‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 155 sur 275 · DES FOLIES GÉNITALES. S · texte numérisé non relu

DES FOLIES GÉNITALES. S

fluènce d'une diathèse ; il en est d'autres enfin qui sont visiblement la conséquence d'une action réflexe ou d'un rapport mystérieux entre les organes lésés et le centre intellectuel. Obligés de nous circonscrire dans d'étroites limites, nous avons choisi, comme type des folies sympathiques, celle qui se rapporte aux maladies des organes génitaux. Nulle part, en effet, on ne voit se manifester plus fortement l'action de la sympathie ; nulle part, on n'observe des corrélations aussi palpables et des résultats aussi concluants. Il n'existe nulle part, dans l'économie, une sympathie plus intime que celle qui relie aux centres nerveux les organes de la reproduction, et tel est leur empire sur les manifestations de la vie intellectuelle qu'on pourrait, sous ce rapport, partager l'existence humaine en trois grandes époques : avant, pendant et après la période des fonctions génitales.

Dès le moment oiî les premiers indices des attributs sexuels se laissent deviner, un changement profond s'opère dans l'individu tout entier. La physionomie se transforme, la voix prend un timbre différent, les forces se développent et l'intelligence elle-même est entraîaée dans le mouvement. L'enfant n'est plus, l'adolescent commence, et les idées, les penchants et les goûts subissent une métamorphose complète sous l'influence d'une véritable invasion de sentiments et d'instincts nouveaux. L'individu s'affirme et la notion du moi paraît dans toute son ampleur. Mais cette transformation radicale, loin de s'opérer toujours en silence et dans le calme d'une évolution régulière, donne souvent lieu à des orages violents. 11 est, en effet, deux types parmi les enfants qui arrivent à la puberté : les uns sont paisibles, et chez eux le changement s'opère sans secousse ; les autres sont agités ; ils ont des crises de tristesse

qui se manifestent par des pleurs, par de la mélancolie, par le tœdium vitœ^ enfin par des impulsions au suicide. C'est parmi les individus de cette seconde espèce que se manifeste cette forme particulière de délire que les Allemands ont appelée hébéphrénie. Elle frappe surtout les prédisposés et plus spécialement les héréditaires, ou pour exprimer la même idée, sous une forme différente : les prédispositions latentes choisissent volontiers ce moment pour se manifester. Sa forme habituelle est la dépression, la lypémanie, accompagnée d'excentricités singulières; mais aussi l'on peut observer une forme différente, caractérisée par de l'excitation, par des idées vaniteuses, par le désir de plaire et surtout d'attirer l'attention, enfin par une loquacité intarissable.

Chez les jeunes fîhes, ce désordre moral se traduit par une coquetterie exagérée, par des rires et des pleurs sans motif, enfin par de l'hystérie.

Ces troubles intellectuels sont souvent transitoires, mais ils peuvent aboutir aune folie confirmée et conduire à la démence. Aussi, ild est iffîcile de séparer l'action de la puberté de deux autres grandes causes, l'une pathologique, l'autre physiologique, qui jouent en psychiatrie un rôle immense : ce sont la masturbation et la menstruation.

L'influence de l'onanisme et des pertes séminales involontaires a été très exagérée autrefois par Tissot, par Lallemand et par Liste. La masturbation est une pratique qui remonte aux temps préhistoriques et qui a régné sous la tente des patriarches comme au sein des sociétés modernes. Elle est d'une fréquence extrême chez les deux sexes, mais elle paraît exercer une influence moins fâcheuse chez la femme, qui supporte aussi plus facilement que l'homme les excès vénériens.

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