‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 30 sur 278 · DES ILLUSIONS ET DES IIALLUCINATIONS · texte numérisé non relu

DES ILLUSIONS ET DES IIALLUCINATIONS

enfin, c'est aux altérations de la sensibilité que se rapportent les illusions et les hallucinations, dont nous allons nous occuper aujourd'hui.

Il y a vingt-cinq siècles que l'un des plus grands philosophes qui aient jamais existé descendait des marches du trône, 011 sa naissance semblait l'appeler, pour se plonger dans les austérités d'une vie ascétique, au sein des forêts. Entouré bientôt de nombreux disciples, il devint le fondateur d'une religion dont les adeptes se comptent aujourd'hui par centaines de millions, et dont le principe fondamental est que nos sens sont absolument trompeurs, que le vide existe autour de nous et que l'univers tout entier n'est qu'une gigantesque hallucination.

Cette doctrine, reprise et transformée par certains philosophes modernes, semblerait presque trouver sa justification et son point de départ dans les phénomènes si remarquables qui doivent aujourd'hui occuper notre attention. Il existe, en effet, pour un grand nombre de nos malades, un monde purement imaginaire, dont les apparences ne répondent en rien à la réalité extérieure et dans lequel le drame si compliqué qui semble se passer en dehors n'existe que dans les étroites limites d'un cerveau malade.

Et pourtant, pour les véritables hallucinés, ces perceptions fictives sont aussi poignantes que les réalités les plus palpables, et, lorsqu'on s'efforce de combattre leurs convictions, ils nous répondent avec une logique inflexible : « Monsieur, s'il faut douter de tout, je dois douter que je vous vois, que je vous entends, que je vous touche ; car si le témoignage de mes sens peut me tromper une première fois, il peut aussi me tromper une seconde. » Il est impossible de répondre à ce raisonnement. Mais ce n'est pas par

des syllogismes qu'on peut créer la médecine ; c'est à la clinique, c'est à l'observation des faits qu'il faut s'adresser lorsqu'on veut appuyer l'édifice sur un terrain solide.

Nous allons donc pénétrer ensemble dans ce monde imaginaire. Nous allons étudier d'abord le phénomène dans l'ensemble de ses manifestations, nous en discuterons les causes et nous tenterons discrètement d'en expliquer le mécanisme, autant du moins que la chose est possible dans l'état actuel de nos connaissances en matière de physiologie cérébrale.

Si le mot à' hallucination existe depuis les origines de la psychiatrie, c'est seulement depuis l'époque contemporaine qu'il a acquis le sens nettement défini qu'il présente depuis Esquirol. Jusqu'alors les médecins, aussi bien que les gens du monde, confondaient l'hallucination avec les conceptions délirantes et les autres manifestations intellectuelles de la folie ; et, encore aujourd'hui, le public croit volontiers que ces deux expressions, un halluciné et un fou, sont absolument synonymes. Esquirol, le premier, donne une définition précise du phénomène. « Un homme, dit-il, qui a la conviction intime d'une sensation actuellement perçue, alors que nul objet extérieur propre à exciter cette sensation n'est à portée de ses sens, est dans un état d'hallucination. C'est un \isionnaire (1). » On peut abréger cette définition en disant que l'hallucination est une perception sans objet. Nous savons bien à quelles critiques cette définition est exposée. Nous croyons cependant que, si l'on veut bien écarter les susceptibilités de la scolastique, elle répond très exactement à la vérité.

Une illusion, au contraire, est une perception réelle,

(1) Esquirol, Maladiex menfnles, i. 1", p. 80. Paris, 1838.

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