SEPTIÈME LEÇON
SoMMAim;. — La folie est-elle accompagnée pai' des lésions anatomiques? — Objections adressées à celte manière de voir. — Etat actuel de nos connaissances. — Les altérations grossières de l'encéphale ne produisent guère la folie. — Il faut cliercher des lésions plus délicates. — FoVk aiguë. — Le cerveau paraît sain dans beaucoup de cas. — Lésions positives; hypérémie, anémie, épancliements séreux, ramollissements^ hémorrhagies. — Folie chronique : elle offre des lésions plus caractérisées. — .\tropbie apparente de l'encéphale. — Altérations vascu. laires. — Observations. — Athérome artériel. — Lésions diverses des vaisseaux capillaires. — Hypertrophie, atropbie, sclérose cérébrale. — Cellules idiotes. — OEdème cérébral. — Altérations de la pie-mère, de l'arachnoïde et de la dure-mère. — Vices de conformation du crâne.— Résultats de l'analyse chimique. — Discussion des objections précédemment énumérées, — Conclusions.
Miissiiiuiîs,
Lorsque, dans mes leçons précédentes, je vous traçais le tableau de l'état physique des aliénés, j'avais surtout pour but de vous prouver que, semblable aux autres maladies, l'aliénation mentale repose, elle aussi, sur une base franchement et nettement matérielle ; et que loin de constituer un trouble purement psychologique, elle est l'expression directe d'une profonde altération des fonctions de l'organisme.
Il nous faut maintenant aller jusqu'au bout; il faut résolument nous placer en face du grand problème et nous poser la question qui domine tout l'avenir de la psychiatrie.
La folie est-elle accompagnée, je ne dirai point caractérisée, par des lésions anatomiques? Est-il permis d'entrevoir, dans un avenir plus ou moins éloigné, l'époque oîi l'on pourra rattacher les oscillations morbides de la pensée à certaines modifications spéciales des centres nerveux? ou bien, renonçant pour toujours à cet espoir, faut-il nous résigner à considérer la folie comme une simple névrose et éliminer du cadre des maladies mentales toutes les affections dans lesquelles le délire semble reconnaître comme point de départ une cause purement matérielle?
A cette question, nos grands prédécesseurs de l'école française avaient répondu catégoriquement par la négative. Il y a quarante ans, en effet, on admettait presque invariablement, en France et à l'étranger, que la folie proprement dite était une maladie sans lésions, et que les altérations parfois rencontrées dans le cerveau des aliénés, lorsqu'elles se rattachaient à une maladie mentale, en étaient non la cause, mais la conséquence. Le retentissement de ces opinions se faisait naturellement sentir chez les hommes étrangers à l'étude des sciences médicales, et nous voyons en 1838, lors de la célèbre discussion de la loi sur les aliénés, un pair de France, M. le vicomte du Bouchage, déclarer que les progrès de la folie sont un effet du scepticisme moderne et de l'affaiblissement des croyances religieuses. Heinroth luimême, le grand orthodoxe, n'aurait pas mieux dit.
Une tendance tout opposée prédomine aujourd'hui, et l'on met un tel empressement à découvrir des lésions, que parfois on en crée pour les besoins de la cause.
On pourrait, sous ce rapport, diviser en trois grandes classes les observateurs les plus éminents qui se sont occupés de pathologie mentale.
Nous rangerons dans la première ceux qui ne désirent