CERVEAU
rai peu de relief. Elles sont quelquefois très aplaties et le cerveau présente alors l'aspect lisse qu'il offre à l'état normal chez les rongeurs.
D'après M. Luys, qui a étudié cette question avec un soin minutieux, c'est la frontale ascendante qm présente de la manière la plus manifeste les traces d'un arrêt de développement (1). Il va sans dire que dans la distribution de ces agénésies ou de ces atrophies partielles il règne la plus grande irrégularité .
Quant aux parties profondes, elles peuvent offrir des lacunesd'uneimportance vraimentcapital e. G'estainsi qu'on a constaté l'absence totale du corps calleux, l'absence ou l'atrophie des corps striés, l'absence des couches optiques.
Quelquefois c'est un hémisphère entier qui manque ; d'autres fois c'est un lobule. Enfin le bulbe lui-mêmepeut offrir une diminution sensible dans son volume, ce qui coïncide habituellement avec un rétrécissement du trou occipital.
Le cervelet est souvent volumineux, du moins par rapport au poids et au volume du corps en général et de l'encéphale en particulier.
Il est très intéressant de signaler les atopies de substance grise, qui constituent de véritables fautes d'orthographe au point de vue morphologique et viennent apporter une preuve de plus à l'appui de la doctrine qui fait de Tidiotie le résultat d'un développement irrégulier, entravé ou retardé.
L'histologie du cerveau des idiots est encore à faire. Cependant quelques résultats paraissent déjà acquis à la science. M. Luys a démontré qu'il existe chez eux un arrêt de développement manifeste des vaisseaux de l'écorce corticale; non seulement leur nombre est extrêmement réduit,
(I) Luys, Traité des maladies mentales, 1881, p. 634.1
824 DE L'ibioriE.
mais leur structure même présente des irrégularités manifestes. La membrane périvasculaire peut manquer absolument ; les vaisseaux, lors même qu'ils existent, peuvent être absolument imperméables.
On comprend qu'en présence de ces altérations, on doit s'attendre à rencontrer des lésions manifestes des cellules cérébrales : réduites en nombre et en volume, elles sont en plusieurs endroits en pleine dégénérescence, déchiquetées sur leurs bords, irrégulières dans leurs formes et souvent infiltrées de grains de pigment ou de sels calcaires. Ce sont là véritablement des cellules idiotes^ suivant une expression que nous avons déjà empruntée à Maudsley.
La substance conjonctive qui forme la trame cérébrale est souvent développée àl'excès, par compensation, en quelque sorte, pour l'atrophie et la disparition des parties nobles de l'encéphale.
Ajoutons enfin que de vraies lésions pathologiques peuvent souvent exister dans le cerveau des idiots, soit qu'il s'agisse d'un rapport direct de cause à effet, soit au contraire qu'il s'agisse d'une affection intercurrente.
C'est ainsi qu'on rencontre chez ces sujets des méningites, des méningo-encéphalites, des hémorrhagies, des ramollissements, enfin lapathologie cérébralepresquetout entière.
Mais le cerveau n'est pas tout. Il nous reste à signaler très rapidement les vices de conformation ou les états morbides qui peuvent se rencontrer dans d'autres points du corps et qui viennent compléter le tableau.
On nous pardonnera d'abréger cette partie de notre description, que nous ne voudrionspoint allonger outre mesure.
On rencontre chez les idiots de nombreuses altérations de la face. Souvent elle est asymétrique, souvent elle est imparfaitement développée. Chez beaucoup de sujets la
LÉSIONS DlVERSliS. 823
mâchoire inférieure est fort petite et le menton très court. Griesinger compare certaines physionomies d'idiots au type de l'oiseau, et la ressemblance est assez frappante chez les microcéphales dont le frontal et l'occipital inclinés tous les deux viennent se rejoindre pour ainsi dire au sommet de la tête, tandis que la saillie du nez, le retrait du menton et l'étroitesse générale de la figure semblent dessiner un bec à la partie antérieure de la face.
Chez d'autres sujets, au contraire, on rencontre un type absolument opposé. Le visage est aplati, le nez est enfoncé, les mâchoires saillantes, et il existe un degré marqué de prognathisme. On attribue ce type à l'ossification prématurée de la base du crâne, qui dans la règle ne doit se faire qu'après la puberté. Lorsqu'elle est prématurée, il en résulte une sorte de mouvement de bascule qui, en déformant le sphénoïde, imprime à la face les caractères que nous venons de signaler.
Chez certains idiots^ on constate une fissure de la voûte palatine et du voile du palais.
Nous avons déjà signalé les anomalies que présentent les oreilles et l'imperfection de la dentition.
Les idiots sont souvent rachitiques ; comme tels, ils peuvent présenter des déformations extrêmement accentuées de la colonne vertébrale, et même chez ceux qui ne méritent point l'épithète de bossus, il existe souvent une courbure exagérée de la taille.
Nous avons vu que plusieurs idiots sont paralytiques. C'est qu'en effet la moelle épinière est souvent le siège de lésions diverses, les unes congénitales, les autres acquises.
Signalons enfin l'atrophie très commune des organes génitaux et l'état particulier des mains. Elles sont habituelle-
826 DE l'idiotie.
ment grêles et allongées. On y remarque souvent un défaut de développement du pouce, qui est remarquablement court par rapport aux autres doigts. On y constate l'atrophie de plusieurs groupes musculaires, et en dehors des lésions anatomiques, une maladresse, un défaut d'habileté qui constitue l'un des meilleurs caractères symptomatiques de l'idiotie et qui relève évidemment d'un vice cérébral.
Contrairement au tableau que nous venons de tracer, il existe, ne l'oublions pas, des idiots bien conformés au point de vue physique et qui, sauf la tête, pourraientpresque être considérés comme beaux. C'est surtout chez les imbéciles que se rencontrent ces avantages corporels ; mais on peut aussi les rencontrer, exceptionnellement, il est vrai, chez des sujets dont les facultés intellectuelles se trouvent au niveau le plus inférieur.
Les causes de l'idiotie sont extrêmement nombreuses. Le plus souvent congénitale, l'idiotie peut être acquise. On l'attribue quelquefois à des accouchements difficiles dans lesquels la tête de l'enfant a souffert d'une compression prolongée ou a été violentée par le forceps. On voit aussi se produire un affaissement incurable des facultés intellectuelles chez de jeunes enfants, à la suite de maladies diverses parmi lesquelles les pyrexies et surtout la fièvre typhoïde jouent le premier rôle, etsurtout après les convulsions, qui peuvent être symptomatiques d'une méningite ou de quelque autre processus morbide obscur dont l'encéphale est devenu le siège. On admetaussiqueles coups, les chutes, les émotions et les frayeurs violentes peuvent arrêter brusquement chez les jeunes enfants le développement de l'intelligence. Au reste, ces causes diverses ne peuvent amener l'idiotie qu'à la condition d'agir de très bonne heure et dans les premières années de la vie. Il s'agit, en