CAUSES ET PRONOSTIC DE LA STUPEUR
lorsque la crise était due à des conditions extérieures que l'on voit le malade se. rétablir peu à peu dans son intelligence et dans ses fonctions physiques.
Quand la stupeur se prolonge au-delà d'une année, le pronostic devient grave. Plusieurs signes peuvent faire présager que le malade va verser vers la démence ; tels sont le silence exagéré, .les troubles oculo-pupillaires ; tels sont enfin certains troubles de nutrition. Enfin les sujets peuvent mourir en état de stupeur et sans l'intervention d'aucune autre cause; ils succombent alors à un afl'aiblissement graduel, lorsqu'une maladie intercurrente ne vient pas terminer la scène. Lorsqu'ils succombent à une affection aiguë, c'est presque toujours à une pneumonie, et celle-ci affecte le plus souvent la forme gangréneuse.
Un mot sur les principales causes de la stupeur. Je vous ai parlé de la manie et de la mélancolie, des causes morales et des traumatismes cérébraux qui peuvent donner naissance à la stupeur ; je vous ai de même cité les fièvres. Mais, en dehors de ces causes générales, il faut en citer d'autres, et en particulier l'alcoolisme. La stupeur est l'une des formes de ce protée, le délire alcoolique. La stupeur aussi peut se rencontrer dans l'épilepsie. Elle est quelquefois la conséquence de la chlorose et de l'anémie ; elle résulte aussi des excès génitaux et plus particulièrement de la masturbation. On voit souvent les masturbateurs tomber dans un état d'affaissement et verser graduellement, par des dégradations successives, dans la stupeur complète.
Enfin on a signalé l'influence de l'état puerpéral ; c'est sans doute à cette prédisposition des femmes en couches à tomber dans l'état de stupeur qu'il faut attribuer l'opinion de certains auteurs qui croient cette forme de folie plus fréquente chez le sexe féminin.
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Il me reste maintenant à vous parler d'une question des plus importantes. Il existe dans la stupeur, ou du moins chez un grand nombre de stupides, des lésions anatomiques. Depuis longtemps on a signalé, et c'est surtout à M. Etoc-Demazy que nous devons la connaissance de ce fait, de l'œdème cérébral et un état particulier des méninges; mais ce qui prédomine surtout, d'après Schûle , c'est l'anémie cérébrale. Enfin, chez les vieux stupides qui sont restés longtemps dans cet état, on rencontre une atrophie des circonvolutions et une diminution apparente de la masse et du volume du cerveau. Ces lésions, je veux bien y croire, j'en accepte l'existence, mais, je dois le dire, je les regarde plutôt comme les conséquences que comme les causes de la maladie. Il faut se rappeler comment meurent ces malades. Lorsqu'ils succombent, ils périssent soit par l'affaiblissement progressif qu'entraîne leur état, soit par une maladie intercurrente ; ce sera donc la lésion terminale que nous constaterons à l'amphithéâtre. L'autopsie ne nous apprendra pas grand'chose sur les véritables lésions cérébrales ; il faut donc chercher ailleurs.
Messieurs, il n'est pas d'étude plus intéressante, plus féconde et plus pratique en physiologie nerveuse que celle des phénomènes d'arrêt. Sous ce nom, on comprend une classe immense de manifestations diverses provoquées par l'excitation de certains points qui parviennent à supprimer les fonctions normales de toute une série d'organes. Prenons-en l'exemple le plus radical : je veux parler de la piqûre du bulbe rachidien. Par cette lésion, si minime en apparence, vous supprimez la manifestation de presque tous les phénomènes de la vie. Vous plongez une épingle dans une région assez peu étendue du bulbe, et vous voyez s'arrêter les phénomènes respiratoires, les actes orga-
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niques et surtout les phénomènes intellectuels ; l'animal s'aEfaisse et ne donne plus aucun signe de vie. Dans la mort par le bulbe rachidien , on voit cependant persister les phénomènes circulatoires, et, si l'on pique une artère, on voit un flot de sang s'échapper avec force du vaisseau. Or, chez les animaux dont le cerveau ne reçoit de sang que par les vertébrales et par les carotides, on peut lier successivement ces vaisseaux ; on arrête alors l'afflux du sang vers l'encéphale, mais la perte de connaissance n'est pas immédiate ; des manifestations volontaires continuent pendant un temps encore ass3z long, quinze, vingt, trente secondes, tandis qu'avec la simple piqûre du bulbe, qui n'arrête pas la circulation de l'encéphale, l'animal tombe immédiatement foudroyé, line s'agit donc pas d'une simple anémie cérébrale, mais d'une imbibition portant sur les fonctions les plus indispensables à la vie.
C'est là l'une des formes du phénomène d'arrêt. Mais ce n'est pas seulement par la piqûre du bulbe qu'on arrive à produire des accidents aussi prononcés. On y parvient aussi, dans bien des cas, par la piqûre du renflement lombaire de la moelle épinière.
Les troubles de cet ordre sont très nombreux. Dans beaucoup de cas, ils peuvent suspendre complètement la vie cérébrale. Je me contenterai de vous citer un fait emprunté à la pratique d'un grand médecin qui est en même temps un grand physiologiste. On a pensé, en Amérique surtout, qu'on pouvait arrêter la migraine par la galvanisation du grand sympathique. Quand la migraine est congestive, on produit ainsi, un retrait des vaisseaux, et l'on supprime en même temps la cause etla conséquence. On fit unjour l'application de ce système à un malade, on appliqua les rhéophores, et on lança un courant ascendant dans le
grand sympathique cervical ; mais la machine avait touché le pneumo-gastrique et le malade se trouva foudroyé du coup. Il fallut quelques heures pour le rappeler à la vie.
Le sujet est trop vaste pour que je veuille le profaner par une étude incomplète et boiteuse ; laissez-moi seulement vous dire qu'il est toute une série de phénomènes d'arrêt auxquels il me paraît légitime de rattacher la stupeur.
Le sommeil est un état physiologique, attribué tour à tour à l'anémie ou à la congestion cérébrale, mais qui peut se produire indépendamment des modifications que subit la circulation intra-crânienne. On voit dormir, en effet, les animaux auxquels on a coupé le grand sympathique, ce qui est absolument contraire à toute idée d'anémie cérébrale, car il se produit alors une turgescence des vaisseaux. D'autre part, il est certain que la congestion seule ne peut pas produire le sommeil. Il faut donc admettre qu'il s'agit ici d'un phénomène d'arrêt, pendant lequel certaines fonctions sont suspendues au profit des autres.
Le coma se prête aux mêmes considérations ; il me serait facile de vous le prouver en vous rappelant les causes qui peuvent lui donner naissance; et ce qu'il y a de plus remarquable, c'est qu'on voit, chez certains individus, un coma périodique qui se reproduit à époques fixes, sans qu'on puisse en préciser les causes.
Dans la série des phénomènes de cet ordre nous rangerions volontiers la stupeur, qu'on pourrait définir de la manière suivante :
La stupeur est un phénomène d'arrêt, dans lequel les fonctions cérébrales sont partiellement suspendues, tant au point de vue intellectuel qu'au point de vue physique et au point de vue de l'influence que l'encéphale exerce sur le reste du corps. A cet ordre de faits, il faut rattacher la mé-