PRODROMES DE LA MANIE. 27'J
absolument étrangers à ses habitudes. Il se permet des excès de tout genre, il s'abandonne à des dépenses exagérées, il semble avoir perdu le sens moral. C'est le point de départ de l'excitation qui doit conduire à un délire mieux accentué.
Des troubles d'ordre physique viennent compléter ce tableau. Il y a quelquefois de la céphalalgie chez ces malades, et ce phénomène, sans être aussi fréquent qu'on l'a prétendu, se rencontre assez souvent pour mériter d'être signalé.
La dyspnée qui se montre au début chez certains maniaques, peut quelquefois offrir une assez grande intensité*
Mais un fait capital, qui domine plus encore dans la manie que dans les autres formes de l'aliénation mentale, et qui semble une conséquence naturelle de l'agitation dans laquelle les malades sont plongés, c'est l'insomnie.
A ces accidents purement physiques, il faut joindre une vague impression de terreur qui pèse souvent sur l'aliéné et dont il ne parvient pas à se délivrer.
Souvent le malaise du début s'accompagtie de troubles digestifs, d'un état saburral de la langue; et même, ainsi que l'observe Esquirol, on constate parfois un véritable mouvement fébrile.
Enfin , le délire éclate, et lorsqu'une fois il s'est manifesté, le sujet ne s'appartient plus. Une fois entré en pleine manie, il présente une exaltation générale de toutes les facultés ; l'intelligence, l'imagination, la mémoire, les forces musculaires, les fonctions digestives, tout semble participer à l'état révolutionnaire dans lequel sont plongés les centres nerveux.
Rien ne peut donner une idte de l'excitation que subissent toutes les facultés chez les maniaques. C'est un déluge d'idées, un torrent d'images et de souvenirs, qui envahissent le champ de la pensée; et c'est surtout ici que nous
voyons se produire, au degré le plus élevé, ce phénomène dont Esquirol a fait le signe caractéristique de la folie : je veux parler du défaut d'attention. Le malade est incapable, en effet, de fixer son esprit sur un objet quelconque, même pendant un court instant. C'est que la rapidité avec laquelle se succèdent les idées est l'un des caractères principaux de l'agitation maniaque; elle peut être prise chez beaucoup de sujets pour de l'incohérence, et cependant ce serait une erreur de croire ces malades privés de la faculté du raisonnement et de supposer que tout syllogisme est exclu de leur esprit. La vérité, c'est que, chez le maniaque, les idées s'attirent suivant les lois normales de l'association des idées; mais l'esprit fait des sauts, des bonds; il franchit plusieurs chaînons de la série; Voilà pourquoi le malade paraît incohérent. Comme le disait Falret, les maniaques font des ellipses ; ils ressemblent en cela à certains écrivains, à certains orateurs, chez qui le travail de la pensée est plus prompt que sa manifestation extérieure; ils deviennent obscurs et difficiles à comprendre ; et c'est un phénomène du même genre qui se produit chez nos malades, en tenant compte, bien entendu, de l'intervalle immense qui sépare l'état normal d'une perturbation aussi profonde.
Cependant, chez quelques maniaques, on rencontre véritablement de l'incohérence; les idées ne se suivent plus et la logique a complètement perdu ses droits; le malade est alors dans un état cérébral grave qui présente une signification pronostique très fâcheuse. En effet, de deux choses l'une : ou bien c'est une maladie qui finit, ou bien c'est une maladie qui commence; tantôt c'est un maniaque qui verse dans la démence, tantôt c'est une paralysie générale qui débute avec les symptômes de l'exaltation maniaque.
En général, si l'on interroge avec soin un maniaque en