‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 151 sur 275 · HÉRÉDITÉ MORBIDE : PHTHISIE ET FOLIE. 5S · texte numérisé non relu

HÉRÉDITÉ MORBIDE : PHTHISIE ET FOLIE. 5S

nés, tandis que les autres mouraient poitrinaires. Je retrouve dans mes souvenirs personnels de nombreux faits de ce genre.

Nous avons en ce moment à la Clinique une femme atteinte de paralysie générale, qui fait partie d'une famille de treize enfants. Sur ce nombre, quatre sont morts phthisiques, cinq ont succombé à la méningite ou sont morts de convulsions en bas âge, deux ont été emportés par la variole; il n'en reste que deux vivants, la malade, et sa sœur, qui jouit d'une bonne santé, mais qui a perdu quatre enfants de méningite.

Ainsi donc, sur treize enfants, nous en voyons quatre verser dans la phthisie, six dans la folie ou les affections cérébrales, et le seul membre bien portant de la famille a des enfants frappés eux-mêmes du vice héréditaire.

Entin, si les phthisiques ont parfois des enfants aliénés, il n'est pas rare de voir des enfants de fous mourir poitrinaires, tout en conservant jusqu'au dernier soupir une raison absolument irréprochable.

Je crois, messieurs, vous avoir administré des preuves suffisantes pour établir la corrélation entre la tuberculose et la folie. Il faut maintenant aborder un ordre d'idées différent, et nous demander quels sont les caractères du délire dans la fohe tuberculeuse, s'il est vrai qu'elle se distingue au point de vue psychologique des autres vésanies.

Pour Glouston, la question doit être résolue par l'affirmative; il va jusqu'à prétendre que la seule étude des troubles psychiques permet d'établir le diagnostic de la folie tuberculeuse. Nous allons en reproduire, d'après cet observateur, les traits les plus caractéristiques.

Le début de la maladie s'annonce comme une manie ou

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une mélancolie. On observe de l'excitation ou de la dépression ; mais bientôt la période aiguë s'éteint, et le malade tombe dans l'état chronique. Il présente une disposition d'esprit toute spéciale. Il est en proie à une irritabilité morbide, à une mauvaise humeur continuelle. Il est atteint de la manie du soupçon [mania of suspicion). Il présente, pour ainsi dire, un faux délire de persécutions.

Il existe en même temps une sorte de paresse intellectuelle, une aversion profonde pour le travail, une horreur du mouvement.

Cet état de dépression est souvent traversé par des accès d'emportement. Sans aucun motif, le malade se met en colère ; mais son irritation ne dure pas longtemps.

Peu à peu, le sujet verse dans la demi-démence, coupée quelquefois par des intermittences périodiques ; des éclairs d'intelligence viennent parfois traverser l'obscurité, et c'est surtout chez les aliénés phthisiques que l'on constate le retour complet de la raison aux approches de la mort qui a été constaté par tant d'observateurs.

Cette description est sans doute exacte dans un grand nombre de cas, mais on aurait tort de la considérer comme l'expression absolue de la vérité. J'ai pu moi-même vous indiquer quelques faits dans lesquels l'expression du délire était loin de répondre au type esquissé par l'auteur anglais.

Détail curieux : la phthisie peut exister, quoique rarement, chez les paralytiques généraux ; on observe alors un délire mélancolique avec dépression , au lieu de ce délire expansif avec idées ambitieuses, qui est de règle chez ces malades.

L'état physique est caractérisé par l'atonie des fonctions

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nutritives. L'appétit est nul; le pouls est faible et lent, et les malades une fois tombés en démence n'engraissent point comme les autres aliénés.

La durée de la maladie ne dépasse guère trois ans, et son pronostic est de la plus triste gravité, d'abord au point de vue mental, ensuite et surtout au point de vue physique. La terminaison est presque nécessairement fatale, et quand le malade guérit de sa folie, il meurt de phthisie pulmonaire.

Cependant Schrôder van der Kolk prétend avoir observé des cas de guérison complète, mais cet excellent homme était un optimiste incorrigible, et le scepticisme n'était pas au nombre de ses vertus.

Il nous reste à parler des lésions anatomiques de la folie tuberculeuse, s'il en existe. D'après Schiile, on trouve chez plusieurs sujets une hyperémie veineuse des méninges, avec anémie de la substance corticale sous-jacente. Le cerveau est pâle et œdématié, et présente, par places, unevascularisation irrégulière. Au microscope, on constate l'infiltration graisseuse et la rupture de quelques cellules corticales.

Un fait plus important, s'il est exact, est signalé par Clouston. Le poids spécifique de la substance grise serait extrêmement amoindri.

En somme il s'agit d'un cerveau pauvre, anémique, mal nourri, et ces conditions suffisent chez des sujets prédisposés pour déterminer l'explosion de la folie.

Quant aux oscillations si remarquables entre les progrès de la phthisie et la marche de l'aliénation mentale, elles s'expliquent par la grande loi pathologique de la révulsion. Une action morbide développée sur un point entrave la marche du processus morbide partout ailleurs. C'est ainsi,

comme le disait notre illustre maître, le professeur Bouillaud, que l'apparition de l'endocardite dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu produit, sur les articulations malades, un effet analogue à l'application d'un vésicatoire.

Il me paraît donc absolument inutile d'invoquer, comme le voudraient certains auteurs allemands, une irritation portée tantôt sur les origines du pneumo-gastrique (phthisie), et tantôt sur celles du grand sympathique (folie). Est-il bien nécessaire de faire intervenir ici ces deux grands personnages pour jouer leur comédie accoutumée?

Quant au traitement, il est facile d'en poser les règles : sans s'occuper de l'état psychologique, il faut surtout songer à combattre la diathèse et ses manifestations locales.

Les analeptiques, le phosphate de chaux, une alimentation généreuse et facilement assimilable, les révulsifs et les hémostatiques, tels sont les principaux moyens que la thérapeutique met à notre disposition. C'est au médecin qu'il appartient, dans chaque cas particulier, d'en régler sagement l'emploi, sans se faire illusion d'ailleurs sur le sort qui attend le malade.

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