DE LA DÉMENCE
Sommaire. — Acception légale et acception médicale du mot démence.— Définition. — Démence primitive et démence consécutive. — Démence toxique. — Influence de la forme du délire. — Autres influences diverses. — Démence agitée. — Démence apathique. — Degrés di! la démence. - • Affaiblissement des facultés intellectuelles et des aptitudes professionnelles. — Incohérence. — Altitude physique. — Terminaisons.
Démence sénile. — Irritabilité du caractère. — Difficulté du travail intellectuel. — Mode de début. — Excitation morbide ou affaissement insidieux. — Défiance exagérée. — Hypochondrie. — Panophobie. — Erotisme. — Tendance au suicide. — Agitation nocturne.
Démence simple de la sénilité. — Amnésie des choses récentes. — Perte complète de la mémoire. — Incohérence absolue.
Anatomie pathologique de la démence. — Airophie du cerveau, — Ramollissement. — Cavernes. — Régression des cellules. — Anévrysmes miliaires. — Epaississement des os du crâne.
Messieurs,
8i les formes de l'aliénation mentale dont je vous ai jusqu'à présent entretenus — la manie, la mélancolie, leurs variétés et leurs combinaisons — présentent un ensemble de symptômes nettement définis et logiquement coordonnés, il n'en est pas ainsi de la démence. Par sa nature même, le sujet manque de clarté et ne se laisse point enfermer dans des limites précises.
Nous ne rappellerons que pour mémoire la différence fondamentale qui sépare l'acception légale de l'acception médicale dti mot (/mence. L'imbécillité, la démence, la
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fureur sont les trois termes consacrés sous lesquels les légistes comprennent toutes les variétés de dérangement intellectuel. Envisagée à ce point de vue, la démence n'est point un affaiblissement, c'est un dérangement quelconque des facultés intellectuelles. Pour l'aliéniste, au contraire, la démence est l'abolition plus ou moins complète des facultés de l'esprit. C'est le dernier terme de ces processus morbides qui, sous les formes les plus diverses et avec les altérations les plus différentes, aboutissent plus ou moins rapidement à une déchéance commune. On comprend dès lors que la démence, conséquence ultime d'une multitude d'états fort différents, doit refléter nécessairement, dans ses caractères symptomatiques, la diversité de ses origines. Elle ne saurait donc se prêter à une description vraiment synthétique.
Il est cependant indispensable de posséder une idée nette de cette étape terminale qui, dans la majorité des cas, vient clore l'évolution des maladies nientales et peupler nos asiles de ces vieux aliénés qui constituent, pour ainsi dire, le fonds de roulement de toute maison de santé bien organisée.
Définir la démence est une entreprise difficile, et ce n'est que progressivement que nous sommes arrivés à donner à cette expression le sens qu'elle comporte aujourd'hui. Au point de vue étymologique, le mot démence indique l'affaiblissement des facultés, l'extinction de l'intelligence. Mais il faut distinguer, comme l'ont déjà fait les anciens, l'absence congénitale des facultés intellectuelles de leur déchéance consécutive aux diverses affections dont l'appareil de la pensée peut devenir victime. Cette distinction, on le sait, a été fort nettement formulée par Esquirol. Il définit la démence une affection cérébrale, ordinairement sans