VINGT-SEPTIÈME LEÇON
Sommaire. — Métastases dans le rhumatisme articulaire. — Deux formes du rhumatisme cérébral. — Forme aiguë et ses deux variétés. — Excitation ou Jforme méningitique. — Dépression ou forme apoplectique. — Forme chronique ou folie rhumatismale, sa fréquence. — Caractère acerbe des rhumatisants. — iVIode de début de la folie rhumatismale. — Dépression. — Hallucinations, — Affaiblissement des facultés intellectuelles. — Mouvements choréiformes. — Paralysies plus ou moins limitées. — Cachexie. — Coexistence fréquente des maladies du cœur et du péricarde. — Alternance du délire et des manifestations articulaires, — Marche. — Terminaison. — Durée. — Récidives. — Pronostic. — Lésions analomiques. — Causes du rhumatisme cérébral. — Sexe. — Age. — Alcoolisme. — Affections cardiaques. — Influence du traitement, — Prédispositions individuelles, — Hérédité. — Causes morales. — Traitement de la folie rhumatismale.
Messieurs,
Parmi les affections diathésiques dont l'influence peut retentir sur l'encéphale, le rhumatisme mérite une place d'honneur, moins encore par la fréquence que par la netteté de ses manifestations.
Nous n'en sommes plus en effet à discuter l'existence du rhumatisme cérébral, dont quelques sceptiques se sont trop longtemps obstinés h nier la réalité ; nous savons que, comme tous les autres viscères, le cerveau peut souffrir, dans le cours d'un rhumatisme articulaire aigu, et cela non par l'effet d'une vague et mystérieuse sympathie, mais par suite de lésions manifestes qu'il est souvent, sinon toujours possible, de reconnaître à l'autopsie:
5S6 DES FOLIES DIATHÉSIQUES.
Parmi ces manifeslalions morbides, il en est une, messieurs, qui, comme alicnistcs, nous intéresse tout spécialement, je veux parler de cette singulière vésanie qui porte le nom de folie rhumatismale^ et qui n'est autre chose, en réalité, que la forme chronique du rhumatisme cérébral.
Messieurs, le grand caractère de toutes les manifesîations locales du rhumatisme articulaire, c'est leur extrême mobilité ; c'est la facilité avec laquelle on les voit se transporter avec armes et bagages d'un point sur un autre.
Le rhumatisme saute d'une articulation sur une autre et la première articulation se dégonfle et s'assouplit, pendant que la seconde se tuméfie et se raidit.
Le rhumatisme saute d'une articulation sur un viscère, le cœur, par exemple, et, comme l'a fort bien vu Bouillaud, l'articulation se décongestionne en pareil cas.
Le rhumatism.e saute enfin d'une articulation sur le cerveau, et l'on voit alors se produire un dégonflement des plus remarquables. Je me souviendrai toujours d'un malade que j'ai vu à l'hôpital Lariboisière dans le service de M. Moissenet,dontj'étais alors l'interne. Il présentait un rhumatisme articulaire avec gonflement énorme des deux genoux. Il souffrait très vivement, lorsque tout à coup la douleur cessa, le malade se mit à délirer et courut dans la salle sans se soucier le moins du monde de ses articulations malades dont la tuméfaction avait complètement disparu. Le lendemain il était repris de ses douleurs articulaires et le délire avait cessé.
Sans doute la métastase n'est pas toujours aussi franche, mais presque toujours les troubles cérébraux amènent un dégorgement articulaire.
Transporté sur l'encéphale, le rhumatisme affecte deux formes, l'une aiguë, l'autre chronique.