‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 141 sur 278 · VINGT-QUATRIÈME LEÇON · texte numérisé non relu

VINGT-QUATRIÈME LEÇON

Sommaire. — Rapports de l'épilepsie et de l'aliénation mentale. — Etat mental des épileptiques non aliénés. — Irritabilité extrême ou douceur exagérée. — Mobilité d'humeur. — Afîaiblissement de l'intelligence ou excitation intellectuelle. — Prodromes psychologiques de Tattaque. — Délire consécutif à l'accès. — Deux formes de délire épileptique. — Petit mal. — Prédominance des mauvais instincts. — Impulsions irrésistibles. — Grand mal intellectuel ou fureur épileptique. — Invasion brusque. — Ressemblance absolue de tous les accès chez le même individu. — Violence extrême de l'accès. — Conservation d'une certaine logique dans les idées. — Durée des accès. — Folie épileptique en dehors des accès. — Délire impulsif. — Caractère des épileptiques en dehors de l'aliénation mentale.— Pronostic de l'épilepsie au point de vue mental. — Traitement.

Messieurs,

De toutes les grandes névroses qui peuvent exercer sur l'intelligence une action nuisible, l'épilepsie est incontestablement celle qui présente les rapports les plus intimes avec l'aliénation mentale. Non seulement, en effet, un grand nombre de fous sont fils d'épileptiques, quand ils ne sont pas épileptiques eux-mêmes ; non seulement les accès convulsifs de cette maladie sont, dans bien des cas, précédés ou suivis d'un délire épouvantable, dont les explosions dramatiques s'imposent violemment à notre attention, mais encore il existe, chez la plupart des épileptiques , un état

mental particulier qui se manifeste dans l'intervalle des accès et qui, sur bien des points, côtoie l'extrême frontière de la folie.

On ne saurait donc trouver un exemple plus frappant des rapports intimes qui unissent les névropathies de la motilité aux maladies intellectuelles. C'est à l'étude de cette question, pleine d'intérêt, mais hérissée de difficultés presque insolubles, que je me propose de consacrer cette leçon.

Sans vouloir entrer dans une description méthodique et complète de l'épilepsie, qui ne saurait trouver sa place ici, je dois vous rappeler que, dans son évolution régulière, cette maladie présente des troubles de la sensibilité, de la motilité et de l'intelligence.

Il est une forme d'épilepsie, désignée habituellement par le nom assez impropre de vertige ou petit mal, et qui est constituée essentiellement par une absence, c'est-à-dire par une suspension brusque et transitoire des fonctions intellectuelles. Revenu à lui-même, le malade ignore complètement ce qui s'est passé ; c'est là un trouble purement intellectuel. Mais, lorsqu'il s'agit du grand mal, chaque accès présente au moins trois stades : d'abord une aura, c'est-à-dire un trouble de la sensibilité, qui peut affecter les formes les plus diverses et manquer quelquefois complètement ; viennent ensuite les accidents convulsifs, auxquels succède une période plus ou moins longue d'abrutissement. Ici donc la série est complète ;. nous avons les troubles de la sensibilité d'abord, ceux de la motilité ensuite et ceux de l'intelligence à la fin. Mais voici le point capital^: tous ces phénomènes peuvent se substituer les uns aux autres ; il est donc nécessaire de les étudier simultanément.

504 13ES FOLIES KÉVROPATHIQTJES.

Voyons d'abord quel est l'état mental des épileptiques non aliénés. Ils sont assez souvent dans une condition parfaitement normale, en apparence du moins ; mais, dans la très grande majorité des cas, nous constatonsl'un ou l'autre de deux états opposés : une irritabilité extrême ou bien une douceur exagérée.

L'épileptique irascible est un être absolument insupportable. Il est soupçonneux, querelleur et violent. Non seulement il maltraite les autres, mais il se plaint sans cesse, ce qui le rend mortellement ennuyeux. Enfin il est souvent dipsomane ou porté aux excès vénériens. C'est un névropathe, même au point de vue du caractère et en dehors des accidents convulsifs.

Par contre, il est une catégorie d'épileptiques absolument différente. Ils sont doux, polis, obséquieux, au point d'en être fatigants.

Chez les uns et les autres, on constate une mobilité d'humeur et une versatilité d'idées qui frappent l'observateur le moins attentif.

Le plus souvent leur intelligence est amoindrie et déprimée. Cet affaiblissement, qui porte surtout sur la mémoire, se dessine d'autant plus nettement que la maladie est plus ancienne ; mais il est des malades chez qui l'on constate un état absolument inverse; ils ont de l'excitation intellectuelle. Ce sont des hommes de talent ; ce sont quelquefois des hommes de génie. Aussi Jean Tail, dans son traité de rEpilepsie, prétend-il que la plupart des épileptiques sont gens de grand entendement. Il avait parfaitement raison, mais il semble n'avoir vu qu'un seul côté de la question.

Voilà donc un état mental évidemment irrégulier; mais, chez plusieurs sujets, aux approches de l'accès convulsif, il s'aggrave d'une manière exquise.

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