PRONOSTIC DE LA FOLIE CIRCULAIRE. 33K
la femme que chez l'homme. Mais supprimez la paralysie générale et l'alcoolisme, et vous trouverez la vésanie plus fréquente dans le sexe féminin ; la folie à double forme ne fait donc que se conformer à la règle ordinaire.
La folie à double forme diffère encore profondément de la manie et de la mélancolie par son pronostic. La manie est peut-être la forme la plus curable de l'aliénation mentale; la mélancolie guérit souvent aussi. La folie circulaire, formée en apparence de la juxtaposition des deux précédentes, est, au contraire, une affection presque absolument incurable. On connaît des exemples de guérison, mais ils sont très rares. D'un autre côté, les circulaires ne versent point dans la démence, ils restent identiques à eux-mêmes. M. Foville a cité l'histoire d'un malade qui est resté longtemps enfermé à l'asile de Gharenton et qui avait des accès périodiques dont la durée était de six mois. Cet homme a eu environ soixante crises sans ressentir aucune altération de son intelligence. Pour notre malade, il y a déjà près d'un quart de siècle qu'il est en proie à cette affection, et cependant il est resté identique à lui-même.
Il est un dernier point sur lequel M. J. Falret a appelé l'attention, c'est que les sujets de cette espèce sont exposés à des accidents de nature physique qui peuvent manquer ou qui sont moins fréquents chez les autres aliénés; je veux parler des accès congestifs. Chez les paralytiques généraux, ces accidents sont relativement fréquents ; mais ils sont beaucoup plus exceptionnels chez les vrais vésaniques. Or, par une exception à la règle, on constate assez souvent chez les malades atteints de folie à double forme des crises de congestion qui peuvent se terminer par la mort subite. Chez notre malade, les congestions jouent un
rôle très considérable , et cette disposition semble être héréditaire; comme antécédents, on ne trouve pas dans la famille d'aliénation mentale, mais le père a eu une congestion cérébrale.
Le pronostic de la folie à double forme est donc très grave : d'abord, à cause de son incurabilité presque absolue ; ensuite, à cause de ces complications qui peuvent avoir une issue fatale.
Quant au traitement de cette maladie, il est à peu près nul, et l'on ne peut guère songer qu'à combattre les accidents congestifs ; je réserve cette question pour le moment oii nous aborderons l'étude de la paralysie générale.