‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 3)Chapitre 89 sur 275 · ONZIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

ONZIÈME LEÇON

DE LA MANIE

Sommaire. — Dénnilion de la manie. — Elle est un symptôme et non une maladie. — Début brusque. — Début insidieux. — Stade de mélancolie. — Période prodromique. — Période d'état. — Délire maniaque. — Incohérence. — Automatisme cérébral. — Surexcitation de certaines facultés. — Loquacité. — Troubles affectifs. — Erotisme. — Fureur maniaque.

Troubles de la sensibilité. — Indifférence au froid et [à la chaleur. — Hyperesthésie. — Troubles de la vue.

Troubles de la motilité. — Besoin exagéré de mouvement. —Abus de la force. — Absence du sentiment de la fatigue.

Insomnie. — Pouls accéléré. — Respiration accélérée. — Température. — Etat des sécrétions. — Etat des fonctions digestives. — Voracité; sitophobie. — Constipation. — Amaigrissement. -■ Différence entre la manie et l'agitation maniaque.

Messieurs,

Jusqu'ici ce sont les formes dépressives de l'aliénation mentale qui ont attiré toute notre attention. La mélancolie, avec ses nombreuses variétés, puis le délire des persécutions et la stupeur, ont été successivement l'objet de nos études.

Il s'agit maintenant de nous transporter à l'autre extrémité de l'échelle symptomatique. Il faut nous occuper de ces états caractérisés par une violente surexcitation des facultés cérébrales et qui sont, aux yeux du vulgaire, le véritable type de la folie. La littérature et le drame nous représentent habituellement l'aliéné sous les traits d'un homme en proie à l'agitation la plus violente, criant, frappant,

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chargé de chaînes ; et voilà pourquoi, en présence d'un délire tranquille, les gens du monde ont une peine infinie à se convaincre qu'il s'agit d'un cas de folie.

La manie, dont le nom est depuis longtemps synonyme d'aliénation mentale (la première édition du traité dePinel est intitulée : De la manie ou aliéiiation mentale)^ la manie, telle que la décrivent les aliénistes aujourd'hui, est constituée par un délire généralisé, avec une vive surexcitation de l'intelligence et un besoin tumultueux de mouvement. Tels sont les trois caractères essentiels de cet état morbide. Pour les maniaques, courir, parler, crier, agir d'une manière quelconque devient un besoin irrésistible, et cette exubérance même est le caractère primordial de la maladie. Il ne faut pas s'attendre, en effet, à trouver ici des idées fixes ; la donnée essentielle de la manie est au contraire la mobilité.

C'est assez vous dire qu'il ne s'agit ici que d'un symptôme, d'un état mental particulier et non d'une affection distincte, La manie se rencontre, en effet, dans un grand nombre d'affections diverses.

Gomment devient-on maniaque? Quelquefois, et c'est le cas le plus rare, la manie offre un début brusque. Provoquée par une frayeur subite, par un traumatisme moral^ elle éclate tout à coup et atteint rapidement son paroxysme. On la voit aussi se manifester brusquement à la suite d'excès alcooliques ou vénériens qui ont dépassé la mesure.

L'un des plus beaux exemples de manie à début rapide est celui qu'a cité Pinel. Un jeune homme, doué d'une grande fortune et d'un goût exagéré pour les recherches scientifiques, s'enferme dans son laboratoire ; il surchauffe cette retraite et s'y entoure de toutes sortes d'excitations. Après quelques jours de cette vie, il était en proie à un dé-

lire furieux de l'espèce la plus violente et on était forcé de l'interner dans un asile.

Ce mode de début est peu fréquent, et d'une manière habituelle il existe une période prodromique dont le point de départ est impossible à fixer. Cette période peut durer de quelques jours à plusieurs mois, et presque toujours elle' affecte les allures de la dépression et, comme l'a dit ce grand précurseur de nos aliénistes modernes, cet observateur si remarquable qu'on appelle Arétée, la mélaneolie est une partie intégrante de la manie.

Ce n'est pas sans raison que Guislain avait formulé cet axiome : « Toute affection intellectuelle commence par un stade de mélancolie. » Vraie d'une façon générale, cette proposition ne l'est cependant pas d'une manière absolue. Il est des cas oii le malade entre directement par l'excitation dans la folie.

' Quoi qu'il en soit, c'est par un trouble particulier, et dont l'aliéné a généralement conscience, que débutent le plus souvent les accidents maniaques. Le sujet devient triste, abattu ; il cherche à s'isoler ; il abandonne ses occupations ;son esprit, troublé et affaibli, ne lui fournit pas les éléments indispensables au travail intellectuel.

A cette prostration morale se joint souvent une grande agitation physique. Le besoin de mouvement qu'il éprouve est le premier degré de Texcitation qui doit survenir plus tard.

Le contraire peut cependant avoir lieu, et chez quelques malades on rencontre une prostration physique qui les main* tient quelquefois au lit pendant de longues semaines.

Peu à peu l'agitation se prononce et la physionomie générale de l'individu se transforme. 11 est inquiet, turbulent, excité ; il se livre quelquefois alors à des écarts de conduite

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