ALCOOLISME AIGU
bien disposés; ils manifestent des penchants erotiques, souvent assez accentués ; mais ce qui domine avant tout, c'est une sorte d'anesthésie morale. Gomme dans le rêve, l'alcoolique à ce moment ne s'étonne de rien ; il voit les actes les plus étranges sans en être surpris, il entend sans sourciller les propositions les plus saugrenues : on lui propose d'aller se jeter à la rivière, et s'il n'obéit pas lui-même à ce conseil, il trouve fort naturel que ses amis le suivent, puisque tel est leur bon plaisir. En un mot, il a perdu le sentiment de la réalité.
Mais, si les excès continuent, on voit survenir la période ébrieuse, caractérisée d'abord par des troubles sensoriels, puis par des troubles de la motilité, puis enfin par des phénomènes intellectuels d'une nature spéciale et caractéristique.
On observe d'abord de la diplopie, puis ensuite des illusions et des hallucinations de la vue, quelquefois de la paracousie, parfois même des troubles des autres sens. J'ai connu un infirmier alcoolique qui, dans ses accès d'ivresse, éprouvait une hallucination tactile fort singulière : toutes les fois qu'il était ivre, il croyait recevoir des coups de poing dans le dos; pour s'en garantir, il s'appuyait contre un mur; mais à sa grande surprise, malgré ce rempart, les coups redoublaient d'une m^anière absolument inexplicable pour lui.
En même temps, il se produit des troubles de la motilité, dont les plus fréquents sont l'embarras de la parole et la titubation.
Enfin, un délire particulier s'empare de l'ivrogne : ce sont des impulsions auxquelles sa volonté engourdie ne saurait résister et qui le poussent souvent aux actes les plus graves. En efl'et, la seconde période de l'alcoolisme est, comme on l'a dit, la période du crime.
En dehors de ces violences, l' alcoolique est insupportablement bavard ; son activité, quand elle ne s'évapore pas en violences, se dépense en paroles. Ses discours sont absolument incohérents, et la rapidité avec laquelle se succèdent les idées le rend d'une mobilité incessante; il saute sans transition d'une idée à une autre et ne peut pas terminer un raisonnement ; mais à côté de ce défaut de suite dans les idées se place le phénomène inverse ; je veux parler de cet entêtement, de cette obstination qui écarte tous les obstacles pour revenir constamment au même but. Voilà pourquoi l'ivrogne est si dangereux quand il s'est absolument mis en tête de commettre un crime. Voilà pourquoi, dans un ordre d'idées moins tragique, il reviendra dix fois frapper aux volets fermés du cabaret dont on l'a chassé, jusqu'au moment où, surpris brusquement par la troisième période de l'ivresse, il glisse dans ses propres déjections et s'endort lourdement sur le pavé.
La période comateuse vient en effet clore la scène; le malade dort profondément, pendant qu'une sueur profuse vient inonder toute la surface du corps. A ce moment, il est plus ou moins profondément anesthésique; on a vu des ivrognes, comme les épileptiques, tomber dans le feu et se faire de profondes brûlures sans les sentir; on a vu des gens grièvement blessés, en état d'ivresse, subir des opérations graves et des amputations dans un état d'anesthésie aussi complet que celui' du chloroforme.
Au réveil, le sujet éprove un malaise plus ou moins profond, mais qui se dissipe assez volontiers. Quelquefois cependant les conséquences d'une orgie sont plus graves : on a vu survenir, en pareil cas, des pneumonies souvent mortelles, de l'ictère, et même un ictère malin.
11 est de nombreuses variétés à signaler, et les phéno-