‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 210 sur 278 · DIAGNOSTIC · texte numérisé non relu

DIAGNOSTIC

les plus légitimes et lui faire admettre la possibilité d'une paralysie générale. Il se présente sous deux formes principales: d'abord, la manie ou l'excitation maniaque avec idées de grandeur; ensuite, le délire simple sans excitation maniaque. C'est la mégalomanie de M. Foville.

Occupons-nous d'abord du premier cas. Les éléments du diagnostic seront fournis d'abord par les antécédents du malade. En effet, la manie ambitieuse offre un début brusque, imprévu, violent et sans prodromes. La paralysie générale, au contraire, nous offre, au début, des alternatives de dépression et d'excitation; des phénomènes congestifs, des poussées vers la tête, des vertiges suivis quelquefois de perte de connaissance. Enfin l'on constate souvent un affaiblissement intellectuel évident caractérisé par des propos incohérents, par des actes bizarres et quelquefois coupables, et, ce qui est encore plus important, par une maladresse physique et morale. Nous avons en second lieu les caractères bien connus du délire paralytique. Nous les avons décrits avec soin, aussi nous dispenserons-nous d'y revenir.

Enfin, en troisième lieu, il faut tenir compte de l'évolution de la maladie. Il ne faut point, dans les cas douteux, se prononcer d'emblée; il faut réserver son jugement et revenir sur ses premières impressions. La marche de la manie et de l'excitation maniaque est, en effet, tellement différente de celle qu'affecte la paralysie générale, que tel cas, difficile en apparence au début, sera d'une simplicité absolue quelques mois plus tard.

La mégalomanie est essentiellement caractérisée par un délire logique, régulier, bien enchaîné. Le malade raconte un roman parfaitement bien rédigé. Ses explications ont une certaine vraisemblance dans leur absurdité, et la tenue

du sujet répond au rôle qu'il s'est attribué. Il est fier, dédaigneux, susceptible ; il ressent très vivement les injures, et surtout il fait preuve d'un fort méchant caractère, différent en cela du paralytique général, dont la bonté et la bienveillance un peu niaise sont un des traits les plus caractéristiques.

Les mégalomanes sont souvent remarquables par une excellente conservation de la mémoire. Cette faculté, nous le savons déjà, s'affaiblit rapidement chez les paralytiques. Mais un point plus important encore, c'est l'existence d'hallucinations de l'ouïe chez les fous ambitieux, qui, très souvent, sont aussi des persécutés. Or, les hallucinations sont peu communes chez les paralytiques et ne se manifestent que dans certaines conditions tout à fait particulières.

Notons enfin que l'évolution de la maladie est absolument différente dans les deux cas.

Pendant de longues années, le mégalomane reste identique à lui-même, sans dévier un instant de la ligne qu'il s'est tracée. Le paralytique est, au contraire, un mur qui s'écroule et chaque jour voit tomber quelques pierres de l'édifice.

La manie simple, sans idées de grandeur, me paraît facile à distinguer de la paralysie générale; cependant, il est une forme de la maladie dans laquelle l'agitation maniaque qui marque les débuts, persiste fort longtemps, sans changer de type, puis cède le pas à l'affaiblissement intellectuel, qui verse lui-même dans la démence paralytique, avec l'embarras de la parole, le tremblement et les autres signes caractéristiques de la maladie. Ce sont les cas de ce genre qui ont fait dire à Esquirol que la paralysie était surajoutée à la vésanie.

Ces faits sont incontestablement les plus difficiles à

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