CAUSES DE LA DIPSOMANIE
sont quelquefois atteintes d'une \'éritable fureur utérine pendant leur accès de dipsomanie.
On voit d'autres sujets présenter dans ces circonstances un penchant irrésistible au yoI, au meurtre, à l'anthropophagie. Esquirol cite le cas d'une idiote qui, après des excès alcooliques, était atteinte de pyromanie. Mais ce- qu'on observe le plus souvent, en pareil cas, c'est l'impulsion au suicide.
Voyons maintenant quelles sont les causes qui déterminent cette forme singulière de délire impulsif. Il faut, en premier lieu, signaler l'hérédité comprise dans le sens le plus large. Il ne s'agit point seulement, en effet, de l'hérédité directe et similaire ; mais on peut rencontrer chez les ascendants d'un dipsomane toutes les variétés d'aliénation mentale et toutes les perturbations que peut nous offrir le vaste domaine des névropathies. La dipsomanie se présente alors sous la forme d'une névrose héréditaire, obéissant à la loi de transformation qui régit un si grand nombre de cas semblables, et qui modifie, chez les enfants, le type morbide dont leurs parents ont offert l'exemple.
Viennent ensuite l'alcoolisme et les abus habituels. Il s'agit ici de la dipsomanie acquise, forme acceptée par les auteurs anglais, et qui n'est point généralement admise par les observateurs français. Nous nous sommes expliqué déjà sur ce point. Nous croyons qu'il est, parmi les ivrognes de profession, des sujets qui conservent encore un certain degré de liberté et qui peuvent, par un effort de volonté, se soustraire à leurs habitudes, pourvu toutefois que les circonstances les favorisent. Il est évident qu'on ne doit point les confondre avec ceux qui subissent dans toute son étendue la tyrannie de l'habitude, et qui, sans être des dipsomanes spontanés, ont fini par perdre leur liberté morale et par
éprouver de temps en temps des besoins absolument irrésistibles qui rendent leur guéri son impossible.
Nous signalerons ensuite toutes les causes d'affaiblissement. L'état puerpéral, les hémorrhagies abondantes, les grands traumatisraes, l'insolation (Browne), enfin les excès de travail, les chagrins, les anxiétés poignantes peuvent éveiller cette disposition morbide chez les sujets auparavant raisonnables et bien portants.
Chez les femmes, il faut tenir compte de tous les antécédents de la vie génitale ; la menstruation est souvent l'occasion de pareils désordres ; la ménopause, à son tour^, peut marquer le début de la dipsomanie ; on la voit se produire chez les nouvelles accouchées, chez les femmes en état de grossesse^, enfin pendant la lactation. Le goût très prononcé de la plupart des nourrices pour les boissons alcooliques n'est peut-être pas toujours une simple question de gourmandise.
Enfin, chez les deux se^es, les débuts de l'aliénation mentale sont souvent marqués par une crise de dipsomanie. Esquirol a rapporté l'histoire d'une dame atteinte de folie intermittente, et dont les accès étaient toujours précédés d'une période pendant laquelle elle manifestait un penchant irrésistible à l'ivrognerie. On sait que les débuts de la paralysie générale sont très souvent marqués par une tendance analogue.
Est-il difficile d'établir le diagnostic de la dipsomanie ? Il semble, au premier abord, que rien n'est plus facile que de reconnaître un penchant morbide qui vient, pour ainsi dire, se dénoncer lui-même; et pourtant, nous rencontrons ici comme ailleurs des difficultés très réelles.
Sachons d'abord le reconnaître, il est des dipsomanes qui cachent si bien leur penchant qu'ils parviennent à endormir tous les soupçons.
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On observe alors, à un moment donné, des phénomènes étranges, bizarres, et lorsqu'enfin on est sur la piste de l'alcoolisme, c'est en surveillant de très près les sujets que l'on parvient quelquefois à surprendre leur secret.
Mais, dans les cas où la dipsomanie s'accuse ouvertement, il faut, avant tout, savoir la -distinguer des excès qui marquent souvent le début de la folie et surtout de la paralysie générale. C'est la marche ultérieure de la maladie qui pourra, surtout ici, nous éclairer. Quant au diagnostic immédiat, il sera fondé sur les antécédents du malade, sur l'intermittence nettement accentuée des crises alcooliques, enfin, sur les troubles physiques et psychiques qui se manifesteront de bonne heure chez un véritable aliéné. Le dipsomane, en effet, ne présente aucun délire en dehors de l'ivresse, qui résulte directement de ses excès, et une fois dégrisé, il est parfaitement raisonnable, et bien portant en général, sauf la dyspepsie qui est la conséquence immédiate de ses habitudes.
Enfin, il ne faut point confondre les dipsomanes avec les ivrognes de profession. Ceux-ci se livrent à la boisson toutes les fois qu'ils en trouvent l'occasion ; mais ils n'éprouvent point cet irrésistible besoin, fruit, le plus souvent, d'une prédisposition héréditaire qui tyrannise le sujet au point de lui faire perdre toute liberté morale, sans cependant agir sur les facultés du raisonnement et de l'intelligence.
Toutefois, nous admettons avec les Anglais que l'ivrognerie finit par créer ce besoin impulsif, et nous dirions volontiers que l'un des plus grands dangers qui menacent l'ivrogne, c'est de devenir dipsomane.
Le pronostic de la dipsomanie est absolument désespéré, surtout lorsqu'il s'agit du vice héréditaire et spontané, et non d'une habitude acquise. Jamais ces malades ne guéris-
sent, et cependant les moyens de traitement sont aussi variés que nombreux.
Il faut d'abord s'attaquer à la dyspepsie, conséquence habituelle des excès alcooliques, d'autant plus que, selon les Anglais, certaines formes de dyspepsie sont une prédisposition des plus puissantes à la dipsomanie. On prescrira le nitrate d'argent, les révulsifs, les toniques amers, enfin un régime approprié.
Les amers ont été préconisés aussi comme agissant directement contre la névrose. On prétend avoir obtenu de bons résultats de l'emploi delà strychnine et de la noix vomique. Quelquefois l'opium a déterminé une amélioration momentanée. Enfin, l'hydrothérapie, nettement indiquée dans toutes les affections nerveuses, semble destinée à rendre ici des services réels.
Mais, de tous les moyens mis en usage, il n'en est qu'un seul dont l'efficacité soit absolument certaine, c'est l'isolement, c'est la séquestration. Privé de sa liberté, sevré des stimulants alcooliques dont il ne sait se passer, le malade revient à une raison parfaite et tourmente le médecin pour obtenir sa sortie. C'est alors qu'il faut s'armer de fermeté ; car, s'il est une chance de salut pour de tels malades, elle se trouve exclusivement dans une séquestration longtemps, je dirais presque indéfiniment prolongée.