‹ Lecons sur les maladies mentalesChapitre 58 sur 283 · LE MOYEN AGE · texte numérisé non relu

LE MOYEN AGE

classification des maladies mentales, qui subsiste encore aujourd'hui.

Reste, enfin, Gœlius Aurelianus, le dernier et le plus complet des psychiatres antiques. Sans parler de ses idées au point de vue de la pathologie mentale, c'est surtout par rapport au traitement qu'il s'est créé une place à part. Affranchi des traditions humorales, il ne reconnaît d'autres causes à la folie que les affections morales ou matérielles du cerveau. Mais c'est au point de vue du traitement qu'il sertble avoir dépassé tous ses prédécesseurs. Il parle de l'isolement comme pourrait le faire Esquirol; il prescrit la plus grande douceur envers les aliénés, et préconise la non-contrainte, comme le font aujourd'hui nos confrères en Angleterre. Enfin, sous le rapport de la thérapeutique, il sait allier de la manière la plus heureuse les moyens médicaux à la gymnastique intellectuelle et morale.

Ainsi, la psychiatrie antique, au moment oîi nous allons la perdre de vue, nous apparaît dans un état de haute perfection. Elle possède des notions ayssi abondantes que précises sur les symptômes, le diagnostic et le pronostic de la folie; elle formule, à l'égard du traitement, des principes qui ont fait l'honneur et la gloire des modernes qui les ont ressuscités, et sous le rapport des doctrines et des théories, elle n'a que l'embarras du choix (1).

Mais les jours delà civilisation ancienne étaient comptés. . Une croyance nouvelle en sapait les bases ; et tandis que les assises de la société païenne s'écroulaient, des envahisseurs sauvages se précipitaient violemment sur la scène. A une religion nouvelle, il fallait un monde nouveau.

(I) On reconnaîtra facilement les emprunts que nous avons faits aux travaux de Michéa, Sémelaigne et Trélat.

LES ALIÉNÉS PERSÉCUTÉS COMME SORCIERS. i3

Au milieu de ces bouleversements, la science antique devait périr. Elle disparut, étouffée entre des moines d'un côté et des Allemands de l'autre ; et les tentatives plus ou moins heureuses du génie hellénique pour rattacher les faits de la nature à des lois fixes, immuables et vraiment scientifiques, furent submergées par un retour en arrière qui, soLis l'impulsion de races primitives, ramena l'intelligence humaine vers les idées des temps primitifs.

C'est qu'en effet une civilisation n'est faite que pour les cerveaux qui l'ont enfantée. Les habitants des forêts germaniques apportèrent dans le monde romain leurs conceptions théologiques, superficiellement transformées par le christianisme. L'univers fut partagé entre le diable et les saints ; rien d'extraordinaire n'arriva sans une intervention surnaturelle ; et pendant que la science émigrait chez les musulmans, on vit la doctrine de la possession démoniaque, formulée par les platoniciens d'Alexandrie, reparaître sous une forme nouvelle et sur un terrain plus favorable. Ce n'est plus le gracieux délire inspiré par Apollon et les Muses, par Bacchus et Vénus ; ce sont les esprits infernaux qui apparaissent sur la scène et qui transforment en démoniaques ceux que le monde ancien regardait comme inspirés.

Telle fut l'origine de ces abus qui ensanglantèrent cette longue période oiï les aliénés, considérés comme des magiciens, payèrent trop souvent de leur vie les superstitions barbares de leur époque.

Mais, tout en rendant justice aux hommes éclairés et courageux, pour la plupart médecins, qui ont combattu ces monstruosités, au risque de leur sûreté et de leur vie, nous pouvons dire que ces temps, dont notre esprit se détourne avec répugnance, n'ont rien à voir avec l'esprit scientifique ni avec l'histoire de la science.

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