‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 143 sur 275 · ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES. S · texte numérisé non relu

ÉTAT MENTAL DES HYSTÉRIQUES. S

plus grave qui constitue au profit de l'hystérie un trouble psychologique vraiment caractéristique. Nous voulons parler de ce goût inné pour la tromperie qui dépasse la portée ordinaire de la duplicité et du mensonge. Pour ce qui touche aux symptômes de leur maladie, aux excentricités qui peuvent la caractériser, les malades, on le sait, sont toujours portées à l'exagération. Rien de plus dangereux, au point de vue scientifique, que de prendre pour des faits réels toutes les mystifications dont sont capables ces personnes, et c'est un écueil que n'ont point toujours évité les observateurs les plus justement célèbres. Mon maître, M. Moreau (de Tours), m'a souvent raconté que, pendant les premiers temps de. son service à la Salpêtrière, il avait eu l'idée d'expérimenter les effets du haschisch ^ur les hystériques de son service, et qu'il avait obtenu les résultats les plus merveilleux. Mais tout à coup, saisi d'un scrupule bien légitime, il substitua des boulettes de mie de pain aux pilules qu'il avait précédemment administrées, et il eut la mortification de voir se reproduire les mêmes symptômes avec une intensité toujours croissante. C'est ainsi que les phénomènes les plus étranges observés chez ces malades peuvent n'être que le fruit d'une simulation plus ou moins habile.

Choisissons un fait entre mille. Une jeune hystérique, qui n'urinait presque pas, vomissait de temps en temps des flots d'un liquide qui présentait tous les caractères physiques et chimiques delà sécrétion urinaire. On était arrivé à croire à un véritable transfert de la sécrétion rénale sur les parois de l'estomac, lorsqu'une surveillance plus attentive fit découvrir la ruse de la malade ; elle avalait ses urines presque immédiatement après les avoir rendues. Que penser après de telles désillusions des faits merveilleux dont

nous entretiennent certains médecins voués par profession au culte de l'hystéiie ?

La même duplicité qui s'observe chez ces malades se rencontre dans les rapports ordinaires de la vie, en dehors de toute question relative aux symptômes de leur mal. Ce sont des accusations mensongères contre leur entourage ; ce sont des récits absolument imaginaires, mais assez bien construits pour paraître plausibles au premier abord. Enfin, comme l'a si bien fait observer, dans une occasion récente, M. le professeur Lasègue, il est des hystériques chez qui le besoin de tromper s'exalte jusqu'au délire. Elles mentent absolument pour le plaisir de mentir.

Un autre penchant qu'on reproche assez volontiers aux hystériques, c'est l'érotisme, soit au point de vue sensuel, soit au point de vue moral. Les anciens ont beaucoup exagéré l'intensité de cette tendance, qui, pour le vulgaire, est devenue synonyme du mot hystérie ; les modernes, et surtout M. Moreau (de Tours), ont montré combien cette imputation formulée d'une manière aussi absolue était mal fondée.

Il est incontestable que chez beaucoup d'hystériques il existe une aversion absolue pour les rapports sexuels ; chez d'autres il existe une sorte d'érotomanie platonique s'appuyant plutôt sur l'imagination que sur les sens, et qui les prédispose à devenir amoureuses des hommes qui les entourent. Enfin, chez quelques-unes d'entre elles, on rencontre une véritable excitation sexuelle ; mais c'est là bien plutôt l'exception que la règle. Ce qu'il faut surtout retenir ici c'est, comme nous l'avons déjà fait remarquer, l'extrême faiblesse de la volonté qui les livre sans défense à toutes les irrégularités du caprice. A l'état normal, quand la passion parle, la pudeur, l'éducation, les principes four-

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