DE DÉPRESSION

mois au lit. C'est ce que les Allemands appellent Bettsucht.

Un autre symptôme d'ordre physique, c'est l'angoisse précordiale. Beaucoup de ces malades ont une dyspnée intense qui se rapproche de l'angine de poitrine.

Enfin on a noté chez eux de l'amaigrissement, des rides précoces, de la sitophobie. M. Baillarger a vu un malade perdre IS livres en dix jours. Nous reviendrons tout à l'heure sur ce point.

Cette folie peut offrir une autre forme, elle peut comporter un véritable délire, et dans ce cas nous sortons de la folie raisonnante pour tomber dans la manie ordinaire. Ce sont là des cas exceptionnels, mais il faut les placer à côté du type qui forme la règle.

Abordons maintenant, messieurs, l'étude de la marche de la maladie.

La folie circulaire est caractérisée par deux stades. Les premiers auteurs qui s'en sont occupés ont considéré le stade d'excitation comme le début delà vésanie; telle est l'opinion de MM. Baillarger et Falret. D'après Ludwig Meyer, Guislain et plusieurs autres observateurs, c'est au contraire parla dépression que commencerait la folie circulaire. Pour eux l'ordre de succession des phénomènes serait renversé. M. J. Falret s'est également rangé à cette opinion et considère la mélancolie et la dépression comme le point de départ ordinaire de la foHe à double forme. C'est se rapprocher d'Arétée, d'après lequel la mélancolie était une forme de la manie et se terminait souvent par elle.

Il nous paraît certain que la folie circulaire peut commencer par l'un ou l'autre de ces deux états et même par

des accès irréguliers de manie ou de mélancolie ; cependant notre malade rentre dans le type classique décrit par MM. Baillarger et Falret.

Ce qui est plus important, au point de vue de la marche des accidents, c'est l'état trophique de ces malades ; sous ce rapport ils diffèrent des autres aliénés. Dans la période mélancolique, ils maigrissent et perdent de leur poids, des rides creusent leur visage ; mais dans la période de manie ils contreviennent à cette règle générale, que dans la manie comme dans la mélancolie les malades perdent de leur substance. Dans la mélancolie, il y a refus de nourriture ; dans la manie, il y a une exagération des fonctions du mouvement et des échanges organiques. Le mélancolique maigrit par insuffisance des recettes, le maniaque maigrit par l'excès des dépenses. Or, si dans la folie à double forme on remarque une diminution de poids pendant la période d'excitation , arrivés à la période maniaque, les malades engraissent.

A la suite des deux stades que nous avons signalés, se place un intervalle lucide. C'est là une période difficile à apprécier. Si chez certains individus il existe un véritable stade de calme, pendant lequel ils se mêlent à la vie ordinaire, il en est un certain nombre chez lesquels il est difficile de marquer la frontière entre l'état de raison et l'état de maladie. M. Baillarger a signalé des cas dans lesquels l'intervalle était de plusieurs années ; mais M. J. Falret fait, à ce sujet, une remarque judicieuse. Beaucoup de gens du monde, corrects en apparence, sont au fond des aliénés. Un homme exerçant de hautes fonctions publiques, un membre de l'Institut peuvent continuer à remplir tous leurs devoirs en présentant des alternatives d'excitation et de dépression. Il peut se faire que cette longue

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