TERMINAISONS
certains autres se transforme en une agitation tracassière.
Les accidents convulsifs et apoplectiques marquent souvent le cours de la deuxième période. Vers la fin, le malade engraisse habituellement ; mais c'est surtout l'émission involontaire de l'urine et des matières qui marque le passage de la deuxième à la troisième et dernière période.
Troisième période, période de déclin. — Ce dernier stade est marqué par un affaissement général. La démence arrive à grands pas, la parole devient absolument inintelligible, la paralysie envahit les membres, enfin des eschares se développent sur divers points, annonçant une fin prochaine.
Terminaisons. — Nous avons réservé la question des guérisons possibles. Il nous reste à savoir comment meurent les paralytiques, dans les cas où la maladie poursuit sa marche progressive.
r Le malade peut succomber dans une crise violente d'excitation maniaque, ressemblant, par certains cotés, au délire aigu ; d'autres fois c'est après l'épuisement de l'excitation que survient un affaissement général prompteraent terminé par la mort.
2° Les attaques congestives, le coma et surtout les crises épileptiformes viennent souvent terminer la scène.
3° Les maladies intercurrentes, et surtout la pneumonie, ont facilement raison des paralytiques généraux.
4° Il est une cause toute mécanique de mort subite, qui, par son extrême fréquence, mérite une mention spéciale; c'est l'asphyxie par un bol alimentaire introduit dans les voies aériennes.
5° Les sujets qui échappent à ces causes diverses succombent, à la dernière période, dans le marasme et l'adynamie.
Durée. — Est-il possible de fixer à l'évolution de la paralysie générale des limites précises ? Nous ne le croyons pas. Mais il est certain que mieux on connaît la maladie, plus on lui attribue une longue durée. D'après Bayle, le terme serait de dix mois; d'après Galmeil, treize mois; d'après Parchappe, deux ans; enfin l'on admet couramment aujourd'hui que la maladie peut se prolonger pendant de longues années.
La vérité pratique^ la donnée qu'il faut retenir, en présence des familles, c'est que, lorsqu'il s'agit d'un homme fortement atteint, on peut prédire la mort dans l'espace de dix-huit mois à deux ans. Il ne faut point oublier que la durée est plus longue dans les cas héréditaires, dans le sexe féminin, et dans la forme dite sans aliénation.
On peut se demander pourquoi l'existence des malades semble se prolonger davantage aujourd'hui. D'abord le diagnostic se fait à une époque plus précoce de l'évolution morbide, ce qui en augmente la durée apparente, sinon réelle ; ensuite on remonte volontiers aux antécédents éloignés pour fixer la date du début; enfin, la maladie, mieux connue aujourd'hui, est incontestablement mieux traitée qu'elle ne l'était autrefois.
TRENTE-NEUYIÈME LEÇON
DES CAUSES DE LA PARALYSIE GÉNÉRALE
Sommaire. — Origine récente de la maladie. — Fréquence variable selon les pays et selon le degré de civilisation. — Influence des grandes villes Causes prédisposantes. — Ages. — Intelligences élevées. — Hérédité.
— Sexe. — Professions. — Alimentation. — Causes occasionnelles. — Fatigue intellectuelle. — Fatigue physique. — Excès vénériens. — Congestion cérébrale. — Traumatismes crâniens. — Affections médicales.
— Pseudo-paralysie générale saturulnp, syphilitique, pellagreuse, etc.
— Rapports de la paralysie générale et de l'alcoolisme. — Paralysie générale par propagation.
Messieurs,
C'est par le côté clinique et médical que nous avons surtout étudié, jusqu'ici, la paralysie générale. Nous arrivons aujourd'hui, pour ainsi dire, au vestibule de la partie vraiment scientifique du sujet ; ce sont, en effet, les origines profondes de la maladie, ce sont les causes qui paraissent lui donner naissance qui doivent occuper, cette fois, toute notre attention.
Lorsqu'on promène un regard d'ensemble sur Thistoire de la paralysie générale, il est un fait qui saute aux yeux du premier coup et qui s'impose à l'esprit avec toute l'autorité d'un principe ; c'est que la paralysie générale est une affection d'origine récente, j'allais presque dire d*origine contemporaine.
■ Sans doute, il est extrêmement difficile de voir ce que
7S6 PARALÎSIE GÉNÉKALE.
l'on ne cherche pas, mais les anciens observateurs, et les écrivains plus modernes qui nous ont laissé d'excellentes descriptions de plusieurs formes d'aliénation mentale, sont absolument muets "à cet égard. D'ailleurs, les contemporains nous ont conservé dans tous ses détails le récit de la mort de plusieurs grands personnages, et jamais, dans aucun de ces tableaux, nous ne trouvons les caractères de la paralysie générale. Or, il est bien certain qu'ils n'ont point dissimulé la vérité par un excès de respect, car l'histoire impartiale nous apprend qu'Alexandre le Grand mourut de ses excès alcooliques et que la fin de François V^ n'eut rien de chevaleresque.
Donc, en admettant même que dans les siècles passés la paralysie générale ait existé d'une façon pour ainsi dire latente, il est bien certain que cette maladie était peu fréquente avant la fin du dix-huitième siècle. Pour peu qu'elle eût été commune, elle n'eût point échappé aux regards de ces observateurs sagaces, qui savaient si bien saisir le côté clinique et les caractères d'ensemble de toutes les grandes maladies qu'ils ont étudiées. Mais ce n'est pas tout ; si le domaine de la paralysie générale semble limité à un cercle étroit dans le temps, cette maladie semble aussi choisir certains points dans l'espace. Il est incontestable que, même à l'époque actuelle, on la voit se concentrer dans certains centres de population.
D'une manière générale, l'Europe occidentale et l'Amérique du Nord en sont les grands foyers, et les capitales ont partout le privilège d'en réunir un nombre de cas bien plus considérable. Sous ce rapport, la supériorité de Paris sur le reste de la France est absolument hors ligne, et la proportion en faveur de la capitale serait encore plus forte si l'on n'envoyait pas en province la majeure partie des pa-
ÉIIOLOGIE. 757
ralyliques de Paris. Il suffit d'avoir visité quelques asiles de province, après avoir vécu dans les établissements spéciaux à Paris, pour être frappé de l'énorme différence qui les sépare à cet égard.
Par contre, il est des pays qui, en pleine civilisation, semblentjouird'une immunité particulière. On cite l'Ecosse, l'Irlande et la Suède parmi les régions qui comptent le moins grand nombre de paralytiques en Europe, et cette immunité relative n'est due ni à une infériorité dans l'état de la civilisation, ni à une sobriété excessive dans les mœurs des habitants. Ces exceptions restent encore inexplicables.
Nous savons, du reste, qu'en Orient, que chez les sauvages, et en général partout où la vie intellectuelle est peu développée, la paralysie générale est pour ainsi dire inconnue.
Il semble donc que cette maladie, fruit de la civihsation moderne, se soit manifestée surtout à notre époque. Elle commence à poindre vers la fin du dix-huitième siècle ; elle s'affirme au dix-neuvième et n'a jamais fait autant de ravages qu'aujourd'hui. De plus, on la voit se montrer principalement dans les centres populeux, dans les grandes capitales et surtout dans celles qui sont les centres de la civilisation moderne, et suivantla remarque paradoxale d'un auteur américain, on pourrait juger, d'après la fréquence plus ou moins grande de la paralysie générale, des progrès qu'ont accomplis les divers peuples.
Il existe donc une prédisposition morbide qui constitue la source principale de cette maladie et qui va s'accentuant de plus en plus parmi nos contemporains et dans le milieu que nous habitons. A quoi tient cette prédisposition spéciale ?
Certes, il est facile de montrer en quoi nous différons des générations qui nous ont précédés et des pays qui nous entourent ; et, sans parler des divers États de l'Europe, il existe un contraste frappant entre Paris et la province, entre les villes et les campagnes, qui renferme évidemment un sens profond. L'éducation, qui nous saisit pour ainsi dire au berceau^ pour se continuer pendant une longue période, j'allais dire pendant toute notre existence; la lutte pour la vie, les angoisses, les inquiétudes, les soucis dont notre existence est entourée et qui pour les hommes intelligents sont décuplés par la loi même de leur nature, enfin les excès, tout concourt à produire chez certains sujets un état qu'on peut résumer en un seul mot : la fatigue cérébrale.
De tout temps ces causes ont existé. L'antiquité a connu des révolutions terribles : elle a connu des ambitions de tout genre ; mais l'influence de ces causes était combattue par la vie au grand air, par le culte de la gymnastique et par une simplicité dans tous les rouages de l'existence, qui nous fait absolument défaut.
Au moyen âge, il y avait aussi des ambitieux et des misérables ; mais la paralysie générale n'avait guère de prise sur les rudes barons qui se disputaient le pouvoir, ni sur le peuple obscur qui grouillait au pied des châteaux.
Prenons, du reste, une période historique toute récente, et dont les moindres détails nous sont parfaitement connus. La révolution d'Angleterre a bouleversé la société, a créé des fortunes nouvelles, a plongé dans l'abaissement d'anciennes familles ; elle a surexcité les esprits, elle a produit de nombreux cas d'aliénation mentale et surtout de folie rehgieuse, et cependant nous ne voyons aucun cas de paralysie générale signalé dans les mémoires du temps.
Que s'est-il donc passé? et comment les races de la vieille
CAUSES PRÉDISPOSANTES. 759
Europe sont-elles devenues une proie facile à cette maladie nouvelle ? Trois causes principales peuvent nous en donner l'explication.
Et d'abord, la force de résistance a diminué. On commettait autrefois des excès de plaisir, des excès de travail, des excès de pensée ; mais on y. résistait certainement mieux. Ensuite le fardeau est singulièrement augmenté pour tous ceux qui vivent à notre époque où l'existence est bien autrement difficile, les besoins plus multipliés et le champ de la science infiniment plus vaste. Enfin l'hérédité vient sans doute joindre ici son influence à celle des autres causes. Elle est quelquefois directe, mais le plus souvent elle est indirecte, ou, si vous aimez mieux, elle est accumulée, et c'est une longue lignée de cerveaux fatigués, à tendance congestive, qui aboutit enfin à la procréation d'un candidat à toutes les maladies du système nerveux et surtout à la paralysie générale.
Ainsi donc, il semblerait que cette maladie soit un tribut prélevé par la nature jalouse sur les civilisations trop avancées, trop éloignées de l'état primitif; et ce sont les sujets d'élite, les intelligences les plus distinguées qui subissent le plus facilement cette loi ; car ce ne sont point les dégénérés qui deviennent tributaires de la paralysie générale, ce sont, au contraire, dans bien des ^cas, de belles et puissantes organisations.
Entrons maintenant dans l'étude des détails ; nous y trouverons la confirmation des vues générales que nous venons d'exposer.
Causes prédisposantes . Age. — C'est en pleine activité fonctionnelle, c'est à l'âge du plein et entier développement du cerveau et de l'intelligence que sévit la paralysie gêné-
raie. Elle règne surtout sur la décade comprise entre trentecinq et quarante-cinq ans. Elle est rare avant trente ans. Elle est rare après soixante ans. On a cité un cas exceptionnel où elle se serait produite chez un jeune homme de seize ans, et nous venons de voir à la Clinique un paralytique général au début qui est âgé de soixante-cinq ans. Ces deux chiffres peuvent être considérés comme les limites extrêmes. Donc la paralysie générale frappe surtout le cerveau lorsqu'il est bien développé et en pleine activité fonctionnelle.
Intelligence. — Il est hors de doute que la paralysie générale se développe plus volontiers chez les hommes intelligents. Nous sommes loin de dire que les intelligences médiocres soient absolument à l'abri de celte maladie, mais, à coup sûr, elle est peu commune chez les esprits obtus.
Hérédité. — On a nié la transmission directe de la paralysie générale. Cependant il en existe des exemples, et ce qui est encore plus commun, c'est de voir un père intelligent engendrer un fils qui sera paralytique, ou un homme destiné à mourir de la paralysie générale engendrer un fils très intelligent, mais dont l'esprit semble porter les stigmates de son origine.
Ce qui est universellement admis, c'est que les tendances congestives et l'hémorrhagie cérébrale chez les ascendants sont pour les descendants une prédisposition manifeste à cette maladie.
Sexe. — La prépondérance incontestable de cette affection chez le sexe masculin est encore l'un des points les plus curieux de son histoire. Dans les classes inférieures, l'homme y est exposé sept fois plus souvent que la femme. Dans les classes supérieures, la femme n'est presque jamais atteinte, et l'affection est on ne peut plus rare chez les dames
CAUSES PRÉDISPOSANTES. 761
d'un rang élevé ou d'une position aisée ; et cependant les hommes des classes supérieures, obligés de se fatiguer l'esprit parles nécessités mêmes de leur position, fournissent un contingent beaucoup plus considérable à la paralysie générale que les simples ouvriers. Comment donc expliquer l'immunité relative dont jouissent leurs filles et leurs femmes? Gela tient sans doute à ce que, vivant dans l'aisance, sans être obligées au travail qui la procure, elles échappent à cette contention d'esprit, qui est une des causes principales de cette maladie. Au contraire, la femme du travailleur, partageant sa misère et plus directement associée à ses efforts, est peut-être plus exposée à tomber dans la même ornière pathologique.
Mais, si les grandes dames sont épargnées, nous trouvons, à l'autre extrémité de l'échelle, les prostituées, qui payent un tribut plus considérable que les autres femmes de toute condition. Certes, nous n'invoquerons pas ici les fatigues de l'intelligence, car ce n'est point Minerve qui est l'objet de leur culte; mais peut-être faut-il attribuer une certaine part à l'influence des excès vénériens, qui, chez l'homme, sont incontestablement l'une des causes les plus communes decette affection. Il faut y joindre les irrégularités d'une vie absolument contraireà toutes les règles de l'hygiène.
Professions. ■ — Ce sont incontestablement les professions libérales, ce sont les lettrés, les savants, les médecins, les hommes politiques qui sont frappés les premiers.
On comprend facilement les motifs de ce fâcheux privilège ; mais il est une profession qui est signalée par bien des observateurs, et en particulier par M. Calmeil et par Krafft Ebing, parmi celles qui comptent le plus grand nombre de victimes de la paralysie générale, et l'expé-
rience de tous les jours confirme cette opinion : il s'agit de la profession militaire.
Nous avons déjà vu que l'aberration mentale est fréquente dans l'armée et dans la marine. Il est facile d'en comprendre les motifs, d'ailleurs très divers; mais on ne comprend pas pourquoi la paralysie générale alfecte ici une prédominance marquée. Ce qui est bien certain, c'est qu'elle frappe les officiers plus souvent que les soldats; et, parmi les corps militairement organisés en dehors de l'armée proprement dite, ce sont les douaniers qui en sont atteints plus spécialement. La difficulté du métier, les préoccupations qu'il crée et la nécessité de braver toutes les lois de l'hygiène en sont peut-être l'explication la plus naturelle.
Il nous reste à dire un mot de V alimentation. On a prétendu qu'unQ^ nourriture riche en principes phosphores favorisait, au sein d'une population, le développement de la paralysie générale, et l'on signale à l'appui de cette opinion, l'immunité relative des habitants de la compagne comparés aux citadins, ainsi que l'absence presque complète de la maladie dans certaines régions de l'Europe que nous avons déjà signalées. Nous nous contenterons de faire une seule objection à cette hypothèse : c'est que les populations maritimes, qui se nourrissent en grande partie de poisson, ne présentent aucune prédisposition spéciale à cette maladie.
Causes occasionnelles. — On signale avec raison tous les genres de fatigue et d'affaiblissement comme pouvant déterminer l'explosion de la paralysie générale. Les travaux intellectuels se placent en première ligne. On a vu bien souvent des esprits distingués être frappés au moment même de leur plus grande activité et cela à la suite de
travaux excessifs. Les examens, les concours, les travaux de cabinet, la composition littéraire, sont peut-être, à cet égard, des causes de paralysie générale plus efficaces que les recherches scientifiques proprement dites, qui exercent l'intelligence sans la surexciter.
Les fatigues physiques excessives sont une cause indubitable de paralysie générale, bien que leur action soit moins évidente que celle des excès intellectuels. J'ai vu deux fois survenir la paralysie générale chez des jeunes gens qui venaient de faire leurs vingt-huit jours de service militaire. Soumis à des fatigues vraiment excessives pour des gens sortant de la vie civile, ils ont vu se déclarer les premiers symptômes de la maladie presque aussitôt après leur rentrée dans leurs foyers. L'un d'eux était un employé dans une administration, qui venait de subir des examens assez difficiles. Sans doute, les fatigues de l'esprit avaient prédisposé son cerveau à succomber sous l'influence des fatigues du corps.
Mais de toutes les fatigues, de tous les abus, ce sont incontestablement les excès vénériens qui favorisent le plus le développement de cette maladie ; nous avons déjà signalé cette conséquence des abus sexuels, et nous avons fait remarquer que, même dans l'état conjugal, ces accidents pouvaient se produire. Il en est surtout ainsi des hommes mûrs, qui, se mariant, ou se remariant, à un âge relativement avancé, croient devoir faire honneur à leur signature.
Quant à la masturbation, elle ne paraît avoir qu'une part très minime dans la production de la paralysie générale. Nous avons vu qu'elle développe plutôt un état morbide qui lui est particulier.
Les congestions cérébrales de toute espèce peuvent être
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signalées ici comme des causes très actives ; nous citerons surtout les effets de l'insolation, ceux de la ménopause, la suppression d'hémorrhoïdes anciennes ; enfin les effets de la chaleur excessive qu'on supporte dans certains métiers et le voisinage des fourneaux qui, chez beaucoup de sujets, détermine manifestement des congestions céphaliques.
Passons maintenant à l'influence exercée par les maladies antérieures. Nous signalerons d'abord les traumatismes de toute espèce, et en particulier les coups sur la tête. Tout récemment, M. le docteur Vallon a soutenu une thèse fort intéressante sur ce sujet (1).
Parmi les affections qui relèvent de la pathologie médicale, nous indiquerons surtout l'érysipèle, et en particulier l'érysipèle de la face, dont l'influence a été signalée par M. Baillarger ; viennent ensuite la fièvre typhoïde, la pneumonie, la phthisie pulmonaire et les affections du cœur. Chose étrange, Taliénation mentale ne paraît pas créer une prédisposition à la paralysie générale, et les vésaniques proprement dits ne versent pas dans cette maladie; preuve évidente qu'il s'agit là d'un processus pathologique tout spécial, et qui ne ressemble guère à tous les troubles cérébraux qui engendrent l'aliénation mentale (2).
Il nous reste à parler de toute une classe de maladies qui donnent naissance à des pseudo- paralysies générales qui empruntent le masque de cette maladie, sans en offrir véritablement les caractères. Nous donnerons la première place à la syphilis, qui serait, d'après notre excellent ami le professeur Kjellberg, la cause à peu près unique de la
(1) Thèses de Paris, 1882.
(2) Nous avons vu (p. 702) quelle est à cet égard Topinion de M. Baillarger ; mais la folie qui précède, d'après lui, la vraie paralysie générale, est une folie d'un genre tout particulier.
paralysie générale. Nous pensons, avec M. le professeur Fournier, que la syphilis cérébrale peut simuler la plupart des signes caractéristiques de la paralysie générale, mais que les lésions anatomiques qui caractérisent ces deux maladies sont absolument différentes. D'ailleurs, la pseudoparalysie générale syphilitique recule souvent devant un traitement spécifique ; il n'en est rien, malheureusement, pour la vraie paralysie générale.
La pellagre, pour M. Baillarger et quelques autres observateurs, serait, elle aussi, l'une des origines de la paralysie générale. Nous pensons qu'il s'agit encore ici d'une pseudo-paralysie. Nous en dirons autant de l'empoisonnement par le tabac, le mercure et le plomb.
Mais il reste une question très grave à discuter, c'est l'influence de l'alcoolisme sur le développement de la paralysie générale.
La corrélation entre les deux maladies était autrefois universellement admise : elle est acceptée, encore aujourd'hui, par des auteurs éminents, parmi lesquels je citerai surtout M. Foville, qui va jusqu'à considérer l'alcoolisme comme la cause principale de la maladie qui nous occupe.
Pour moi, je me range absolument à l'opinion de M. le professeur Lasègue et j'admets que la plupart des cas dans lesquels on a cru trouver dans les excès alcooliques l'origine de la maladie sont des erreurs de diagnostic. On est exposé, en effet, à prendre les excès alcooliques qui signalent si souvent les débuts de la maladie, pour les causes d'un état dont ils ne sont en réalité que les premiers symptômes ; ce sont donc les excès anciens, et non les excès récents qu'il faudrait rechercher. Je me suis d'ailleurs assez longuement étendu, sur cette question, dans une de mes leçons précédentes, pour n'avoir pas à y revenir.
Après avoir fait ainsi ma profession de foi, je crois devoir reconnaître qu'il existe quelques faits, peu nombreux, à la vérité, mais suffisamment authentiques, oii la filiation qui rattache la paralysie générale à l'alcoolisme est bien nettement démontrée. Il ne faut donc pas nier absolument le rapport qui existe entre ces deux états morbides, mais on doit combattre l'exagération qui accorde à l'alcoolisme une importance absolument prépondérante parmi les causes de la paralysie générale. Ajoutons enfin que c'est plutôt par hérédité que par la voie directe que la filiation s'établit. Souvent, en effet, un père alcoolique engendre un fils qui sera paralytique un jour.
Il nous reste à parler des paralysies générales développées par voie de propagation. Une lésion périphérique, remontant vers le centre, vient atteindre le cerveau pour y produire les lésions de cette maladie. Parmi les causes de cet ordre, il faut accorder la première place aux maladies de la moolle épinière, et plus spécialement à l'ataxie locomotrice progressive. On a vu, mais beaucoup plus rarement, des affections du bulbe, et surtout la paralysie labioglosso-laryngée, déterminer les mêmes accidents. Les nerfs périphériques à leur tour peuvent être frappés de lésions qui dans leur marche ascendante finissent par atteindre Tencéphale et déterminent ainsi une paralysie générale. C'est ainsi qu'on a vu chez des sujets atteints d'amaurose les lésions du nerf optique remonter vers les ganglions cérébraux et devenir le point de départ de cette maladie. C'est ainsi qu'une sciatique accompagnée d'une dégénération profonde du nerf a pu remonter de proche en proche vers l'encéphale pour y déterminer les mêmes accidents. Enfin, M. Foville a rapporté un cas de paralysie du pharynx
consécutive à la diphthérie et qui s'est terminée par la paralysie générale.
Je pourrais facilement, Messieurs, multiplier ces détails et prolonger considérablement la liste que je viens de dérouler devant vos yeux ; mais je préfère m'arrêter ici, pour formuler les conclusions générales qui me paraissent découler des faits qui précèdent.
La paralysie générale peut reconnaître une multitude de causes diverses, mais elle éclate surtout chez les prédisposés, et parmi ceux-ci l'on doit ranger surtout ces natures ardentes, impulsives, intelligentes, actives et facilement congestionnées, chez lesquelles d'heureuses dispositions cérébrales semblent s'allier à une sorte de faiblesse primitive, à un défaut de résistance, à des actions morbides qui reconnaissent pour point de départ et pour origine commune la faiblesse cérébrale.