‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 166 sur 278 · ANATOMIE PATHOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ANATOMIE PATHOLOGIQUE

les accidents convulsifs (Lemaire), soit au cours des autres manifestations, comme dans le cas de Berger (1),

Messieurs, les accidents que nous venons d'étudier sontils en rapport avec l'albuminurie saturnine, signalée pour la première fois par M. le docteur OUivier, et avec les néphrites, qui ont été observées chez les saturnins? Cette question est encore en litige, et nous ne saurions avoir la prétention de la résoudre, pour ainsi dire, en courant. Il doit nous suffire de vous avoir signalé la possibilité du fait.

J'arrive maintenant au point le plus intéressant, à la partie vraiment scientifique de la question ; je veux parler de l'anatomie pathologique.

Les lésions anatomiques de l'encéphalopathie saturnine sont encoretrès imparfaitement connues, et nous ne sommes pas beaucoup plus avancés sous ce rapport que ne l'étaient Grisolle et Tanquerel des Planches. En laissant de côté les cas oii l'intoxication, probablement superficielle, n'a point laissé de traces dans l'encéphale, on peut dire que la lésion la plus commune est une sorte d'hypertrophie apparente. Les circonvolutions sont tassées les unes contre les autres ; elles. sont dures et résistantes, et les sillons sont presque effacés, de sorte que la surface des hémisphères est presque unie. Le cerveau présente une teinte ictéroïde, la pulpe cérébrale est exsangue; enfin, sauf les cas de ramollissement circonscrit, la consistance du cerveau ressemble h celle de la pâte de guimauve (Martin-Solon). La capacité des cavités ventriculaires est diminuée ; elles ne renferment point de sérosité.

Une coupe pratiquée à travers la substance cérébrale

(d) Berlin. Min. Wochenschri[t, 1874, p. 122.

montre la pâleur de la substance grise, qu'il est difficile de distinguer de la substance blanche. Celte pâleur de la substance grise paraît tenir à l'anémie, qui est incontestablement la lésion la plus habituelle et la plus constante de l'encéphalopathie saturnine.

L'histologie jusqu'à présent ne nous a rien appris sur les lésions de l'encéphale dans l'empoisonnement saturnin. c( Quand on veut chercher à savoir, dit M. le professeur Renaut dans sa thèse d'agrégation, si le cerveau des saturnins présente des modifications histologiques en rapport avec l'intoxication plombique, on n'en peut trouver aucune, môme en employant les meilleures méthodes (1). »

La chimie nous apprend qu'il existe, chez les sujets atteints d'encéphalopathie saturnine, du plomb dans le cerveau ; cependant, lorsqu'on a eu soin d'enlever les méninges, d'essuyer la surface du cerveau et d'injecter de l'eau dans les artères, on ne trouve aucune trace de ce métal, comme dans le cas de M. Moutard-Martin (2).

Il nous reste à parler des lésions signalées par M. Devouges dans la paralysie générale saturnine. Ce sont surtout des adhérences qui unissent les hémisphères entre eux et avec les méninges; une sorte de matière glutineuse semble coller ensemble ces diverses parties. Dans d'autres cas, on a trouvé des adhérences de la base du cerveau à la dure-mère (3). On a constaté aussi des fausses membranes de la dure-mère et du ramollissement cérébral.

Ces lésions sont-ehes suffisantes pour constituer un type

(I) Renaut, tlièse d'agrégation, Paris 1875. De l'intoxication saturnine chronique, p. o5.

'"'(2) Renaut, thèse citée, p. 56.

(1) Sesselinann, Bc l'encéphalopathie chronique iTorigine saturnine (lliosc de Nancy, 1879, p. 54).

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spécial et pour nous autoriser à admettre l'existence d'une paralysie générale d'origine saturnine? Evidemment non; car, nous le savons aujourd'hui, les adhérences du cerveau aux méninges sont loin d'offrir l'importance qu'on leur attribuait autrefois. On les rencontre non seulement dans la paralysie générale, mais aussi dans le délire aigu et dans d'autres affections de l'encéphale. Il n'est donc nullement étonnant que l'action du plomb puisse quelquefois aussi les produire.

Il existe donc des lésions anatomiques très nettement caractérisées dans beaucoup de cas de délire saturnin ; mais la dénomination qui leur convient le mieux est celle de méningite^ et, dans l'état actuel de la science, on ne saurait aller plus loin.

Quant à l'action du plomb sur les centres nerveux, elle a donné naissance à plusieurs hypothèses qu'il me paraît suffisant de vous indiquer d'une manière très succincte. -

Hermann admet que, de même que la colique saturnine, l'encéphalopathie est produite par l'irritation que détermine le plomb dans la substance cérébrale. Il y aurait une sorte d'intolérance des éléments de l'encéphale pour ce corps toxique: mais c'est là une pure hypothèse ; et puisque l'auteur admet la présence du poison dans la masse du sang, il devrait nous expliquer pourquoi, dans certains cas, le métal, circulant dans les artères du cerveau, détermine les symptômes de l'encéphalopathie, tandis que, dans d'autres cas, l'organe demeure indifférent en présence des mômes excitations et ne réagit point.

Rosenstein croit devoir rapporter les troubles encéphalopathiques à l'anémie, qui résulte de la contracture des petits vaisseaux.

Eniin, M. Danjoy paraît avoir prouvé que l'urémie est

quelquefois responsable des accidents observés. On sait, en elFet, que le rein des saturnins est souvent atteint de néphrite interstitielle atrophique.

Pour résumer l'ensemble de nos connaissances sur ce point, nous dirons que l'encéphalopathie saturnine nous est mieux connue par ses symptômes que par ses lésions, et que la physiologie pathologique de cette affection échappe jusqu'ici complètement à toutes les recherches.

Le pronostic de la folie saturnine est extrêmement grave : d'abord parce que la mort peut survenir brusquement dans toutes les formes de la maladie, et surtout dans la forme convulsive ; ensuite parce que les récidives sont extrêmement faciles et fréquentes, et enfin parce que certaines formes de la maladie marchent rapidement vers la démence. Il n'en est pas moins vrai qu'on peut espérer la guérison dans la plupart des cas, et que, dans la forme délirante, la guérison est la règle. Au reste, le rétablissement du malade est en quelque sorteune question de degré. Quand l'empoisonnement est léger, les accidents se dissipent avec facilité ; quand il est intense, la guérison est plus difficile. La gravité du pronostic est donc en raison directe de la profondeur de l'imprégnation.

La pseudo-paralysie générale saturnine est incontestablement une forme plus grave que les autres variétés d'aliénation mentale qui peuvent succéder à l'empoisonnement par le plomb; elle semble coïncider, en effet, avec des lésions beaucoup plus accentuées des méninges et de la substance corticale.

L'épilepsie, ou, si l'on veut, l'éclampsie, est à coup sûr la plus fâcheuse de toutes les manifestations de l'encéphalopathie saturnine, soit qu'elle se présente isolément,

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