TEMPÉRATURE
Chez les malades de cette espèce on constate longtemps avant la terminaison fatale des phénomènes de collapsusqui ne sont indiqués que par des abaissements de la température, qui peut descendre à 30, 28, 25 degrés. On cite même un cas dans lequel le thermomètre serait tombé au chiffre de 23 degrés centigrades, quelque temps avant la mort.
Ce qui paraît se dégager de l'étude de ces observations, c'est qu'un abaissement notable de température peut précéder d'un temps assez long la crise finale qui doit se terminer d'une façon défavorable.
Cependant, on voit quelquefois la température monter on la voit surtout se développer chez les individus frappés d'une constipation opiniâtre, chez ceux dont la sécrétion urinaire est ralentie. On voit, enfin, celte élévation se manifester chez les individus qui ont subi une excitation physique ou morale, et, dans ce cas, le thermomètre a pu s'élever jusqu'à 40 degrés.
Si l'état de la température centrale fournit des renseignements intéressants, le fait est encore plus frappant lorsqu'il s'agit de températures locales. Sous ce rapport des recherches plus complètes et plus précises ont été faites dans ces temps derniers. On sait actuellement qu'il existe dans beaucoup de formes d'aliénation mentale des différences très notables de température entre les parties supérieures et les parties inférieures du corps, entre l'une et l'autre moitié. On constate souvent, chez les maniaques, chez les agités, des différences qui peuvent aller à 1 degré et au delà. Ces modifications sont habituellement en rapport avec un trouble de température locale en sens inverse du côté de l'encéphale. C'est le système des impressions croisées. Une excitation faradique, portée sur un côté de l'encéphale, développe une augmentation de température
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du côté opposé du corps. Au contraire, une excitation légère et longtemps prolongée amène un abaissement de température du côté opposé.
Peut-être trouverons-nous dans les faits de ce genre l'explication de ces modifications de température qui se présentent chez les fous.
Après vous avoir parlé des phénomènes de nutrition, je voudrais vous dire quelques mots de la pathologie des aliénés. On a répété avec raison que ces malades sont placés en quelque sorte en dehors de la loi commune. On les voit résister d'une manière incroyable au froid et à la faim ; ils peuvent s'agiter indéfiniment, se priver de sommeil lorsqu'ils sont jeunes, sans que leur résistance organique diminue. On les voit subir facilement les opérations les plus graves; les blessures les plus profondes se cicatrisent chez eux avec facilité. Mais, comme l'a fait remarquer Esquirol, ces faits sont rares, ils sont exceptionnels; quelques individuf^ontpu frapper, par une résistance extraordinaire, l'imagination des observateurs, mais la plupart sont des hommes comme les autres ; le froid conserve sur eux toute son influence, ilsse fatiguent parle mouvement et ils subissent physiquement toutes les conséquences des mauvais traitements.
Puisque la pathologie ne perd pas chez eux son empire, quelle est la mortalité des aliénés ? Quelles sont les causes diverses auxquelles ils peuvent succomber? Leur mortalité, prise dans l'ensemble, est assurément plus grande que chez les individus ordinaires, et les compagnies d'assurances sur la vie le savent bien ; c'est là, pour elles, une cause d'exclusion absolue. Il est incontestable que les fous vivent moins longtemps que les hommes sains d'esprit, et cela en dehors de toute tentative de suicide.
MORTALITÉ. l9S
Mais il faut à certains égards établir des catégories. Si l'on en croyait certains auteurs, la différence serait formidable, et si vous consultez d'autres statistiques, les résultats sont complètement opposés. C'est que l'on a voulu réunir des choses qui ne se ressemblent en rien. Il faut d'abord éliminer les paralytiques généraux ; en effet, ce sont des sujets atteints d'une maladie organique de l'encéphale qui aboutit presque fatalement à la mort dans un temps déterminé. Il faut également éliminer les déments atteints d'une altération de l'encéphale, le ramollissement par exemple. On comprend que dans de telles conditions les murs lézardés peuvent céder au moindre choc, et entraîner l'effondrement de l'édifice.
Après avoir écarté tous les individus atteints d'une affection matérielle, il nous reste les véritables vésaniques, et ces derniers ont des chances de vivre presque égales à celles des autres hommes, lorsque le suicide n'intervient pas.
Il est enfin une distinction très importante à établir. La mortalité est plus grande dans la période active de la folie ; elle diminue dans la période d'état.
Mais si les aliénés meurent par l'effet de leurs maladies, quelles sont les causes occasionnelles de la mort? Ils peuvent succomber à tonte espèce de maladie intercurrente. Il semble naturel desupposer qu'ils doivent mourir surtout par le cerveau; cependant ce n'est point par là qu'ils périssent le plus souvent; on voit beaucoup de ces sujets succomber à des trouble strophiques, lorsque des phénomènes de gangrène partielle viennent les atteindre ; mais il est un appareil qui a surtout le privilège de causer plus spécialement la mort chez les aliénés, c'est l'appareil de la respiration.
L'une des causes les plus fréquentes de la mort, c'est la
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pneumonie à forme congestive. A côté de la pneumonie il faut citer la gangrène pulmonaire, dont M. Foville a signalé la grande fréquence chez les aliénés.
Enfin, la phthisie pulmonaire vient souvent terminer la scène, comme elle le fait si volontiers dans toutes les maladies des centres nerveux.
Messieurs, dans cette description générale, j'ai forcément laissé de nombreuses lacunes ; je tenterai de les combler lorsque plus tard nous étudierons en détail les principales formes des maladies mentales.