TROUBLES SENSORIELS DE LA MANIE
ainsi dix ans à la Salpôtrière et pendant tout ce temps elle ne ressentit aucun inconvénient de ce genre de vie.
Si les maniaques sont insensibles au froid, ils le sont souvent aussi à la chaleur; ils se brûlent sans exprimer le moindre malaise. Quant aux coups, ils n'ont pas l'air de les sentir. Cette insensibilité presque absolue peut expliquer l'abus de la violence que l'on constate souvent chez eux. Un homme d'une vigueur moyenne briserait peut-être une table d'un coup de poing s'il n'était retenu par la crainte de la douleur ; les maniaques ne sont pas arrêtés par des considérations de ce genre ; c'est là peut-être le secret de leur force.
Un fait non moins remarquable, c'est leur répulsion pour toute espèce de vêtements ; ils déchirent constamment leurs habits et l'on voit plusieurs d'entre eux se promener dans un état de nudité complète. Il s^agit peut-être d'un malaise vague accompagné, chez quelques-uns d'entre eux, d'un certain degré d'hyperesthésie cutanée.
A côté de l'anesthésie nous trouvons en effet l'hyperesthésie. Chez certains maniaques, on constate une acuité extrême de la vue et de l'ouïe ; la lumière et le bruit sont pour eux des causes d'excitation manifestes, et voilà pourquoi l'obscurité et le silence sont au nombre des moyens thérapeutiques qui leur réussissent le mieux.
Il faut joindre à ces symptômes les névralgies très intenses qu'il n'est pas rare d'observer chez ces malades
Enfîn,il est des troubles divers qui offrent un caractère tout^particuher et doivent se lier à des perturbations céré-
Beaucoup de maniaques sont sujets à de la diplopie ; certains d entre eux présentent un phénomène plus typique et moins fréquent : c'est la perte du sens des dimensLs des
objets, qui leur paraissent tantôt plus grands, tantôt plus petits que nature. Chez d'autres, c'est une sorte d'erreur d'appréciation. Souvent, au cours d'un accès de manie, le malade prend une fenêtre pour une porte ; voilà pourquoi tant de fous furieux se jettent par la croisée, croyant sortir de leur appartement par le chemin le plus ordinaire.
Il existe un autre phénomène encore plus singuher que l'on rencontre quelquefois chez les maniaques : c'est le trouble visuel qui consiste à voir les objets renversés ; on dirait que l'opération cérébrale qui consiste à redresser les images qui vont se peindre sur la rétine, est suspendue chez ces malades. C'est là un phénomène étrange dont je ne chercherai pas à vous donner l'explication.
A côté de ces troubles de la sensibilité, il existe une surexcitation extraordinaire de la motilité ; je ne parle pas ici de ce besoin de mouvement qui peut passer pour un symptôme d'irritation cérébrale ; mais il est incontestable qu il y a chez eux une exagération manifeste de la force musculaire. On les enveloppe d'une camisole de force, ils la déchirent sur-le-champ, et l'on a vu des aliénés de cette es^ pèce se rompre les muscles ou plutôt s'arracher des msertions musculaires, dans la violence de leurs efforts. Il senab e exister surtout chez eux une absence totale du sentiment de la fatigue On voit des femmes délicates hurler, s agiter pendant des mois entiers, sans prendre un instant derepos^ Cependant il faut bien dire que l'excès de force que 1 on attribue aux maniaques n'est pas toujours aussi considerable au'on l'a prétendu.
E nuL, en France. Ludwig Meyer, Griesinger et plusieuTau s auteurs, en Allemagne, ont montré comb.n
Tét U facile ae se (aire ; développent toute la force qu'ils ont ; Us se croient capable»
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de tout briser et se jettent tête baissée contre les obstacles sans aucune hésitation. Mais plusieurs d'entre eux présentent un aflfaiblissement réel.
Les maniaques ont souvent la voix rauque, dès le début de leur affection ; il ne s'agit pas là des eflFets de la fatigue mais plutôt d'un trouble de l'innervation du larynx.
Parmi les phénomènes du même genre, il faut noter l'insomnie, signe évident de l'excitation cérébrale. On voit des sujets qui, pendant de longues périodes, ne paraissent pas avoir dormi une minute et qui cependant continuent leurs exercices sans désemparer un seul instant.
Terminons cette description par l'énuraération de quelques autres signes physiques qui caractérisent encore la manie. Au début de l'accès, le pouls est précipité, la figure devient vultueuse ; plus tard, le pouls redevient calme et la figure rentre dans les conditions normales. La respiration est de même plus fréquente pendant l'accès.
Mais ce sont surtout les troubles de la calorification qui sont faits pour nous surprendre. Ces malades, dont l'état extérieur se rapproche de la fièvre la plus intense, présentent une température normale et même cette température auraïuine certaine tendance à descendre un peu au-dessous du h m. physiologique. D'après Ludwig Meyer, l'abaissement serait d un demi-degré. Quelquefois, dans l'excitation te?' T'" "ne légère élévation de
re d 7^ ''^''^^''"^P'"^ ^^"^ pourrait P I a^^^^^^^^^^ P-q- toujours alors, il s'agit d'un début ae paialysie générale. Gomme vous le voyez c'est là un liment ,e diagnostics^ , nous';:; tt i e^^^^^
« poursuivre ces expériences d'une façon continué ^
Les sécrétions sont altérées ; elles offrent en général une ■ abondance et une fétidité remarquables. Les sueurs exhalent cette odeur de souris qui a été donnée comme la caractéristique générale de l'aliénation mentale, et qui n'est pas le résultat de la malpropreté, car elle existe même chez ceux qui reçoivent les soins les plus attentifs.
Au reste, les maniaques ont l'habitude de satisfaire immédiatement et sans aucun scrupule leurs besoins naturels, même pendant qu'on les interroge. C'est Ik un trouble moral, car, d'une manière habituelle, ils ne présentent aucune paralysie des sphincters; les matières ne s'écoulent pas contre leur volonté. n',-j„.
■La saliTe est très abondante et en même te^ps te .de, cheï certains malades, la sialorrhée marque le début de.
"'presque toujours, l'haleine est infecte, ce qui s'explique à la toi! par les troubles digestifs, par l'état de la bouche Pt nar celui des sécrétions.
Che. les femmes, on voit souvent la menstruation s supp'mer ; souvent aussi la santé revient volonUers quand le flux menstruel se rétablit.
Les digestions des maniaques sont rapides, et même U ont un appétit vorace qui les fait se précipiter sur les aliments et les engloutir à la manière des animaux. Ils sont en général constipés ; certains d entre eux p e^ w de la dyspepsie et même refusent les alunents, p'usionprt aUerjusqu'.. sitophobie, etl'on J a s'il faut attribuer cette horreur des " X™»'^; ' rexie au goût désagréable qu'ils ont dans la bouche, ades hallucinations ou à des idées da;™"'^^; ,„„
En général, au commencement, le» maniaques pr les attributs extérieurs d'une merveilleuse santé : la face.