EXCITATION MANIAQUE
preraent dite ; je veux parler de l'excitation maniaque.
Je crois que l'on doit réserver une place à part à cette forme de l'aliénation mentale et ne pas la confondre avec la manie. Montrer les différences et les analogies qui réunissent ces deux états sera, je l'espère, un moyen nouveau de vous prouver que, dans l'étude de ces formes diverses du délire, ce sont des collections de symptômes et non pas des maladies proprement dites que nous trouvons devant nous.
L'excitation maniaque, comme la manie aiguë, lorsqu'elle résulte d'une prédisposition morbide et non d'un accident imprévu, débute le plus habituellement après un stade de dépression analogue à cette période mélancolique qui caractérise la manie aiguë. Cette période une fois terminée, on voit éclater un état particulier dont nous diviserons les manifestations en deux ordres: les troubles intellectuels et les phénomènes purement physiques.
Qu'est-ce que l'excitation maniaque? Les définitions sont toujours difficiles à formuler ; c'est un écueil sur lequel se brisent les esprits les plus réfléchis et les plus vigoureux, et lorsqu'il s'agit d'un phénomène aussi variable dans ses manifestations que l'excitation maniaque, notre embarras est encore plus grand. Je me contenterai donc de vous rappeler la définition de Falret, qui me paraît convenir à la plus grande partie des cas. Ce qui caracLérise cet état intellectuel, cette forme de psychose, c'est la surexcitation générale de toutes les facultés, le désordre des actes, sans trouble manifeste de l'intelligence. Nous allons apprécier les différents termes de cette définition en cherchant à les justifier.
On rencontre, chez les excités maniaques, une surexcitation générale de toutes les facultés de l'intelligence, et
surtout une exagération singulière de ses manifestations extérieures; à cette excitation générale se joint une mobilité d'idées, qui cependant ne va pas jusqu'à l'incohérence. Il existe en même temps une pertubation morale qui porte les malades à des actes extravagants et quelquefois coupables.
Mais, au milieu de ce tumulte intellectuel, il subsiste un certain degré de logique, qui domine la situation et empêche les malades de tomber dans l'absurdité complète. Examinés superliciellement, ils ne semblent pas présenterde délire au premier abord, et souvent on peut s'entretenirlongtemps avec eux sans saisir de conceptions délirantes. Telle est, en pareil cas, l'une des sources les plus fécondes des dissentiments quiéclatentsi souvententrela famille du malade, les amis qui viennent le visiter, les autorités chargées de l'interroger et le médecin qui s'occupe du traitement. Observant le sujet avec une attention soutenue pendant un long espace de temps, l'aliéniste acquiert souvent des preuves manifestes de délire, qui échappent à des visiteurs moins exercés et moins attentifs. Le malade, qui se plaint volontiers de son entourage, et surtout de son médecin, parle souvent avec une grande élégance, avec beaucoup de recherche, ou tout au moins son élocution est très facile; et c'est un tel homme, s'écrie-t-on, que l'on veut faire passer pour foui
On. est souvent frappé de l'étendue de leur esprit, de l'originalité de leurs conceptions, de la hardiesse de leurs pensées. Chez beaucoup de ces malades, l'inspiration naturelle, l'excitation morbide de l'intellect supplée au défaut d'éducation ; on a vu des paysans s'exprimer en leur patois avec une véritable éloquence. Mais, si l'on s'attache à suivie pendant quelque temps la conversation de ces sujets , on est frappé de la violence des sentiments qu'ils expriment ; chez eux, tout semble exagéré ; pour eux, le