CINQUANTE ET UNIÈME LEÇON
DES FOLIES MOUPHOLOGIQUES(l).
DE L'IDIOTIR ET DE L'IMBÉCILLITlS.
Sommaire, — Définition de l'idiotie. — Depfrûs qu'elle comporte. — Idiots, imbéciles, faibles d'esprit. — Glassification des idiots d'après Esquirol.
— Ses défauts. — Division des idiots en automatiques et en spontanés.
— brigines de l'idiotie : congénitale ou acquise. — Aspects extérieurs.
— Crâne. — Face. — Dentition. — Main. — Troubles somatiques divers, — Amblyopie. — Amaurose. — Surdité. — Perte du goût et de l'odorat. — Strabisme. — Bégaiement. — Contractures. — Paralysies.
— Névroses. — Convulsions. — Lésions de la moelle épinière. — Perte de l'excitabilité électrique. — Ponctions génitales. — Idiotie complète.
— Idiotie incomplète. — Fractions d'intelligence. — Habileté manuelle. — Sentiments affectifs. — Imbéciles,
Lésions auatomiques. — Forme et volume du crâne, — Rachitisme. — Hydrocéphalie. — Microcéphalie. — Épaisseur des parois du crâne. — Ossification prématurée des sutures. — Cerveau. — Circonvolutions.— Parties profondes. — Histologie. — Cellules idiotes, — Lésions pathologiques diverses. — Vices de conformation divers.
Causes de l'idiotie. — Idiotie congénitale. — Idiotie acquise.
Diagnostic de l'idiotie. — Traitement. — Soins hygiéniques. — Éducation des idiots.
Phénomènes psychiques.
Messieurs,
Les déviations de l'intelligence, dans l'infinie variété de formes qu'elles peuvent affecter, ont été jusqu'à présent l'objet de nos études. Nous allons aborder aujourd'hui une question entièrement différente. Il s'agit de ces arrêts de développement qui, mettant un obstacle absolu au progrès de l'esprit, constituent une infirmité psychologique pres-
(1) Il est bien entendu que nous employons ici le mol folie dans le sens d'aliénation mentale.
PARALYSIE G15nÉRALE. 93S
que toujours consécutive à des malformations congénitales dont les causes anatomiques" se manifestent avec une telle évidence, qu'elles s'imposent directement à notre attention.
L'idiotie et le crétinisme représentent les deux grands types sous lesquels on range habituellement les divers membres de cette grande famille des déshérités de l'intelligence. On donne le nom d'imbéciles à des sujets placés dans des conditions identiques, quant au fond, à celles des idiots, mais chez qui le défaut d'organisation de l'intelligence est beaucoup moins accentué.
« L'idiotie, dit Esquirol, n'est pas une maladie. C'est un état dans lequel les facultés intellectuelles ne se sont jamais manifestées... L'homme en démence est privé des biens dont il jouissait autrefois, c'est un riche devenu pauvre ; l'idiot a toujours été dans l'infortune et la misère.»
La justesse de cette définition est universellement reconnue. Bien différent des aliénés proprement dits, l'idiot n'offre point de troubles intellectuels, car chez lui la pensée est absente; ce n'est point une perversion, ce n'est point une abolition de l'intelligence, c'est une privation plus ou moins absolue des facultés intellectuelles, par suite d'un vice de conformation, d'une atrophie des organes correspondants. Et cependant il existe, entre ces deux états si profondément différents, des rapports étroits de parenté, car la folie chez les parents est une cause fréquente d'idiotie chez les enfants.
Dans cet abaissement profond de l'intelligence, il existe des degrés; on les a diversement établis, mais naturellement ici l'on est forcé d'abandonner une très large place à l'arbitraire. Comme le dit Spielmann, chaque idiot représente un type spécial et mérite d'ôtre étudié séparément.
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Il est donc très facile de multiplier indéfiniment les classes et les divisions, mais on admet généralement l'échelle établie par Morel. Au dernier rang, il place les idiots; au second, les imbéciles; au premier, par ordre de mérite, les faibles d'esprit. Cette dernière expression est souvent appliquée à des sujets qui, même en présentant des facultés intellectuelles assez distinguées, manquent de jugement et ne savent point diriger leur vie. Il serait préférable d'abandonner ce terme, qui manque de précision. Nous ne parlerons donc ici que des imbéciles et des idiots. Mais, chez ces derniers mêmes, il existe des degrés divers. Esquirol les classe d'après la faculté de langage, qui est plus ou moins complètement abolie ou conservée chez eux. Dans la première classe, le sujet a conservé quelques mots et peut quelquefois dire de courtes phrases ; dans la seconde classe, tout se borne à des cris inarticulés ; dans la troisième enfin, l'expression vocale est totalement abolie, il n'y a rien, pas même un cri.
Cette classification est trop arbitraire et pourrait être facilement critiquée. Elle repose sur une base trop exclusive. En effet, chez les animaux, la faculté d'expression vocale est loin de mesurer l'intelligence. Nous voyons que les oiseaux, surtout chez certaines familles, possèdent une faculté très étendue de vocalisation, qui peut aller quelquefois jusqu'à rivaliser avec la parole humaine. Au contraire, l'éléphant, dont l'intelligence est infiniment supérieure à celle des oiseaux, ne possède qu'un seul cri monotone et strident.
N'en est-il pas de même chez l'homme. Et lorsqu'on s'adresse aux déshérités qui ont perdu la plus grande partie de leur patrimoine intellectuel, ne peut-on pas souvent rencontrer des sujets qui possèdent encore un certain degré
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d'intelligence, alors que la faculté d'expression par la parole a complètement sombré ?
J'aime donc mieux adopter pour les idiots la division classique, en automatiques et en spontanés. Les premiers, réduits à l'état de machine, ne jouissent guère que de la vie végétative; les seconds ont conservé quelques parcelles d'intelligence et manifestent une volonté propre. Ils peuvent offrir, d'ailleurs, au point de vue de leur développement, de très grandes différences, et, sous ce rapport, le point de départ de leur état cérébral mérite d'être pris en considération.
L'idiotie est le plus souvent congénitale; cependant elle peut se développer par suite de maladies diverses pendant une longue période de l'évolution, depuis la naissance jusqu'à six ou sept ans.
Les idiots présentent, dans leur aspect extérieur, les stigmates évidents de leur dégénérescence. Le crâne est difforme, quelquefois volumineux (hydrocéphalie), d'autres fois rétréci (microcéphalie) ; la figure est stupide et sans expression, et le plus souvent des irrégularités notables en marquent les traits. Des grimaces, des rides prématurées, des tics nerveux, viennent augmenter la laideur primitive de leur physionomie. Plusieurs d'entre eux sont atteints de strabisme, et l'on rencontre souvent chez ces sujets cette inégalité des deux moitiés de la face que Lasègue a très heureusement désignée sous le nom de strabisme faciel. La partie inférieure de la figure offre surtout un aspect bestial : la bouche est largement fendue, les lèvres sont difformes et épaissies ; la langue, souvent volumineuse et gênée pour ainsi dire dans la cavité qui l'enferme, s'échappe à travers les arcades dentaires ; les dents sont mal construites et presque toujours la dentitition est incomplète