RESPIRATION, TEMPÉRATURE
constitué par une foule de petites respirations juxtaposées, qui remplacent le mouvement ample et régulier de la poitrine à l'état normal.
Marco signale également le défaut de proportion entre le nombre des inspirations et celui des battements cardiaques. Ce rapport, vous le savez, est de 1 à 4 dans l'état normal ; ehezles mélancoliques, il descend bien plus bas, et l'on voit souvent une seule respiration correspondre à cinq ou six pulsations. Aussi, bien que le nombre des respirations ne soit pas toujours diminué d'une manière absolue, les mouvements respiratoires ne sont plus en rapport avec les besoins de la circulation, et par conséquent de l'hématose.
A ces faits se rattache l'abaissement de la température. Peu considérable pour les parties centrales, il est plus nettement accentué à la périphérie du corps, où le chiffre peut descendre à 3 ou 4 degrés au-dessous de la normale. D'après Marcé, l'imperfection de l'hématose et les troubles de la respiration suffisent pour expliquer ce refroidissement. Je ne saurais accepter cette manière de voir; mais, pour la combattre, je me vois obligé de faire une courte excursion dans le domaine de la physiologie.
Depuis les travaux de Claude Bernard, nous savons que la chaleur animale ne dépend nullement des combustions pulmonaires : c'est une fonction de plus haute dignité, qui règne dans toutes les parties de l'organisme et qui préside aux actes les plus intimes de la chimie des êtres vivants. Si donc on abaisse la température d'un animal à sang chaud, on détermine par là une affection bien autrement grave que ne le serait un simple amoindrissement des actes respiratoires. Il s'agit certainement, chez nos malades, d'un trouble profond des fonctions intimes de l'économie.
D'un autre côté, il est, chez les mélancoliques, un phénomène de la plus haute importance et qui domine la question tout entière : c'est la diminution évidente du calibre des artères. Le pouls, chez ces malades, est petit, serre, souvent accéléré; la radiale est peu saillante, peu volumineuse, et à côté de cette contraction des vaisseaux prin- \ cipaux, il existe une sténose des capillaires qui dimmue la turgescence vitale de l'individu. On peut donc admettre, chez les mélancoliques, une sorte de crampe des vaso-moteurs, qui constitue un des éléments les plus remarquables de leur état morbide. Or, si nous voyons directement dans les parties périphériques ce trouble circulatoire, il est logique d'en déduire que la circulation cérébrale se trouve dans des conditions analogues et que l'état mental en subu
l'influence. .
Mais dira-t-on, la description qui précède convient surtout à l'état de stupeur, ettous les mélancoliques sont loin d'offrir le même aspect ; certains d'entre eux peuvent rnême offrir une excitation plus ou moins évidente. Cette objection, dont nous reconnaissons la justesse, pourrait s appliquer à toutes les descriptions générales en pathologie, el c'est à l'étude des détails qu'il appartient de corriger ce que les vues synthétiques peuvent offrir de trop absolu. D ail- ■ leurs, la stupeur n'est que le degré le plus élevé de la me-lancolie, et tous les phénomènes qui en relèvent peuvent .
se rencontrer, à un degré moins élevé, dans les formes.
moins graves de cet état pathologique.
Nous avons longuement insisté sur le côté purement physique de la question, parce que nous qu'il faut, en pathologie mentale, accorder une pait p us Trge que jamais aux troubles matériels de l'économie.
lÎTAT PSYCHOLOGIQUE DES MÉLANCOLIQUES. 233
Nous allons maintenant en étudier le !côté psychologique.
Il existe dans la mélancolie deux grandes formes qui offrent les rapports les plus intimes et représentent en quelque sorte deux degrés différents d'une seule et môme affection : ce sont la mélancolie proprement dite, dont nous allons nous occuper immédiatement, et la stupeur, qui fera l'objet d'une leçon spéciale.
, Le fond psychologique de la maladie qui nous occupe est un état de tristesse profonde, sans motif apparent, sans cause légitime, et qui rend le malade de plus en plus étranger à tout ce qui l'entoure. Indifférent à ses meilleures affections, oubliant ses intérêts les plus importants, il s'abîme de plus en plus dans ses préoccupations malsaines et présente l'image d'un parfait égoïsme, mais d'un égoïsme malheureux. Ce n'est pas sans raison qu'on a comparé la lypémanie à un vertige de l'intelligence ; c'est en effet un malaise absolument intime et sans aucun rapport avec les faits extérieurs.
Mais tous les mélancoliques sont loin de se ressembler. On peut admettre trois grandes variétés dans cet état morbide. Il y a d'abord la mélancolie avec conscience, ensuite la mélancolie dépressive avec tendance à la stupeur; enfin la mélancolie anxieuse. Il faut y joindre la mélancolie perplexe, que Lasègue a étudiée dans un travail récent.
I. Méla7icolie avec conscience. — On dit généralement que « la folie est un mal qui s'ignore lui-même ». C'est là, sans doute, une profonde vérité, dans l'immense majorité des cas; mais cette règle générale comporte de nombreuses exceptions. Avec M. BaiUarger, nous citerons, comme exemples, la folie impulsive et la mélancolie avec conscience, qui va maintenant nous occuper.
■Les malades de cette première catégorie, n'offrant aucun
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délire proprement dit, Qe se rencontrent presque jamais dans les asiles, ni dans les maisons do santé particulières. Mais on les voit souvent dans le monde,et la pratique civile nous offre à cet égard de précieux avantages. Chez les uns, la mélancolie débute par un changement d'humeur, par une tristesse sans motifs ; c'est le dégoût de la vie, le tœdium vitcB, le spleoi. Chez les autres, le premier symptôme est une sorte d'indifférence générale. J'ai donné des soins à un diplomate étranger, homme fort intelligent, qui s'est adonné avec succès à l'étude des sciences. Il mène une vie très ac. tive et entretient une correspondance des plus assidues. Il a été frappé à plusieurs reprises de la forme de mélancolie dônt je viens de vous parler. Chez lui, le premier symptôme, celui qui annonce toujours l'apparition imminente de la crise, c'est qu'il néglige de décacheter ses lettres. On. peut alors prédire avec certitude qu'un nouvel accès va sq déclarer.
Dans ces conditions, et souvent à un degré fort peu avancé de la maladie, le mélancolique est porté vers le suicide, et il faut une surveillance des plus attentives pour le garantir de ses propres impulsions.
Je vais formuler un paradoxe, qui vous choquera peutêtre, mais qui renferme une vérité importante au point de vue clinique. La tendance au suicide est un phénomène très peu grave, au point de vue psychologique. C'est l'un des troubles qui envahissent le plus facilement les cerveaux faibles, et cela sans aucune intervention de l'aliénation mentale. Une contrariété passagère suffit pour l'évoquer, un vent favorable pour la dissiper. Il est donc absolument vrai que la paralysie des sphincters et la malpropreté sont des signes infiniment plus graves, au point de vue du pronostic mental, que l'impulsion au suicide. Cette tendance,
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malgré toute sa gravité au point do vue des conséquences immédiates, n'a pas en elle-môme une signification fâcheuse et peut aisément se dissiper.
- Ajoutons enfin que l'on rencontre quelquefois, à côté de ce symptôme, l'impulsion au meurtre; c'est là d'ailleurs un fait assez exceptionnel chez les mélancoliques.
Si, dans la folie avec conscience, le malade comprend son délire, il lui est absolument impossible de réagir contre les idées qui l'obsèdent ; et lorsqu'il devient capable d'un effort en ce sens, c'est qu'il est déjà sur la voie de la guérison. En effet, les idées qui le persécutent ne sont point absurdes par elles-mêmes; elles le deviennent par l'exagération de leur intensité. Tel malade, par exemple, éprouve une crainte insensée de la mort; il est persuadé qu'il va mourir, et cette conviction le pousse au suicide. Tel autre craint de voir mourir ses enfants.
Un troisième se croit ruiné ; rien ne peut lui ôter cette idée. Certains malades redoutent le sommeil; ils ne veulent point s'endormir, car ils craignent de ne jamais se réveiller. Certains autres sont atteints d'une paresse invincible qui fait leur désespoir et les met dans l'impossibilité absolue de s'occuper des affaires les plus urgentes. Enfin, une des terreurs les plus communes dans cet état, c'est la crainte de devenir fou. Un grand nombre de malades vont consulter un médecin parce qu'ils ont peur de perdre la raison; ils ont conscience d'un trouble étrange qui se passe dans les profondeurs de leur intelligence. Ces préoccupations, comme vous le voyez, restent toujours dans le domaine du possible et ne renferment en elles-mêmes aucune absurdité.
D'autres fois, c'est un souvenir tyrannique qui poursuit les malades et ne leur laisse aucun repos. Je pourrais vous
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en citer plusieurs exemples : je me contenterai d'en rapporter un seul.
J'ai connu une clame qui était tombée dans une mélancolie des plus prononcées pour avoir trompé son mari ; constamment préoccupée de ce triste souvenir, elle prenait un plaisir morbide à raconter tous les incidents de sa vie et tous les détails de sa faute. Peu à peu, les symptômes s'aggravèrent et la malade finit par tomber dans la stupeur.
Messieurs, je viens de vous exposer quelques-uns des caractères positifs de la mélancolie avec conscience : je vais m'aintenant vous en indiquer les caractères négatifs ; ils ne sont pas moins importants.
Et d'abord, les mélancoliques de cette espèce n'ont pas d'hallucinations, ce qui les dislingue fort nettement delà plupart des aliénés.
En second lieu, la maladie se manifeste sous forme à' accès, séparés quelquefois par de très longs intervalles de santé ; pendant de longues années, ces sujets peuvent rentrer dans la société et vivre de la vie ordinaire; mais l'épée reste toujours suspendue sur leurs têtes, et au moment où l'on s'y attend le moins, leur raison subit une éclipse nouvelle. . ,
Un dernier caractère, et ce n'est pas le moins intéressant, c'est l'état psychologique de ces malades après leur guérison. Ils n'ont aucune espèce de fausse honte, d'araoïirpropre mal placé; ils reconnaissent parfaitement qu'ils ont subi les atteintes d'une maladie qui, par elle-même, na rien de déshonorant. Ils en racontent tous les détails sans aucune répugnance. Il en est bien autrement chez les aliénés ordinaires; une fois guéris, ils rougissent de leur