ANATOMIE PATHOLOGIQUE
les accidents convulsifs (Lemaire), soit au cours des autres manifestations, comme dans le cas de Berger (1).
Messieurs, les accidents que nous venons d'étudier sontils en rapport avec l'albuminurie saturnine, signalée pour la première fois par M. le docteur OUivier, et avec les néphrites, qui ont été observées chez les saturnins? Cette question est encore en litige, et nous ne saurions avoir la prétention de la résoudre, pour ainsi dire, en courant. Il doit nous suffire de vous avoir signalé la possibilité du fait.
J'arrive maintenant au point le plus intéressant, à la partie vraiment scientifique de la question ; je veux parler de l'anatomie pathologique.
Les lésions anatomiques de l'encéphalopalhie saturnine sont encore très imparfaitement connues, et nous ne sommes pas beaucoup plus avancés sous ce rapport que ne l'étaient Grisolle et Tanquerel des Planches. En laissant de côté les cas où l'intoxication, probablement superficielle, n'a point laissé de traces dans l'encéphale, on peut dire que la lésion la plus commune est une sorte d'hypertrophie apparente. Les circonvolutions sont tassées les unes contre les autres ; elles sont dures et résistantes, et les sillons sont presque effacés, de sorte que la surface des hémisphères est presque unie. Le cerveau présente une teinte ictéroïde, la pulpe cérébrale est exsangue; enfin, sauf les cas de ramollissement circonscrit, la consistance du cerveau ressemble à celle de la pâte de guimauve (Martin-Solon). La capacité des cavités ventriculaires est diminuée ; elles ne renferment point de sérosité.
Une coupe pratiquée à travers la substance cérébrale
(1) Berlin. Min. Wockensclirijt, 1874, p. ISS,
montre la pâleur de la substance grise, qu'il est difficile de distinguer de la substance blanche. Cette pâleur de la substance grise paraît tenir à l'anémie, qui est incontestablement la lésion la plus habituelle et la plus constante de l'encéphalopathie saturnine.
L'histologie jusqu'à présent ne nous a rien appris sur les lésions de l'encéphale dans l'empoisonnement saturnin. c( Quand on veut chercher à savoir, dit M. le professeur Renaut dans sa thèse d'agrégation, si le cerveau des saturnins présente des modifications histologiques en rapport avec l'intoxication plombique, on n'en peut trouver aucune, môme en employant les meilleures méthodes (1). »
La chimie nous apprend qu'il existe, chez les sujets atteints d'encéphalopathie saturnine, du plomb dans le cerveau ; cependant, lorsqu'on a eu soin d'enlever les méninges, d'essuyer la surface du cerveau et d'injecter de l'eau dans les artères, on ne trouve aucune trace de ce métal, comme dans le cas de M. Moutard-Martin (2).
Il nous reste à parler des lésions signalées par M. Devouges dans la paralysie générale saturnine. Ce sont surtout des adhérences qui unissent les hémisphères entre eux et avec les méninges; une sorte de matière glutineuse semble coller ensemble ces diverses parties. Dans d'autres cas, on a trouvé des adhérences de la base du cerveau à la dure-mère (3). On a constaté aussi des fausses membranes de la dure-mère et du ramollissement cérébral.
Ces lésions sont-elles suffisantes pour constituer un type
(1) Renaut, thèse d'agrégation, Paris 187o. De l'intoxication saturniiie chronique, p. o5.
(2) Renaut, thèse citée, p. 56.
(i) Sesselmann, De l'encéphalopathie chronique d'origine saturnine (thèse de Nancy, 1879, p, 54],