PRÉFACE
Ce livre est le résumé des leçons que j'ai professées, en 1875 et 1876, à la Faculté de médecine de Paris. Il est destiné à présenter aux élèves, sous une forme élémentaire, les notions de pathologie mentale les plus indispensables à la pratique de la médecine.
Notre époque semble offrir, à cet égard, une singulière contradiction. Jamais, peut-être, la psychiatrie n'avait été représentée par un aussi grand nombre d'hommes éminents ; jamais, peut-être, l'esprit du siècle et les tendances du mouvement scientifique n'avaient été aussi favorables à ce genre de travaux ; et jamais le public médical n'avait paru, dans son en-
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semble, aussi complètement étranger à cette branche de nos connaissances. 11 est vraiment pénible de constater combien nos élèves, combien les médecins eux-mêmes sont restés indifférents aux progrès de la pathologie mentale, et combien leur éducation demeure incomplète sous ce rapport. On dirait que, loin de suivre à cet égard deux lignes parallèles, les aliénistes et les praticiens se sont engagés dans deux voies diamétralement opposées : tandis que les uns s'enfoncent de plus en plus dans leurs études de prédilection, les autres en détournent absolument leurs regards, et paraissent abandonner le terrain sans ré- - serve aux spécialistes.
11 est cependant peu de questions qui se présentent pbis souvent, et sous une forme plus menaçante, aux hommes qui cultivent notre art. A chaque instant, un diagnostic à établir, un pronostic à formuler, un rapport à rédiger, viennent mettre le médecin en face de ces problèmes redoutables qui touchent de si près à l'honneur et au repos des familles, et aux intérêts les plus immédiats de la société. Est-il toujours possible, en pareil cas, d'cxciper de scn incom-
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pétence? et croit-on qu'un aveu d'ignorance soit toujours accepté comme une excuse valable?
11 ne s'agit donc pas ici de remplacer, par un enseignement didactique, ces connaissances pratiques qui ne peuvent s'acquérir que par une longue fréquentation des malades, ni de créer d'emblée des aiiénistes de profession : il s'agit de fournir aux jeunes médecins une vue d'ensemble du sujet, et de leur permettre d'éviter des erreurs d'autant plus déplorables, qu'elles entraînent souvent des conséquences de la plus haute gravité ; il s'agit enfin de faciliter les premiers pas dans la carrière, à ceux qui, par les tendances spontanées de leur esprit, se sentent naturellement portés vers les études de cet ordre. Tel est le but de cet ouvrage.
Qu'il me soit permis de saisir cette occasion pour exprimer toute ma reconnaissance à MM. les professeurs Lasègue et Béhier, et à mon excellent maître M. Moreau (de Tours), ainsi qu'à MM. Baillarger, Lunier, Alf. Maury, J. Faire t et Mesnet, qui ont bien voulu m'accorder leur bienveillance et m'aider de leurs conseils.
X l^HÉFACE.
J'ai largement profité des travaux si remarquables qui ont enrichi la psychiatrie en France.
Quant aux emprunts que j'ai faits aux auteurs étrangers, ils sont trop nombreux pour que je songe à en dresser ici la liste.