ALCOOLISME LATENT
beaucoup plus intense ot plus rapide, et, comme toutes les autres conditions hygiéniques, quand elles sont favorables, agissent pour retarder et diminuer les eCTets du poison, il en résulte pour les riches une immunité relative par rapport aux pauvres.
Nous ajouterons que la prédisposition héréditaire et individuelle doit être prise en sérieuse considération. Le fils d'un alcoolique ou d'un aliéné est infiniment plus sensible aux effets psychologiques des boissons spiritueuses que tout autre individu; h plus forte raison, s'il est ou s'il a été luimême aliéné.
On comprend donc que les hommes robustes, nés d'une lignée parfaitement saine, vivant dans des conditions hygiéniques favorables, et se soutenant par une bonne nourriture, puissent supporter des excès alcooliques très sérieux, surtout s'ils sont habituels. Ils arrivent souvent alors à cet état d'alcoolisme latent qui se rencontre souvent chez les hommes qui ont atteint ou dépassé la cinquantaine. Les habitudes sont correctes, la tenue est parfaite ; l'alcool n'est ingéré qu'à des heures régulières et toujours les mômes ; jamais on ne constate chez eux la moindre trace d'ébriété ; mais, vers un certain âge, l'esprit s'engourdit, l'intelligence s'ankylose, et les hommes de cette espèce, sans négliger en aucune manière les devoirs de leur position, s'enferment de plus en plus dans la routine et deviennent incapables, je ne dis point d'accepter, mais de comprendre une nouvelle idée. Cet état intellectuel n'est pas exclusivement propre, comme on le croit généralement, aux vieux militaires ; il se rencontre très souvent chez des gens du monde parfaitement corrects, mais vivant bien, et qui réussissent à s'immobiliser l'intelligence par l'alcool, sans avoir jamais éprouvé de désordres graves ou bruyants.
73G DES FOMKS TOXlQUliS.
Je ne chercherai point, messieurs, h vous rappeler les , théories diverses qui ont été émises surle mode d'action de l'alcool, depuis Liebig jusqu'à nos jours. Qu'il nous suffise de savoir que, se fixant en nature dans les tissus, il se porte de préférence sur le foie et le cerveau. Voilà pourquoi il exerce une action élective sur le système nerveux.
A ce dernier point de vue, qui est le nôtre, il faut lui reconnaître deux modes d'action : il produit l'alcoolisme aigu et l'alcoolisme chronique.
Alcoolisme aigu. — L'alcool est un poison ; donc, ingéré à forte dose, il peut tuer un homme surle coup; c'est ce qui arrive à ces buveurs insensés qui font le pari de vider uh litre d'eau-de-vie d'un seul trait. On les a vus souvent tomber morts sur le carreau, après l'accomplissement de leur prouesse.
Majs, en général, son action est infiniment moins brutale : à dose modérée, il réconforte, il stimule, il développe les forces physiques et morales ; à dose élevée, il enivre ; à dose exagérée, il abrutit.
Les quantités nécessaires pour produire cet effet varient nécessairement avec les habitudes de l'individu, avec son tempérament, avec le climat et les autres conditions sur lesquelles nous venons d'insister. Mais, dans la marche ascendante qui conduit vers l'ivresse et plus tard vers l'abrutissement, il existe trois périodes bien nettement définies, dont les symptômes sont à peu pi-ès constants.
D'abord, la période d'excitation ; elle est caractérisée (à un degré suffisamment élevé) par un vrai délire dont les phénomènes sont variables, et qui s'annonce, en général, par de la gaieté, de la tendresse, par une bienveillance universelle. Il est des gens qui ont le vin triste; mais la plupart