CAUSÉS DU DÉLIRE AIGU
Parmi les causes pouvant alors déterminer l'apparition du délire aigu, nous citerons en première ligne l'hérédité, dont l'influence est incontestable. Viennent ensuite les lésions physiques, dont on reconnaît souvent l'existence en recherchant les antécédents du sujet. On apprend par exemple que le malade a reçu un coup sur la tête, qu'il a subi une insolation, qu'il a été atteint d'une fièvre typhoïde ou d'une autre affection dont les empreintes se retrouvent dans son organisme cérébral. Chez presque tous ces sujets, quelques lambeaux de l'intelligence ont été arrachés par une affection antérieure. Une autre cause, des plus fréquentes, c'est la misère, l'inanition, la privation des choses nécessaires à la vie ; c'est la lutte pour l'existence soutenue dans de mauvaises conditions. On peut alors trouver des traces d'un affaiblissement général qui porte sur l'encéphale comme sur les autres parties de Téconomie.
Chez d'autres enfin, il s'agit de causes morales, de chagrins prolongés. L'influence des excès de toute sorte est incontestable. Dans cet ordre d'idées, on peut citer les excès alcooliques, les excès vénériens et surtout les excès de travail intellectuel. On a vu des jeunes gens frappés de délire aigu en préparant un concours ou un examen difficile. Je vous signalerai de même les accouchements répétés, pénibles, et revenant à des intervalles trop rapprochés ; les femmes peuvent alors tomber dans une faiblesse qui devient parfois la cause de l'état qui nous occupe. C'est une des raison pour lesquelles tous les auteurs signalent la plus grande fréquence du délire aigu dans le sexe féminin.
C'est dans ces conditions, c'est surtout chez des sujets déjà préparés, déjà prédisposés, déjà invalides de corps et d'esprit, que les premiers symptômes de la maladie se manifestent. Vous lirez dans tous les auteurs que le délire
aigu peut éclater d'une façon soudaine ; cela est vrai en apparence; mais toutes les fois qu'on peut obtenir des renseignements du malade ou le surprendre dans la période préparatoire, on constate l'existence de certains prodromes. Quoi qu'il en soit, admettons que le délire aigu puisse éclater d'une manière subite : il n'en est pas moins vrai que dans la grande majorité des cas il existe une période d'invasion.
Tout d'abord le champ de l'intelligence est envahi par une sorte de brouillard, de tristesse, d'inquiétude; les malades se plaignent surtout d'une grande difficulté de penser ; le travail intellectuel est pour eux beaucoup plus pénible qu'il ne l'a jamais été.
A ces phénomènes vient se joindre une céphalalgie très vive ; il semble aux malades que leur tête va éclater ; ils croient avoir des bouillonnements dans le crâne. Ils ressentent des battements artériels violents et quelquefois sont pris de vertiges.
Il est des sujets qui renchérissent en quelque sorte sur ces symptômes ; ils éprouvent des troubles visuels, de l'amblyopie, ils ont enfin de la surdité.
Au milieu de ce désordre physique et moral, on voit se manifester de tristes pressentiments. Deux malades observés par Krafft-Ebing avaient eux-mêmes prévu qu'ils allaient succomber à des maladies cérébrales graves.
En même temps, on voit apparaître les premiers indices du délire proprement dit. Conservant un certain degré de connaissance et se rendant compte de son état, le malade s'observe, il diminue, il cache son délire, comme le font tant d'autres fous. Il cherche la solitude, il parle tout seul, à voix basse ; c'est l'éternel monologue de l'aliénation mentale qui commence. Il caresse déjà des concep-