‹ Leçons sur les maladies mentales [electronic resource]Chapitre 167 sur 258 · FOLLE RELIGIEUSE. 4G · texte numérisé non relu

FOLLE RELIGIEUSE. 4G

puissantes intelligences ; il me suffira de citer Luther et Mahomet. Mais, si les faibles d'esprit pèchent ici par défaut, les forts pèchent par excès. Lutlier et Mahomet étaient des malades. C'étaient des névropathes, qui ont dirigé vers les croyances religieuses leur suractivité cérébrale.

Le sujet ainsi proparé grandit. Il arrive à une époque critique, vous le savez, dans l'histoire de l'aliénation mentale, à la puberté. A ce moment, il se fait une sorte de poussée morale, qui le fait pénétrer en quelque sorte dans le vestibule de l'édifice pathologique ; les idées de perfection naissent et se développent, un sentiment profond du péché se manifeste, le malade conçoit un grand mépris de la vie et des intérêts terrestres. C'est à ce moment que se dessinent au plus haut degré les vocations religieuses qui poussent les garçons au séminaire et les filles au couvent.

A cette époque on peut déjà voir se manifester les sj'mptômes les plus graves ; les hallucinations entrent en scène, surtout les hallucinations de la vue. Les mystiques, en effet, ont assez souvent des visions célestes, et c'est ici un fait des plus importants, comme vous le verrez bientôt.

Les hallucinations de l'ouïe viennent en général corroborer celles de la vue, mais plus tard, et les apparitions complètes marquent une période plus avancée de la maladie. Je tiens à vous faire observer que chez notre malade c'est au contraire par les troubles auditifs que la maladie a commencé. C'est là une marche tout à fait exceptionnelle.

Quel que soit l'âge auquel débute la maladie, elle traverse une période d'incubation parfois assez longue. C'est à ce moment que se manifestent les insomnies opiniâtres pendant lesquelles le malade se trouve si souvent visité par de célestes apparitions.

Des troubles divers du système nerveux viennent parfois se combiner aux premiers symptômes de cet éiat vésanique. L'hystérie, l'épilepsie, les extases, la catalepsie, ont été observées à ce moment ; chez les femmes la chlorose et l'aménorrhée, chez les hommes l'hypochondrie, viennent parfois compliquer la situation.

Mais ce qui caractérise essentiellement cette première période, c'est une profonde incapacité de travail, qui se marie à une inquiète activité. Les malades fréquentent avec assiduité les exercices religieux, entendent des sermons, suivent les missions ; ils dévorent les livres de piété et ne quittent leurs pratiques de dévotion que pour se plonger dans des méditations profondes. Par une conséquence inévitable, ils abandonnent leur carrière et négligent leurs devoirs professionnels, ils quittent leur famille et deviennent des membres inutiles de la société.

On voit, surtout chez les femmes, se produire à ce moment les signes d'une excitation sexuelle qui se manifeste de préférence à l'époque des règles. L'onanisme chez les deux sexes peut être alors une cause prédisposante des plus efficaces, ou l'un des symptômes les plus fréquents de l'état morbide.

Il existe en effet un rapport presque constant entre la folie religieuse etl'excitation sexuelle, à telpoint qu'on pourrait croire que ce sont les mêmes cellules cérébrales qui président aux deux phénomènes. C'est Va, messieurs, le premier des grands caractères qui distinguent la folie religieuse des autres monomanies.

Souvent ces tendances érotiques se marient aux idées mystiques les plus exaltées. Plus d'une religieuse a choisi Jésus pour son amant, et le rôle de ce divin personnage n'est point toujours aussi purement immatériel qu'on pourrait le croire.

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