‹ Leçons sur les maladies mentales (volume 4)Chapitre 97 sur 278 · LÉSIONS ANATOMIQUES DU DÉLIRE AIGU · texte numérisé non relu

LÉSIONS ANATOMIQUES DU DÉLIRE AIGU

à des paralysies générales méconnues. Le hasard nous a permis de réunir dans ces derniers temps, à la clinique, trois autopsies de délire aigu, et dans ces trois cas il existait des adhérences des plus manifestes. Nous ne voulons point toutefois trancher ici la question, qui mérite un examen plus approfondi.

Le plus souvent, après l'ablation de la pie-mère, la substance grise des circonvolutions présente à sa surface un fin piqueté vasculaire, qui se montre d'abord à la partie moyenne de la substance grise, gagne ensuite la couche profonde, et s'étend en dernier lieu jusqu'à la couche externe. D'après M, Briand, les couches externes et moyennes sont souvent atteintes seules, ce qui prouverait que l'injection de la substance grise n'est point due primitivement à l'irritation méningitique.

Une altération fréquente de la substance grise est la teinte hortensia, signalée par M. Calmeil. Ce changement de coloration coïncide avec une stagnation manifeste des globules rouges dans les capillaires. Elle serait due, d'api'ès Pauly, à la transsudation des matières colorantes du sang.

Les noyaux de subtance grise centrale s'injectent en même temps que la substance corticale.

Les circonvolutions cérébrales offrent un état œdémateux, accompagné d'une production plus abondante du liquide céphalo-rachidien.

Gomme la substance grise, la substance blanche présente par places une coloration rougeâtre.

Jehn a trouvé le long des vaisseaux des granulations pigmentaires et des noyaux ronds, granuleux, plus petits que les globules sanguins. Il signale dans la névroglie une augmentation de noyaux. Les cellules ganglionnaires ont perdu leur forme arrondie; certaines d'entre elles subissent

la dégénérescence graisseuse, et des vides marquent la place de celles qui ont complètement disparu.

La moelle et ses enveloppes subissent assez souvent un processus pathologique identique. Dans un cas cité par Jehn, les cordons postérieurs présentaient au microscope une lésion particulière. L'examen des tubes nerveux dans le sens longitudinal les montrait inégalement épaissis et ne laissant point échapper de mj^éhne.

Parmi les lésions signalées sur d'autres points du corps, nous indiquerons surtout la rougeur en coup de pinceau observée au-dessus des valvules sigmoïdes, au niveau delà courbure de l'aorte, par MM. Magnan et Briand. Enfin, M. Briand a trouvé des bactéries dans l'urine et des microbes dans le sang. Ces dernières altérations se rapportent évidemment à l'état typhoïde qui prédomine dans certains cas de délire aigu ; mais ce serait une singulière exagération que d'en faire la lésion caractéristique de cette maladie.

En présence de cet ensemble de lésions anatomiques, il paraît difficile de nier l'existence des lésions matérielles dans le délire aigu. Il est des cas où elles sont peu prononcées; mais, lors même qu'elles auraient complètement disparu chez certains malades, nous nous trouverions placés dans les mêmes conditions que pour beaucoup de maladies dont la nature organique n'est mise en doute par personne et dont les altérations peuvent souvent disparaître après la mort. Ce qui est incontestable, c'est que chez les malades atteints de délire aigu on trouve un ensemble de lésions constituées par la stase veineuse, la gêne de la circulation dans les vaisseaux lymphatiques et un œdème de la substance grise des centres nerveux. Reste à savoir si les lésions que l'on observe à l'autopsie sont la cause ou simplement la

Page 1