‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 36 sur 278 · HALLUCINATIONS DU TOUCHER · texte numérisé non relu

HALLUCINATIONS DU TOUCHER

pasélé dupe un seul instant de cette erreur des sens {i). Hallucinations du toucher. — Les hallucinations du toucher sont extrêmement variables, et rien n'est plus malaisé que de les ranger dans une classification méthodique. On peut cependant les diviser en deux grandes classes : les unes se rapportent à des hyperesthésies ou des perversions du sens tactile, les autres à des anesthésies plus ou moins complètes.

Il est des aliénés qui se sentent frappés par des mains invisibles : ils sont pinces, brûlés, électrisés ; ils reçoivent des douches froides, ils se sentent plongés dans l'eau, ils craignent de se noyer. — D'autres sentent courir des rats ou d'autres animaux sur diverses parties du corps. Berbiguier, qui a consacré trois gros volumes à l'histoire de ses hallucinations, donnait la chasse aux farfadets pendant la nuit ; il les attrapait avec beaucoup d'adresse, et les clouait au mur avec des épingles. — Enfin, il n'est pas rare de voir des femmes se plaindre qu'on vient leur sucer le sein pendant la nuit.

Une autre hallucination très commune, soit parmi les aliénés, soit parmi les gens d'esprit sain, consiste à se sentir frappé sur l'épaule, ou brusquement saisi par une main invisible : lorsque cette main est glacée, cette sensation éveille volontiers l'idée d'une apparition d'outre-tombe.

Les hallucinations qui se rattachent aune anesthésie générale ou partielle sont d'une tout autre nature et semblent se rattacher à une abolition ou à une perversion plus ou moins complète du sentiment de l'identité. Telle était cette malade, dont parle Esquirol, qui, frappée d'une anesthésie presque complète de la surface de la peau, croyait

(1) Andral, Pathologie inlerne, t. Ill, p. 184.

que le diable avait emporté son corps (1). Tel était ce soldat blessé à Austerlitz, et qui depuis cette époque s'était toujours considéré comme mort; lorsqu'on lui demandait des nouvelles de sa santé, il répondait invariablement : «Vous demandez comment va le père Lambert; mais le père Lambert n'existe plus : il a été emporté par un boulet de canon... Ce que vous voyez là n'est pas lui ; c'est une machine qu'ils ont faite à sa ressemblance, et qui est bien mal faite (2). » — Cet homme offrait une anesthésie complète de la surface cutanée.

C'est peut-être à des troubles sensoriels de cette espèce qu'il faut rattacher le délire des individus qui s'imaginent être transformés en théière, en porcelaine ou en soupière ; qui prétendent que leur corps est en verre, et qu'il ne faut point y toucher, de crainte de le briser, ou qu'ils sont faits de beurre ou de cire, et que s'ils approchaient du feu, ils risqueraient d'être fondus. Ces conceptions délirantes se rattachent peut-être à une hallucination du toucher, ou à une anesthésie plus ou moins généralisée.

Ballucinations du sens génital. — Depuis les impressions les plus vagues jusqu'aux sensations du coït complet, les organes génitaux peuvent être le siège d'une irritation morbide qui rappelle, de près ou de loin, les phénomènes de l'excitation physiologique. Ces hallucinations se montrent surtout dans le sexe féminin ; il faut leur attribuer les récits des sorcières qui croyaient se rendre au sabbat pour avoir commerce avec le diable ; il faut leur attribuer les légendes oîj figurent des démons incubes ou succubes: il faut y rapporter, enfin, les plaintes des aliénées qui prétendent

(1) Op. cit., p. 494.

(2) Foville, art. Aliénation, Dict. de méd. et de chir. pratiques., Paris, 1829.

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