PPÎTHISIE CHEZ LES ALIÉNÉS. S
Il ne s'agit pas en effet d'établir que la phthisie est fréquente chez les aliènes; le fait, s'il était vrai, pourrait s'expliquer de mille manières différentes. Il s'agit de prouver que, dans certains cas, il existe entre la phthisie et la folie une corrélation de cause h effet. Les arguments principaux que nous indiquerons à l'appui de cette thèse sont au nombre de trois :
1° Chez plusieurs sujets, les deux affections suivent une marche parallèle. La tuberculisation se développe chez l'aliéné et suit son cours, pendant que l'évolution de la maladie mentale s'accomplit. Souvent aussi la phthisie est latente chez les aliénés, et, comme le fait observer Hagen, ils offrent souvent cette forme spéciale de la maladie à laquelle les Anglais ont donné le nom de florid consumption, et dans laquelle l'aspect extérieur du malade et la coloration du visage offrent un contraste frappant avec les renseignements fournis par l'auscultation. On peut rapprocher de ce fait les violentes hémoptysies dont Schrôder van der Kolk a signalé l'existence chez des aliénés qui ne présentaient aucun signe d'une maladie de poitrine. Quelquefois même les deux affections, s'entraînant mutuellement pour ainsi dire, suivront une marche beaucoup plus rapide. Dans les cas oii l'on voit éclater simultanément les deux états niorbides, la mélancolie peut imprimer à la tuberculose une évolution précipitée et la tranformer en phthisie galopante. Les auteurs anglais en ont cité d'assez nombreux exemples.
2° La phthisie et la folie peuvent obéir à la loi d'alternance et se remplacer mutuellement.
Il n'est point rare de voir un aliéné, après la guérison de sa maladie mentale, offrir tout à coup des symptômes de tuberculose, qui s'arrêtent, si la folie reparaît, et qui
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suivent leur cours ordinaire, si la raison maintient son empire.
Dans un cas observé par Schrôder van der Kolk, un jeune homme, après avoir passé trois ans en état de stupeur, parvint à une guérison assez complète pour pouvoir se marier; mais, peu de jours après, il fut pris d'une violente hémoptysie et mourut poitrinaire un an plus tard. La sœur de ce jeune homme eut un accès de manie dont elle guérit; mais, peu de temps après, elle mourut aussi d'une phthisie pulmonaire.
Le cas contraire peut également être observé. L'affection pulmonaire se développe et semble destinée à suivre son évolution habituelle, lorsque tout à coup le délire éclate, et, à partir de ce moment, les signes physiques et les symptômes rationnels de la phthisie disparaissent et la santé générale semble s'affermir.
J'ai donné des soins à la femme d'un honorable praticien de Paris, qui présentait, de la manière la plus évidente, les signes d'une tuberculisation déjà fort avancée au sommet du poumon gauche. Contrairement à notre attente, cette maladie parut rétrograder, les signes physiques s'amendèrent et la santé générale devint excellente, mais en même temps on vit se dessiner un caractère vraiment atroce. Persécuté sans trêve par sa femme qui l'accusait bien à tort de commettre des écarts que les habitudes laborieuses de sa vie rendaient impossibles, le malheureux médecin se vit soupçonné, surveillé, vihpendé. On faisait des visites à ses cHents pour l'accuser de torts absolument imaginaires; on lui tendait des pièges; on l'obligeait à se lever au milieu de la nuit pour courir chez des clients qui ne l'avaient point demandé ; on brûlait ses papiers, on déchirait ses factures, on cherchait par tous les moyens à lui
nuire. On en vint enfin à raccuser formellement d'une tentative d'empoisonnement. Le pauvre mari, qui depuis longtemps regrettait d'avoir guéri sa femme, se vit réduit à la misère et finit par mourir de fatigue et de chagrin. Sa femme vit encore et jouit au point de vue physique d'une excellente santé ; son état psychologique est toujours le même, et l'un de ses fils a été enfermé dans un asile d'aliénés.
[1 s'agit évidemment ici d'un cas de folie lucide, développé à la suite d'une phthisie guérie et paraissant en quelque sorte se substituer à la maladie primitive et usurper sa place. Les faits de ce genre ne sont pas exceptionnels, et Skae, dont je vous ai déjà cité les travaux, prétend que, dans des cas bien avérés àQ folie tuberculeuse ^ il n'est point rare de voir alterner plusieurs fois de suite les deux aflections. C'est ainsi qu'une hémoptysie survenant brusquement au cours d'une maladie mentale ferait cesser pendant un certain espace de temps les troubles intellectuels.
Ces oscillations morbides ne sont point le privilège exclusif des deux maladies dont nous venons de parler. Elles peuvent également se montrer dans le cours de certaines affections voisines, soit de la phthisie, soit de la folie. Schrôder van der Kolk a vu guérir un cas de démonomanie chronique à la suite d'une phthisie laryngée, dont les progrès finirent par emporter le malade. Guislain rapporte un cas des plus remarquables dans lequel un accès de mélancolie profonde, avec mutisme obstiné, fut provoqué chez une femme par une frayeur subite. Quatre ans plus tard, elle fut prise d'une bronchite, et la mélancolie disparut; mais la bronchite une fois guérie, la mélancolie revint, et ces alternances morbides continuèrent à se produire à plusieurs reprises différentes.
SSO DES FOLIES DIATHÉSIQUES.
J'avais dans mon service à l'hôpital Laennec une jeune femme atteinte d'épilepsie depuis quatre ans. A la suite d'un traitement approprié, les attaques se sont d'abord éloignées, puis ont fini par disparaître, mais en même temps des signes évidents de tubereulisation se sont manifestés. Depuis quelques mois, l'état pulmonaire s'est notamment amendé ; mais les accès d'épilepsie sont revenus et le caractère de la malade est devenu tellement insupportable, qu'il a fallu la renvoyer de l'hôpital.
Il est à peine nécessaire d'insister sur l'importance de ces faits; c'est le propre des diathèses, c'est le propre des maladies générales de se porter successivement sur divers points et de menacer tour à tour des régions fort éloignées de l'économie, La goutte remonte à l'estomac quand elle abandonne les articulations, et l'on sait que, chez un goutteux, l'un des meilleurs moyens de faire cesser une migraine habituelle, un état d'affaissement cérébral, c'est de ramener la fluxion vers les jointures. C'est là, Messieurs, de la vieille médecine, comme on dit aujourd'hui; mais cette vieille médecine, fondée sur l'observation clinique, loin d'être en contradiction avec la science moderne, puise une force nouvelle dans les connaissances plus étendues que nous possédons aujourd'hui.
3° L'hérédité morbide, envisagée non seulement chez l'individu, mais dans sa famille, >ient nous prêter un nouvel appui. On rencontre assez souvent la phthisie chez les parents ou les descendants des aliénés, et l'on peut alors invoquer la transmission directe; mais il est peut-être plus fréquent de rencontrer cette association morbide chez les collatéraux, et la preuve n'en est que plus frappante et plus irrésistible. Dans une seule et même famille, Schrader van der Kolk a vu plusieurs frères et sœurs devenir allé-