LA FOLIE RAPPROCHÉE T)U DÉLIRE
suivant l'expression de Falret, à devenir les secrétaires de nos malades et à écrire sous leur dictée.
Mais il est d'autres points sur lesquels la contradiction est encore plus radicale. L'axiome fondamental, l'idée maîtresse du système, c'est que la folie vraie est absolument indépendante et distincte du délire des maladies aiguës. Or nous voyons l'un des doyens et des chefs delà médecine mentale, mon excellent maître et ami M. Moreaa (de Tours), exprimer ouvertement l'idée qu'il n'existe aucune distinction radicale entre le délire et la folie, qu'il va même jusqu'à comparer à des faits parfaitement physiologiques, le rêve et le sommeil; et cependant M. Moreau (de Tours) ne me contredira pas sans doute si je le range parmi les orthodoxes; sur ce point cependant, et c'est un point d'une importance capitale, il faut le classer parmi les opposants.
Enfin, nous l'avons vu, dans les doctrines de l'école, c'est l'isolement qui se présente comme la panacée universelle, ou du moins comme le premier et le plus important de tous les moyens de traitement. Une réaction contre l'excès de ce principe, dont il serait difficile de contester au fond l'exactitude et la sagesse, une réaction d'autant plus vive qu'elle a été longtemps comprimée, se manifeste avec une, intensité toujours croissante depuis plusieurs années.
On a fait l'éloge de l'établissement neuf fois séculaire de Gheel ; on a préconisé les colonies d'aliénés, la vie familiale, on a même été jusqu'à vouloir dépeupler les asiles et les maisons de santé. Nulle part ce mouvement n'a été plus accentué qu'en Angleterre, et Blandford, l'un des aUénistesles plus accrédités d'outre-Manche, exprime l'opinion que bien des malades seraient plus heureux et plus sagement gouvernés dans leur famille que dans un établissement spécial.
Ainsi, vous le voyez, il n'est pas un seul point de la doctrine classique qui n'ait été discuté, retouché, je dirais presque ébranlé à force d'être remanié. Reste enfin la classification, qui subsiste encore, et c'est pourtant la partie la moins solide et la plus critiquable de l'œuvre.
Certes, on ne saurait reprocher aux fondateurs de l'école française d'avoir accepté et conservé les noms de manie, de ^ mélancolie, de démence, qui remontent au berceau même de la médecine. Pinel y ajoute l'idiotie, Esquirol la monomanie. Chacune de ces divisions peut devenir l'objet d'une discussion. Mais il est une considération plus générale qui domine tout l'ensemble du sujet.
Une seule et même maladie, une seule et même lésion, tout en conservant sa physionomie clinique et son individualité propre, peut donner lieu à toutes les formes du délire.
Prenons pour exemple la paralysie générale ; elle se manifeste par la folie ambitieuse, par la mélancolie, par la fureur, par l'hypochondrie, par la démence, par un affaiblissement de l'intelligence : et pourtant c'est toujours la paralysie générale, et jamais un observateur exercé n'éprouvera la moindre hésitation h cet égard.
Voilà donc des malades qui, par le fait même de la lésion encéphalique dont ils sont atteints, se trouvent hors cadre. J'en dirai autant des alcooliques, des épileptiques et des hystériques. N'est-il donc pas évident que ces divers phénomènes d'excitation et de dépression ne sont que des symptômes tantôt permanents, tantôt transitoires et pouvant alterner entre eux, comme dans la folie circulaire?
Si, maintenant, pénétrant dans les détails, nous cherchons à discuter chacune des formes de déhre dans lesquelles on a voulu circonscrire l'aliénation mentale, l'in-